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17 février 2014

Les îles solaires du lac de Neuchâtel: un projet de recherche unique

Le fournisseur d’énergie neuchâtelois Viteos et la société zurichoise Novaton ont l’intention d’installer trois îles solaires sur le lac de Neuchâtel. Un projet expérimental auquel s’oppose l’irréductible corporation des pêcheurs professionnels du cru.

Vue de Neuchâtel depuis le lac avec tout à droite, la zone, où devraient flotter les îles solaires permettant de produire l'énergie nécessaire à une trentaine de ménage.
Trois îles de 25 mètres de diamètre devraient flotter en face des Jeunes-Rives au large de Neuchâtel (tout à droite). (Photo: Gaetan Bally/Keystone)

Sans les oppositions des pêcheurs et autres plaisanciers (lire encadré), trois îles solaires flotteraient actuellement sur le lac de Neuchâtel, à 80 mètres au large de la station d’épuration de la capitale neuchâteloise, à une encablure à peine de feu le site d’Expo.02. Trois îles de 25 mètres de diamètre supportant cent panneaux photovoltaïques chacune et produisant au total 111 300 kWh, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’une trentaine de ménages.

Photo-montage des îles solaires flottant à 80 mètres au large de la station d'épuration de Neuchâtel. (Photo: Viteos)
Les trois îles solaires devraient flotter à 80 mètres au large de la station d'épuration de Neuchâtel. La durée de vie du projet de recherche est limitée à vingt-cinq ans. (Photo: Viteos)

Mais le but visé par les maîtres d’œuvre de ces ouvrages lacustres devisés à 1,125 million de francs – le fournisseur d’énergie neuchâtelois Viteos et la société zurichoise Novaton (site en anglais) – n’est pas d’injecter un maximum de courant vert dans le réseau, mais d’optimiser et de mettre à l’épreuve du temps et des intempéries ces installations du futur.

Illustration de l'une des trois îles solaires prévues sur le lac de Neuchâtel.
Dotées de panneaux solaires, les trois îles solaires produiront l’équivalent de la consommation annuelle en énergie d’une trentaine de ménages. (Image: Viteos)

«Il s’agit d’un projet de recherche et de développement unique, d’une durée déterminée de vingt-cinq ans, précise Samuel Monbaron, secrétaire général de Viteos. Après, tout s’arrêtera, tout sera démonté et recyclé.»

Portrait de Thierry Meresse, directeur exécutif de Novaton au sujet du projet d'îles solaires au large de Neuchâtel.
Thierry Meresse, directeur exécutif de Novaton. (Photo: Viteos)

L’originalité de ces îles solaires, (lien vers des schémas pour mieux comprendre le concept, site en anglais) c’est qu’elles fonctionnent sur le mode du tournesol: elles pivotent sur l’eau de 220° de manière à se caler sur la course du soleil, de son lever à son coucher, avant de reprendre gentiment leur position initiale pendant la nuit.

«Ce suivi azimutal permet d’augmenter d’environ 25% la quantité d’énergie électrique produite par rapport à une orientation fixe vers le sud», explique Thierry Meresse, directeur exécutif de Novaton. Un rendement record dans le domaine du photovoltaïque!

Un environnement pour le moins hostile

Si cette phase expérimentale démarre un jour (un recours est encore pendant), elle servira donc à tester l’efficacité de cette technologie prometteuse en conditions réelles, à l’échelle 1:1, sur une longue période et dans un environnement – comme le savent parfaitement les marins du coin – que l’on peut qualifier d’hostile (vents tempétueux, vagues, chaleur, humidité, érosion, neige, gel et… fientes d’oiseaux). Pas de quoi pourtant démoraliser les initiateurs qui affirment avoir pris les mesures nécessaires pour parer à toute éventualité.

Philippe Burri, directeur technique, et Josette Frésard, directrice générale, de Viteos, avec Thierry Meresse CEO de Novaton, tenant le plan du projet (de gauche à droite). (Photo: Viteos)
Philippe Burri, directeur technique, et Josette Frésard, directrice générale, de Viteos, avec Thierry Meresse CEO de Novaton, tenant le plan du projet (de gauche à droite). (Photo: Viteos)

Pas de quoi non plus entamer leur foi indécrottable en ce projet innovant comme le confirment ces propos de Thierry Meresse:

Les enseignements que l’on tirera de cette expérience nous permettront de déployer avec confiance des îles solaires sur des étangs ou des lacs de barrage, leurs lieux de prédilection pour de la production d’énergie renouvelable en grande quantité.

Portrait de Samuel Monbaron, secrétaire général de Viteos aux sujets du projet d'îles solaires au large de Neuchâtel.
Samuel Monbaron, secrétaire général de Viteos. (Photo: Reto Duriet)

«Et pourquoi pas aussi sur des bassins de sédimentation de stations d’épuration, des réservoirs d’eau et même des toits plats», renchérit Samuel Monbaron.

Parce que l’objectif à terme, c’est bel et bien d’essaimer l’idée en Suisse et à l’étranger. Pour faire tourner des installations de désalinisation, produire de la chaleur ou du froid, fournir de l’électricité tout en réduisant l’évaporation d’eau…

«De nombreux pays d’Europe du Sud, du Moyen Orient, d’Afrique, d’Amérique et d’Asie sont intéressés, relève le CEO de Novaton. Mais nous avons aussi des projets potentiels dans des régions moins ensoleillées, comme par exemple à Zurich.»

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner