Archives
15 juin 2016

Les incultes du Colt

Bouffeur de pédés. Bipolaire mal-baisé. Fanatique radicalisé. Je ne sais pas. On ne sait pas. Saura-t-on un jour? Veut-on vraiment le savoir? Et, finalement, cela changerait-t-il quelque chose au destin sordide de cette nation amoureuse des flingues et aveuglée par la poudre?

Xavier Filliez
Xavier Filliez

En très résumé, un loser dépourvu de toute humanité est entré dans un club gay d'Orlando et a fusillé ses semblables en s'assurant d'achever au semi-automatique ceux qui, au sol, avaient encore l'indécence de se tortiller de douleur. Quarante-neuf morts.

Dans un pays développé et une démocratie exemplaire, on devrait, étourdi par le barbarisme, comparer ce drame à des scènes de tranchées, des massacres à la baïonnette, des étripages virtuels comme dans GTA (Grand Theft Auto). Tous ces carnages d'arriérés qu'on ne devrait pas voir là, dans la rue, dans le réel. L'Australie, par exemple, a, par des saisies et des rachats, largement contenu son problème d'armes à feu.

Aux Etats-Unis, c'est différent. On compare le bain de sang du jour... au précédent. Plus de morts que Virginia Tech (32). Plus que Sandy Hook (27). Plus que Killen (22). Que San Bernardino (14). Historique. Jusqu'à la prochaine tuerie.

L'Amérique, à chaque fois, s'indigne. Evidemment. Recueillement de la société civile. Lamentation des élites. Protestation de célébrités sur les réseaux sociaux. Avant de retourner à ses affaires. «Back to business», littéralement.

L'industrie des armes, c'est 13 milliards de chiffre d'affaires par an pour les manufactures, Ruger, Smith & Wesson, SIG Sauer, Remington & Co, 3 milliards pour les revendeurs. Et un impact sur l'économie globale américaine de 43 milliards de dollars. En 2013, 10 847 292 armes sortaient des usines américaines, dont seulement 4% étaient exportées.

Un fusil AR-15, tel que celui utilisé lors de la tuerie d'Orlando, est facile à obtenir dans une majorité d'Etats et permet le tir en rafale moyennant une insignifiante modification technique. Qu'une arme comme celle-là finisse dans les mains d'un bouffeur de pédés, d'un bipolaire mal-baisé ou d'un fanatique radicalisé isolé se revendiquant d'Isis ne change, en termes de sécurité intérieure, pas grand-chose au problème.

Des jours comme ça, ce qui distingue l'Amérique du reste du monde, ce n'est pas la conquête de la lune, ce n'est pas le jazz, Java script, Tupperware, les miracles entrepreneuriaux et succès stratosphériques qu'elle nous offre régulièrement (Linkedin vendu à Microsoft pour 26 milliards de dollars), c'est son égarement, son aveuglement, son idiotie face à un problème de santé publique. Il a bon dos, le Deuxième Amendement.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez