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8 juin 2017

Les lombrics au service de la terre

A Ollon (VD), Agnès et Sylvain Gerber produisent depuis trente ans un compost 100% naturel, issu de la digestion des vers de terre. Cette pratique, appelée lombriculture, reste encore peu utilisée en Suisse.

Réparti en longues litières appelées andains, le compost est régulièrement brassé.
Réparti en longues litières appelées andains, le compost est régulièrement brassé.

Des betteraves, de l’orge, du blé, du maïs… et des vers de terre! Voilà ce qu’on peut trouver sur le terrain de Sylvain et Agnès Gerber, agriculteurs à Ollon (VD). En 1986, le couple s’est en effet mis à la lombriculture. Trois décennies plus tard – après quelques années d’interruption – les deux sexagénaires obtiennent actuellement environ 300 tonnes de lombricompost par an, comptant sur le solide intestin de leurs Eisenia foetida, ou vers de fumier. L’engrais obtenu n’étant autre que le produit de la digestion des lombrics…

Sylvain et Agnès Gerber se sont mis à la lombriculture en 1986.
Sylvain et Agnès Gerber se sont mis à la lombriculture en 1986.

«Quand nous avons commencé, on nous prenait pour des illuminés, se souvient Agnès Gerber, sourire aux lèvres. Nous étions vraiment avant-gardistes et nous rencontrions pas mal de difficultés pour nous positionner sur le marché.»

Laisser faire la nature

Aujourd’hui, si la lombriculture peine encore à acquérir ses lettres de noblesse (ils ne sont qu’une poignée en Suisse à avoir développé la technique à un niveau professionnel), l’engrais qui en est issu rencontre de plus en plus de succès, «auprès des producteurs bio, des paysagistes, des communes, mais aussi des particuliers. Il constitue une véritable bombe d’énergie.»

En effet, si le couple s’est lancé au départ dans l’aventure pour diversifier ses cultures – «Nous avions découvert une entreprise qui cherchait à promouvoir la lombriculture en Suisse, et c’est sous l’impulsion du frère de Sylvain que nous avons commencé l’expérience, dans un premier temps en sa compagnie» – il a rapidement été conquis par ses avantages écologiques.

Il s’agit d’un amendement très riche, 100% naturel et directement assimilable par les plantes.»

La philosophie est simple: laisser la nature faire son œuvre. «Nous nous procurons le fumier bovin auprès des éleveurs des montagnes environnantes.» Et les lombrics, d’où viennent-ils? «Ils sont attirés par la matière organique en décomposition. Lorsque nous nous sommes lancés, il nous a simplement fallu ensemencer nos litières, c’est-à-dire ajouter du fumier partiellement composté contenant naturellement des vers de terre. Il faut également savoir que ces derniers sont hermaphrodites: même s’ils ont besoin d’un partenaire pour se reproduire, chacun peut ensuite pondre une capsule dans laquelle se trouvent sept ou huit bébés. Il y a donc un constant renouvellement.»

Tout savoir sur les lombrics

Et Agnès Gerber de nous guider vers des litières de fumier, appelées andains, qui s’étendent en longues bandes continues sur une centaine de mètres. «Elles se trouvent à différents stades de décomposition, d’où la différence de couleur.»

Prélevant une poignée de terre dans la première rangée, l’agricultrice exhibe un univers grouillant de vers de terre.

Ils mangent environ la moitié de leur poids par jour.

«Nous ajoutons donc régulièrement une couche de fumier. Mais il s’agit de choisir le moment adéquat: trop tôt, ils risquent de s’attaquer au fumier frais sans avoir terminé le plus ancien; trop tard, ils s’en iront pour trouver ailleurs leur nourriture.»

Forts de leurs nombreuses années d’expérience, les Gerber en connaissent désormais un rayon sur les caractéristiques et le comportement des lombrics.

«Ils sont dotés d’un tube digestif et de cinq cœurs, qui agissent comme autant de pistons. Une fois qu’ils ont digéré l’intégralité du fumier d’un andain, ils passent au suivant, et ainsi de suite. Nous brassons régulièrement le compost afin que les lombrics finissent d’homogénéiser la litière, avant de l’apporter au séchoir, à l’abri. Puis nous le tamisons: il est alors prêt pour la commercialisation.»

Le couple Gerber produit également son propre terreau, à base de lombricompost.
Le couple Gerber produit également son propre terreau, à base de lombricompost.

Chez les deux lombriculteurs vaudois, un cycle complet dure environ un an. «Nous procédons de cette manière afin d’obtenir une quantité suffisante à récolter mécaniquement, souligne Agnès Gerber. En revanche, lorsque j’emporte dans un bocal un échantillon de nos litières pour montrer les lombrics, sur les stands où je présente nos lombricomposteurs, le compost est quasiment prêt en une dizaine de jours.»

Lombricomposteurs? Voilà en effet une dizaine d’années que le couple propose un système permettant à tout un chacun de recycler soi-même ses déchets végétaux, à installer dans son jardin ou sur son balcon. «A l’heure actuelle, nous en vendons environ 300 par an!»

Bref, avec une telle entreprise, Agnès et Sylvain Gerber ne sont pas près de prendre leur retraite. «On n’y pense pas encore!» Et si la relève ne se manifeste pas parmi leurs quatre enfants et cinq petits-enfants, ils espèrent trouver, en temps voulu, des jeunes intéressés à reprendre leurs activités.

Site internet: http://lombritonus.ch

Textes: © Migros Magazine / Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Laurent de Senarclens