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6 février 2017

Les Mondiaux de ski ne font plus vibrer le public

Les 44es Championnats du monde de ski alpin s’ouvrent ce lundi à Saint-Moritz (GR). Quasi dans l’indifférence générale en Suisse, sans doute parce que nos champions – à l’exception de Lara Gut – ne brillent plus que modestement dans le cirque blanc.

Lara Gut semble être la seule skieuse suisse à nous faire encore rêver... (Photo: Keystone)

Le grand chapiteau du cirque blanc s’est installé à Saint-Moritz (GR) jusqu’au 19 février. Au programme: les Championnats du monde de ski alpin, soit le plus important rendez-vous de la discipline juste après les Jeux olympiques. Un grand raout donc qui réunit en Engadine quelque six cents athlètes provenant d’une septantaine de pays différents, ainsi bien sûr que les médias du monde entier.

Et pourtant, ces Mondiaux, qui se déroulent cette année dans notre pays, ne semblent pas enthousiasmer les foules. Du moins, en Suisse romande. La faute à qui, à quoi? Ni à Trump (pour une fois!) ni au réchauffement climatique (une invention des Chinois selon le président précité), mais à une génération de skieurs qui ne fait plus trop rêver les téléspectateurs (elle aimerait bien, mais elle ne peut point).

En effet, à part la Tessinoise Lara Gut (l’exception qui confirme la règle?), il n’y a plus guère de champions qui nous font lever de notre fauteuil. Il faut se faire une raison: la Suisse n’est plus la grande nation du ski alpin qu’elle a été. Le temps des Bernhard Russi, Marie-Thérèse Nadig, Roland Collombin, Pirmin Zurbriggen, Erika Hess, Vreni Schneider et Maria Walliser est bel et bien révolu. En fait, le dernier à nous avoir fait vraiment vibrer, c’est le retraité Didier Cuche...

Mais on le sait, le peuple des supporters est versatile et il suffirait d’un ou deux exploits des skieurs helvétiques pour raviver la flamme patriotique… Hop Lara, Wendy (Holdener), Beat (Feuz), Carlo (Janka) et les autres!

«Nous avons des skieurs capables de briller et de nous faire rêver»

Stéphane Cattin, chef alpin à Swiss-Ski.

Dans quel état d’esprit abordez-vous ces Mondiaux 2017?

Dans un état d’esprit assez serein, parce que nous avons tout fait pour bien nous préparer à cette échéance et que nous pouvons compter sur une équipe très compétitive.

C’est votre premier grand rendez-vous en tant que patron du ski alpin suisse. Vous êtes un peu sous pression, non?

De par ma fonction, oui. C’est logique! D’autant que cette compétition se déroule en Suisse et que je suis donc un peu attendu au contour… Mais j’y vais l’esprit serein comme je l’ai dit, car nous avons vraiment travaillé dur et que nous avons tout mis en place pour que ça fonctionne bien. Après, question résultats, nous ne pouvons plus faire grand-chose. Durant la compétition, je ne serai d’ailleurs plus acteur mais spectateur, puisqu’il n’y a plus que l’athlète qui peut faire la différence en course.

Est-ce un avantage pour nos athlètes de concourir à Saint-Moritz?

Concourir à domicile, c’est toujours un avantage! Vous êtes à la maison, donc au cœur d’installations que vous connaissez parfaitement. Vous êtes devant votre public, ce qui crée forcément une émulation positive. Bref, toutes les conditions favorables sont réunies pour obtenir les meilleures performances.

A ce propos, combien de médailles espérez-vous récolter?

Nous ne voulons pas formuler un nombre de médailles. Pour ne pas mettre une pression inutile sur nos athlètes. Comme notre équipe est en reconstruction, nous jouerons un rôle d’outsider à Saint-Moritz. Et je pense que nous avons des chances de médailles dans neuf disciplines sur onze.

L’équipe de Suisse ne risque donc pas de battre le record de 1987 (quatorze médailles remportées à Crans-Montana)?

Ce record de 1987 revient bientôt tous les jours sur le tapis! Ça serait bien de tirer un trait sur ces magnifiques pages d’histoire qui ont été écrites dans le passé, mais qui ne collent plus à la réalité et aux possibilités actuelles. En 1987, il y avait peut-être cinq nations capables de monter sur le podium, alors qu’aujourd’hui il y en a une bonne dizaine… Vous ne pouvez donc pas comparer ces deux époques distantes de trente ans.

Du coup, il semble y avoir beaucoup moins d’engouement autour de ces Championnats du monde aujour­d’hui qu’hier. Vous partagez ce sentiment?

Il n’y a pas moins d’engouement. Il y a simplement davantage de possibilités de se distraire qu’avant. Quand j’étais gamin, on faisait du ski l’hiver et du foot l’été, c’est tout! Et puis, les gens sont plus occupés aussi et ont ainsi moins de temps pour se focaliser sur un gros événement comme ces Championnats du monde. Mais à voir mon entourage, j’ai le sentiment que le ski suscite toujours autant d’émotions et que la population a encore l’espoir que la Suisse redevienne un jour une grande nation du ski.

En attendant, faute de champions emblématiques, les Suisses s’enthousiasment davantage pour le tennis que pour le ski alpin...

Federer a certes réalisé quelque chose d’exceptionnel en Australie, mais cela ne va pas entraîner une augmentation significative du nombre de joueurs de tennis en Suisse. Les magasins de sport vivent plus grâce au ski alpin qu’au tennis.

Et il reste heureusement Lara Gut pour nous faire rêver…

Il n’y a pas que Lara. On oublie Wendy Holdener qui a toujours fini sur le podium cet hiver, sauf la fois où elle est sortie de piste. On oublie également Beat Feuz et Carlo Janka qui ont fait des podiums. Nous avons, je vous l’assure, des skieurs capables de briller et de nous faire rêver.

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Auteur: Alain Portner