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27 juillet 2015

Santé psychique: les pairs praticiens offrent leur aide

Déjà connue en Suisse alémanique, au Royaume-Uni ou en Amérique du Nord, cette nouvelle formation romande est réservée aux personnes qui ont elles-mêmes souffert dans leur santé mentale.

(Photo: Véronique Bottéron)

Déjà 90 dossiers déposés pour la seconde volée de cours pour devenir pair praticien. Elle devrait démarrer en 2016. Avec une exigence incontournable inédite: avoir soi-même déjà été hospitalisé en psychiatrie. «Ce qui montre clairement que cette formation n’a pas pour but de concurrencer le personnel médical existant, mais bien d’apporter une aide supplémentaire aux personnes en souffrance psychique.»

Psychologue FSP, Esther Hartmann a été chargée d’élaborer ce nouveau cursus par l’association romande Pro Mente Sana en collaboration avec la Coraasp (Coordination romande des associations d’action en santé psychiatrique). A l’école d’études sociales et pédagogiques (eesp) de Lausanne, la première volée, qui a terminé fin octobre 2014 les quelque 150 heures théoriques et 50 heures de stage demandées, avait déjà fait le plein, avec 35 dossiers déposés pour quinze places disponibles.

Nous avions naturellement sondé les différentes institutions concernées pour savoir si le projet les intéressait et nous étions arrivés à la conclusion qu’une quinzaine de diplômés constituait un bon début.»

Des personnes de tout horizon professionnel, hommes et femmes jeunes ou moins jeunes avec des niveaux de formation très différents mais aussi avec différents profils de maladie. «Lorsque l’on évoque la maladie mentale, on parle de souffrance psychique et de la douleur qui l’accompagne. Il fallait que ce soit des gens chez qui cette souffrance avait disparu, ou qui s’accommodaient de vivre avec. Avec la capacité de parler de soi, de son propre cheminement pouvant éclairer celui de l’autre sans pour autant penser détenir la vérité absolue.»

Des porteurs d’espoir pour les malades

Les pairs praticiens sont aussi définis comme des experts par expérience. «Je les vois comme des porteurs d’espoir, explique Esther Hartmann. Face à des malades qui sont parfois hospitalisés à plusieurs reprises, ils montrent qu’il est possible d’affronter la souffrance et de s’en sortir. Par leur vécu, ils peuvent aussi changer ou renouveler le regard des soignants.» Selon Pro Mente Sana, s’engager dans cette expérience correspond à un chemin de découverte de soi où l’on finit par pouvoir expliquer «comment on a fait pour se sentir bien. Ce qui demande de solliciter chez l’autre ses ressources pour qu’il trouve ses propres solutions.»


Comme toute personne qui travaille sur la base des relations humaines, le pair praticien doit également savoir se protéger et conserver une certaine distance relationnelle avec la personne aidée. Ce qui peut sembler plus difficile que pour un médecin, par exemple. D’ailleurs, quel est le statut administratif de ces pairs praticiens? S’agit-il d’une vraie activité professionnelle? L’expérience est encore trop récente,

mais tout le défi, confirme Esther Hartmann, consiste à donner à leur présence une vraie légitimité au sein de l’équipe de soins».

D’après les premiers retours, notamment des HUG à Genève qui ont engagé deux diplômés de la première volée, les personnes hospitalisées apprécient leur présence. «Je suis convaincue que cela correspond à un vrai besoin. La santé psychique reste un tabou quand l’on sait que 20% à 30% de la population est concernée.»

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey