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23 avril 2012

«Les paysans ont tout de suite bénéficié de meilleurs revenus»

Rolf Buser, ancien directeur de la Fondation Max Havelaar, se souvient de l’arrivée des premiers articles issus du commerce équitable à Migros. C’était en 1992.

Rolf Buser à table
Rolf Buser est à table et ...

Voilà vingt ans, le nom de Max Havelaar apparaissait pour la première fois en Suisse. Dès ce lancement, Migros s’est engagée auprès de la fondation. Et si la success story a débuté avec un seul produit – du café –, l’assortiment ne cesse aujourd’hui de s’étoffer (lire encadré).

Migros Magazine a rencontré Rolf Buser, le premier directeur de Max Havelaar. Autour d’un petit-déjeuner, composé de produits fairtrade comme il se doit, il raconte les turbulences des premières années et explique en quoi le commerce équitable est positif.

A la fin des années 1980, le commerce équitable ne préoccupait nullement les Suisses. Pourquoi vous y êtes-vous intéressé?

Mon environnement familial et mes études en économie aux Etats-Unis ont fait de moi un privilégié. Toutefois, je ne voulais pas simplement profiter de mon petit confort. J’entendais contribuer à améliorer le monde. Après mon diplôme, j’ai sillonné en bus VW l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud avec mes deux frères. Ce périple m’a beaucoup marqué.

Dans quelle mesure ce voyage vous a-t-il influencé?

Ce n’est qu’au retour que j’ai pris conscience par exemple de la problématique des droits de l’homme au Guatemala. Les injustices structurelles du commerce mondial m’ont interpellé. En 1980, je suis retourné en Amérique du Sud, où je me suis engagé à divers niveaux dans des projets d’aide au développement. En dernier lieu, j’ai travaillé pour la Direction du développement et de la coopération (DDC) en Bolivie. Entre autres tâches, nous avons œuvré en faveur des coopératives produisant du cacao et du café. Autant dire que j’étais proche des petits paysans et de leur problématique.

Qu’avez-vous pu observer?

Les petits paysans étaient livrés à des intermédiaires sans scrupules. Ils ne pouvaient pas exporter directement leurs produits. Comme économiste, j’étais convaincu que nous pouvions intervenir pour améliorer ce commerce. Une fois de retour en Suisse, j’ai donc décidé de prendre contact avec les grands distributeurs helvétiques pour qu’ils fassent une place au commerce équitable.

Avez-vous trouvé des appuis?

Des organisations, comme les Magasins du monde ou la Coopérative d’importation OS3, aujourd’hui connue sous le nom de Claro, effectuaient déjà un travail de pionniers avec le café issu du commerce équitable. Après mon retour en Suisse en janvier 1991, les œuvres de bienfaisance réunies à l’enseigne d’Alliance sud m’ont donné le mandat d’étudier la faisabilité d’une action en faveur des petits paysans. Portant au départ sur le café, l’opération devait convaincre au moins un grand distributeur de participer à ce projet.

Vous y êtes parvenu, comme nous le savons aujourd’hui. Comment vous y êtes-vous pris?

Nous avons exercé une pression médiatique. Il existait déjà aux Pays-Bas un projet de commerce équitable du nom de Max Havelaar. Nous avons invité leurs responsables, de même que les plus importants importateurs et torréfacteurs, à rencontrer des représentants des petits paysans lors d’une conférence de presse en Suisse. Nous avons ainsi pu lancer en été 1991 une campagne en faveur du café équitable, tout en démontrant par la même occasion la faisabilité de ce type de commerce.

Après quoi les distributeurs vous ont ouvert leurs portes?

Au début, non. J’étais pourtant convaincu du concept. En utilisant tous les canaux possibles, nous avons organisé un battage avec les œuvres de bienfaisance. Notre but était de créer un big-bang médiatique avec nos partenaires en octobre 1992.

Apparemment, le coup de tonnerre est survenu plus vite que prévu?

Après de longues négociations, les deux grands distributeurs ont fini par donner le même jour – c’était en décembre 1991 – leur assentiment au projet. A fin mars, une semaine avant le lancement, Migros m’appelle: les premiers camions en provenance des Pays-Bas étaient arrivés et le café portant le label Max Havelaar était en train d’être acheminé dans les magasins. Migros a donc été la première à disposer de café équitable sur ses rayons.

Les petits paysans ont-ils pu profiter tout de suite de ce commerce équitable?

Oui, immédiatement. Le prix qu’ils ont reçu pour leur café était deux fois plus élevé que celui du marché mondial. Durant la première année déjà, cette plus-value représentait trois millions de francs. Grâce à ces revenus supplémentaires et à l’accès direct au marché, le commerce équitable apparaissait – et apparaît toujours – comme porteur d’espoir pour beaucoup de petits paysans. Il empêche l’exode rural et permet de lutter efficacement contre la pauvreté. La problématique n’a pas changé aujourd’hui.

Entre-temps, outre le café, de nombreux produits Max Havelaar sont apparus sur le marché. Voyez-vous encore d’autres possibilités d’expansion?

Je ne décèle pas seulement un potentiel dans l’élargissement de l’assortiment mais – et cela est déterminant pour les producteurs – dans l’augmentation des ventes. C’est aussi l’appel que je lance à Migros: le bon produit doit être disponible pour les clients. Par exemple, on devrait pouvoir trouver un choix de différents cafés portant le label du commerce équitable. Car n’oublions jamais: avec nos achats quotidiens nous pouvons améliorer efficacement et durablement le sort des petits paysans.

Auteur: Andreas Dürrenberger

Photographe: Basile Bornand