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25 juin 2012

Les plantes qui dépolluent

Des essais prometteurs permettent à certaines espèces d’assainir les sols. Par contre, en appartement, l’élimination des toxiques de l’air s’avère décevante.

Un mur végétal dans un centre commercial couvert
Les murs végétaux, comme ici dans un centre commercial de Malmö (Suède), sont davantage installés pour leurs qualités esthétiques que pour leurs propriétés dépolluantes. (Photo: GreenFortune/Peter Orevi)

Elles répondent aux doux noms de spathiphyllum, hedera ou chlorophytum. Depuis quelques années, elles constituent l’un des hits des garden centers et autres jardineries. De plus en plus d’amoureux de la chlorophylle plébiscitent en effet ces plantes d’appartement aux variétés dépolluantes.

Il ne s’agit donc plus seulement de faire joli (ou de sentir bon). Mais d’assainir l’atmosphère de nos logements. Et l’idée ne vient pas du plancher des vaches, mais de l’espace. Ou presque. Au début des années 80, un nommé Bill Wolverton est chargé par la NASA de mettre au point un dispositif d’épuration de l’air à l’intérieur des futures stations spatiales.

Ayant déjà étudié l’utilité de plantes dans le traitement des eaux usées, ce spécialiste en sciences de l’environnement se met au travail dans le Stennis Space Center (Mississippi) pour démontrer l’efficacité de certaines espèces sur l’élimination de polluants atmosphériques comme le benzène, le trichloréthylène et le formaldéhyde. Les premiers résultats sont déclarés très encourageants, au point qu’après son départ de l’Agence spatiale américaine, Bill Wolverton poursuit ses recherches au sein de l’ALCA (pour Associated Landscape Contractors of America) qu’il a lui-même fondée.

En laboratoire, certaines plantes comme le spathiphyllum ont montré leur capacité à dépolluer. ühoto: Istockphoto)
En laboratoire, certaines plantes comme le spathiphyllum ont montré leur capacité à dépolluer. ühoto: Istockphoto)

L’idée? Séverine Kirchner, coordinatrice du programme de recherche de l’Observatoire français de la qualité de l’air intérieur, explique: «En laboratoire, sur de courtes durées, ces plantes ont montré leur capacité à dépolluer via leurs stomates, c’est-à-dire les pores par lesquels les végétaux respirent, mais aussi via leurs feuilles, leurs racines et les micro-organismes qui y vivent.»

Peu à peu, grâce à un marketing ciblé, se développe toute une gamme de plantes «air pur». Le chrysanthème devient ainsi le champion d’absorption du trichloréthylène, la tristement célèbre substance utilisée dans la composition des peintures, mais aussi de divers vernis et solvants. Le chlorophytum, lui, se montrait très efficace pour attraper particules de monoxyde de carbone et formol. Quant au cactus, posé près de l’écran plat ou de l’ordinateur familial, il faisait son affaire des méchantes ondes.

Les scientifiques ne sont pas d’accord

Euréka? Oui, mais non. Car aussi noble qu’elle soit, la science même dite exacte change parfois d’avis. Et le terreau scientifique d’hier sur lequel poussèrent avec vigueur ces plantes dépolluantes multicolores semble désormais un peu moins fécond. Le coup de froid se fit sentir l’année dernière, au terme d’une réunion de spécialistes mondiaux de la question réunis sous l’égide de l’Observatoire de la qualité de l’air, associé à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), ainsi qu’à la Faculté de pharmacie lilloise. En gros, les conclusions de ces experts revinrent à affirmer qu’il ne fallait pas trop compter sur les plantes pour améliorer l’air de nos maisons.

Un effet mesurable demanderait de remplir le logement de ces plantes.

«Certes, explique Joëlle Colosio, responsable du service de qualité de l’air à l’ADEME, il demeure incontestable que certaines plantes peuvent absorber des polluants, des composés gazeux. Hélas, cela ne fonctionne qu’avec de hautes doses de polluants dans un milieu restreint.» Mouvements d’air réduit d’une pièce d’intérieur, température constante, hygrométrie généralement faible et luminosité favorable: autant de conditions guère favorables à optimiser les facultés d’accumulation des polluants par les végétaux. Dans une maison expérimentale, les scientifiques de cette étude baptisée Phytair ont recommencé les travaux de Bill Wolverton en soumettant trois variétés dépolluantes connues – le dragonnier, le pothos et la plante araignée – au benzène, au monoxyde de carbone et au formaldéhyde. Conclusion? «Quasiment pas de différence, car les composés sont très dilués et la plante les digère à un rythme très lent. Le rendement est si limité qu’il est ainsi plus efficace de simplement ouvrir la fenêtre. Un effet mesurable demanderait de remplir le logement de ces plantes.» Et cela vaudrait aussi pour les autres variétés dépolluantes.

Autant dire qu’il vaut mieux suivre les recommandations de l’ADEME pour assainir l’air de nos logements: aérer cinq à dix minutes par jour, si possible radiateurs éteints en hiver. Entretenir son système de ventilation s’il existe; éviter de fumer à l’intérieur, ne pas utiliser de manière prolongée des parfums d’ambiance, pesticides, bougies et autres encens, ventiler après avoir pris sa douche ou son bain et réparer les infiltrations d’eau chroniques. Quant aux plantes, on continuera à les choisir pour leur esthétique, en prenant garde aux variétés susceptibles de provoquer des allergies, et d’éviter les chambres des nouveau-nés et des personnes asthmatiques.

Auteur: Pierre Léderrey