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18 février 2013

«Les prix évoluent et nos clients en profitent!»

Chef du marketing de Migros, Oskar Sager explique pourquoi certains prix augmentent mais aussi comment certains continueront de baisser à l’avenir.

Oskar Sager pose devant une photo de Gottlieb Duttweiler
Membre de 
la direction 
de Migros, 
Oskar Sager 
dirige le 
département marketing.

Les experts de la branche et les économistes s’attendent à de faibles variations de prix pour l’année à venir. C’est tout juste s’ils anticipent quelques augmentations partielles dans le commerce de détail –ce qui n’est pas surprenant, mais cela échauffe les esprits.

Les journaux disent que les prix dans le commerce de détail vont augmenter. Pourtant Migros baisse les prix de son assortiment bio. Comment expliquer cela?

Quand nous déterminons un prix, nous ne le faisons pas par effet d’annonce. Nous nous fondons sur la situation du marché. Si la demande de produits bio augmente, nous pouvons élargir notre assortiment en conséquence, ce qui fait baisser les prix. Mieux: une telle démarche correspond à notre volonté de mettre nos produits bio à la disposition du plus grand nombre.

Mais qui paie ces baisses de prix?

Elles nous incombent en grande partie. Elles interviendront avant tout dans les secteurs où les différences de prix sont importantes entre les produits conventionnels et les produits bio.

Une étude du Credit Suisse portant sur le commerce de détail parle de retournement de situation dans la formation des prix. Les articles ne sont-ils pas simplement en train de coûter davantage?

Non, les conditions favorables que nous offrons dans nos assortiments bio prouvent le contraire. Ce qui n’empêche pas la pression sur les prix de demeurer élevée dans le commerce de détail. Celui qui formulerait aujourd’hui des prédictions à ce propos – même à l’horizon d’un an! – devrait lire dans une boule de cristal. Durant ces dernières années, les turbulences sur les prix ont considérablement augmenté. Les écarts vers le haut et vers le bas sont devenus plus marqués. Dans le domaine des matières premières, il est plus facile de prédire l’évolution des prix à long terme qu’à court terme.

A Migros, quelle est l’évolution actuelle?

Durant l’année écoulée, nous avons pu réduire l’ensemble de nos prix de 1,4%, ce qui représente 210 millions de francs. Durant les deux premiers mois de cette année, nos baisses équivalent à près de 25 millions, quand bien même nous avons dû, dans le même laps de temps, augmenter certaines marchandises à hauteur de 10 millions.

En résumé, nous avons de nouveau investi plus de 15 millions de francs pour rendre nos marchandises plus avantageuses.

Comment les prix des produits frais évoluent-ils?

Durant les trois dernières années, ces prix ont connu des baisses continuelles. Dans ce contexte, il est normal d’observer quelques retours de balancier ponctuels. Ainsi, dernièrement, du fait de l’augmentation des aliments pour animaux, nous avons dû revoir à la hausse les prix des volailles Optigal.

Ces produits coûtent moins cher de l’autre côté de la frontière…

La comparaison ne tient pas. Une grande partie des produits Migros proviennent d’éleveurs indigènes qui doivent respecter des exigences de qualité élevées et produire selon les critères du développement durable. De tels standards ont un coût. En Suisse, si nous tenions à offrir des prix semblables à ceux de nos voisins européens, nous devrions d’abord économiser sur les salaires et les loyers. Ce serait certainement le début de la fin de notre prospérité. Personne ne veut de telles solutions. Elles péjorent l’économie nationale et tous les individus.

Pour Oskar Sager, l’évolution réelle des prix compte 
davantage que les prévisions et les effets d’annonce.
Pour Oskar Sager, l’évolution réelle des prix compte 
davantage que les prévisions et les effets d’annonce.

Que diriez-vous à un client qui attendrait des baisses de prix durables?

Je lui ferais remarquer que ce qu’il a acheté à Migros pour 100 francs il y a trois ans ne lui coûte aujourd’hui que 90 francs. Une étude actuelle de l’institut indépendant de recherches BAK, à Bâle, montre que, l’an dernier, les prix dans les magasins et supermarchés ont baissé de 2,5%, tombant au-dessous du niveau qui était le leur en 1992. Si la vie devient plus onéreuse, c’est en dehors des supermarchés. Les dépenses pour la santé, les transports et le logement alourdissent le budget des ménages de manière continuelle, significative et inégale. L’évolution est même plus forte qu’il y a trois ans.

Après que Migros a augmenté le montant de ses recettes l’an dernier, de nombreux consommateurs attendent d’autres baisses de prix. Leurs espoirs sont-ils fondés?

Oui. Nous nous engageons quotidiennement pour un approvisionnement optimal et nous faisons profiter nos clients des avantages que nous obtenons. Parallèlement, nous nous sentons responsables de notre économie nationale, de nos producteurs, du «Swissness». Si nous délocalisions cette production à l’étranger ou si nous augmentions la part de notre approvisionnement hors de nos frontières, nous pourrions facilement réaliser d’autres économies. De telles velléités n’ont cependant jamais été et ne sont pas à l’ordre du jour.

Quels sont encore les secteurs où des baisses de prix pourraient intervenir?

La marge de manœuvre devient étroite pour nous tous qui dépendons des marchés internationaux. En même temps nous sommes constamment poussés à continuer d’améliorer notre productivité. Nous pourrions encore faire baisser nos prix grâce aux économies ciblées ainsi réalisées.

Auteur: Daniel Sidler

Photographe: Nik Hunger