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31 octobre 2016

Un air de montagne en ville

Les constructions de transports publics par câble dans les villes d’Amérique latine font aujourd’hui des émules en Europe. Y compris en Suisse romande, où pas moins de quatre projets sont actuellement à l’étude.

illustration symbolique de télécabines urbaines en Suisse
Plusieurs villes de Suisse se penchent sur des projets de télécabine en milieu urbain.

On les croyait réservées à la montagne. La preuve, la Suisse compte quelque 300 télécabines, toutes situées en milieu rural. Pourtant, depuis quelques années, des projets au cœur des agglomérations fleurissent. Rien qu’en Suisse romande, quatre liaisons sont projetées dans les villes de Sion, Genève, Fribourg et Morges (lire encadrés).

En 2004, le désormais célèbre métrocâble urbain de Medellín (Colombie) a été inauguré. Ce projet a ensuite fait de nombreux émules dans d’autres villes d’Amérique du Sud et même jusqu’au Maghreb. Aujourd’hui, l’Occident est également contaminé par le virus, à l’image de Londres et de sa liaison par télécabine qui surplombe la Tamise, réalisée à l’occasion des Jeux olympiques de 2012.

D’ici quelques jours, c’est à Brest que le premier téléphérique de France en milieu urbain sera inauguré et reliera les deux rives de la Penfeld, le fleuve qui scinde la ville. Une construction 100% helvétique, réalisée par Bartholet Maschinenbau, basé à Flums. L’entreprise saint- galloise est d’ailleurs active sur trois autres chantiers de transport par câble dans les villes de Moscou, d’Istanbul et de Kish (Iran).

Son principal concurrent, Garaventa, situé à Goldau, est également très actif en milieu urbain. Cet été, l’entreprise schwyzoise inaugurait d’ailleurs le plus grand téléphérique du monde dans le baie d’Along (Vietnam). La bête peut accueillir jusqu’à 230 voyageurs et possède le plus haut pylône de téléphérique du monde, avec pas moins de 188 mètres!

Malgré ce savoir-faire swiss made, comment expliquer que les villes helvétiques n’ont pas encore osé franchir le pas? «En Suisse, nous sommes habitués à voir des télécabines en montagne, mais pas encore dans un environnement urbain.

Parfois, on estime que cette solution est trop simpliste, dans un pays habitué à construire de lourdes infrastructures de transport,

Portrait de Fernando Simas
Fernando Simas, assistant-doctorant au Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL

à l’image des lignes de chemin de fer et de tram», estime Fernando Simas qui prépare une thèse à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) dans le but de comparer les projets de télécabines urbaines d’Amérique du Sud et de Suisse.

Mais la donne pourrait changer à l’avenir selon l’assistant-doctorant brésilien. Il faut dire que ce mode de transport cumule les avantages: «Il est silencieux, peu polluant, indépendant de la circulation routière, peut être construit rapidement et pour un coût environ cinq à six fois inférieur à celui d’une ligne souterraine de métro, énumère-t-il.

Un autre grand avantage, c’est que les voyageurs n’ont pas à se calquer sur un horaire puisque des cabines passent toutes les quelques secondes.»

Le grand challenge consiste à intégrer ces nouvelles infrastructures dans les réseaux de transports publics existants. «Contrairement aux installations de montagne, l’usager n’est pas un touriste, mais un citadin dont l’attente est de pouvoir se déplacer rapidement d’un mode de transport à un autre, explique-t-il.

Les télécabines ne remplaceront jamais les réseaux existants, elles sont conçues pour réaliser ce qu’on appelle ‹le dernier kilomètre›,

par exemple de la sortie de la gare principale en ville jusqu’à un quartier en périphérie.» Le débit maximum d’une télécabine est d’ailleurs de 5000 personnes par heure et par sens.

La sécurité compte aussi

Du côté de l’association Remontées mécaniques suisses, on voit également d’un bon œil les projets dans les villes suisses. Même si plusieurs défis sont encore à relever avant de voir des télécabines survoler nos cités. «Il s’agira de résoudre certains obstacles juridiques, notamment en termes de droit de passage et de sauvegarde du paysage naturel et urbain, note Sylvie Schneuwly, porte-parole pour la Suisse romande. Cela posera aussi des questions de sécurité, dans le cas où par exemple un incendie se déclarerait sous la ligne de télécabine ou si une intervention par hélicoptère était nécessaire pour évacuer une cabine.»

Au final, c’est la population qu’il faudra réussir à convaincre pour que ces projets puissent aboutir. Les riverains sont-ils prêts à voir passer une télécabine au-dessus de leur quartier? «Les nouvelles liaisons en Suisse sont construites sous terre, comme le métro M2 à Lausanne ou le tunnel de base du Gothard. Il ajoute encore:

C’est dommage, on ne voit plus les magnifiques paysages helvétiques. Les télécabines viendront peut-être combler ce manque.»

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Illustrations: Paula Troxler