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21 novembre 2011

Les rois de l’emballage

Afin de ménager l’environnement, Migros s’efforce de diminuer la quantité de matière utilisée dans ses emballages. Dans la boulangerie Jowa, les premiers tests effectués sont convaincants.

Emballage du pain de Jowa
Le nouveau conditionnement du pain de Jowa est un succès. Ici les experts Christian Pfeiffer (au centre) et Torben Drechsler (à droite).

Le site de production de la boulangerie Jowa à Volketswil (ZH) est silencieux; seul un petit nombre de collaborateurs s’active encore entre les fours et les tapis roulants. Parmieux, Christian Pfeiffer et Torben Drechsler profitent de ce moment pour procéder à un test. Les deux spécialistes, revêtus de blouses blanches et de bonnets de protection, placent un sachet à pain dans le dispositif de la machine à emballer. Une couronne croustillante tout juste sortie du four dévale aussitôt le long de la glissière, pour atterrir aussi rapidement que sûrement dans le sac en papier. Les deux hommes se penchent sur le produit qui exhale une délicieuse odeur de pain chaud. Mais ils s’intéressent davantage à l’emballage qu’au contenu. En effet, les deux hommes travaillent chez Jowa en tant qu’ingénieurs packaging. Et ce test vise surtout à contrôler la qualité du film de plastique transparent qui compose le sachet.«Nous avons réduit l’épaisseur de cette feuille à une fraction de millimètre», explique Christian Pfeiffer. Ils’agit maintenant de vérifier si l’emballage est encore suffisamment solide et s’il reste intact lorsqu’il réceptionne le pain, qui jaillit encore chaud de la machine.

Cent vingt millions de sachets de pain utilisés chaque année

Il est prévu de munir progressivement tous les sachets de pain Jowa de ces feuilles transparentes amincies. «Les clients ne remarqueront rien de cette innovation, affirme Torben Drechsler, car on ne perçoit aucune différence à l’oeil nu.» Alors pourquoi s’imposer tout ce travail? Jowa, qui fait partie des M-industrie, est la plus grande entreprise de production boulangère de Suisse et utilise cent vingt millions de sachets de pain par année. En réduisant l’épaisseur des feuilles, on réalise ainsi une économie de dix- huit tonnes de polypropylène par année. Cette mesure est l’une des options prises par Jowa. Comme les flûtes au sel vendues dans des boîtes de plastique constituées en grande partie de matière recyclée à partir de bouteilles en PET. Ou les pizzas fraîches emballées dans des sachets à l’épaisseur réduite, ce qui permet d’économiser vingt-quatre tonnes de plastique par an. Grâce à une nouvelle machine, moins d’impact sur la nature.

Une cure d’amaigrissement qui nécessite d’énormes investissements

«Pour pouvoir réaliser ces emballages de pizzas en version allégée, nous avons dû acquérir une nouvelle machine», glisse Torben Drechsler avec une fierté manifeste. Chaque gramme d’emballage éliminé correspond à autant de matière et d’énergie épargnées, et se traduit par un moindre impact sur l’environnement. Jowa s’est aussi assigné une tâche immense en ce qui concerne l’utilisation de papier et de carton. Chaque boîte et chaque sachet doit désormais arborer le label de protection des forêts FSC (Forest Stewardship Council). Cela signifie que ces matériaux sont fabriqués uniquement à partir de bois provenant de forêts exploitées de manière durable. Les efforts de Jowa participent d’une ambitieuse initiative à laquelle contribue l’ensemble du groupe Migros: le grand distributeur vise à réduire de 10% au cours des trois prochaines années l’impact environnemental des emballages des produits Migros les plus vendus.

Les impératifs écologiques ne doivent cependant pas compromettre l’attractivité des emballages, qui doivent mettre en valeur les produits proposés en rayon. La surface transparente des sachets de pain en est un bon exemple. «Pour économiser du plastique, nous aurions pu supprimer cette surface, indique Torben Drechsler. Mais le client veut voir le pain qu’il achète en magasin.». C’est pourquoi les développeurs Jowa ont décidé de réduire l’épaisseur de ce film plastique, bien que cela représente un bien plus grand défi sur le plan technique. Mais l’aspect le plus important est la protection des aliments. «Chaque emballage doit protéger le produit contre les dommages extérieurs», explique Christian Pfeiffer. Le sachet doit garantir que le produit parvient intact en magasin et qu’il reste frais jusqu’à la fin de son délai de péremption. «Les transports constituent le principal facteur de risque, note Christian Pfeiffer, car il peut arriver que la marchandise soit secouée, lorsque le camion doit par exemple freiner brusquement. » Or les nouveaux emballages, plus fins, doivent aussi pouvoir supporter ce genre de contraintes. Pour garantir la sécurité des produits, les ingénieurs procèdent à des tests de transport. Avant que la pizza munie du nouvel emballage ne soit mise en rayon, elle a donc dû effectuer un voyage-test. On l’a par exemple acheminée depuis son site de production à Volketswil jusqu’au magasin Migros de San Antonino au Tessin et elle a prouvé qu’elle pouvait franchir les Alpes sans encombre.

Auteur: Michael West

Photographe: Ueli Christoffel