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12 mars 2012

Les ronfleurs dans le collimateur

Unique entreprise suisse spécialisée dans la lutte antironflements, la PME chaux-de-fonnière Oscimed SA, que codirigent Georges Magnin et son fils Jacques, a développé une gamme de produits qu’elle exporte aux quatre coins de la planète.

Main tenant un appareil dentaire antironflements
Les clients ont le choix entre des modèles prêt-à-porter et d'autres quasi sur mesure.

Ronfler n’est pas une fatalité! Georges Magnin et son fils Jacques – les patrons d’Oscimed SA, une PME chaux-de-fonnière active dans le domaine médical – en sont intimement convaincus depuis que le père (un ronfleur invétéré comme environ un quart de l’humanité) est tombé sur un «remède antironflements» au nom barbare: l’orthèse d’avancement mandibulaire. «Je l’ai testée et ça marche!»

Cet appareil dentaire, que l’on met en bouche au moment de se coucher, pousse la mâchoire inférieure de quelques millimètres de manière à dégager le passage de l’air inspiré. «C’est un principe qui est connu depuis 1903.» Et reconnu aussi depuis belle lurette par les médecins ORL qui le prescrivent à leurs patients, y compris pour les cas d’apnées légères ou modérées.

Jacques Magnin ne manque pas d'idées et encore moins d'humour pour développer les produits.
Jacques Magnin ne manque pas d'idées et encore moins d'humour pour développer les produits.

De représentants à développeurs

Convaincu de tenir là une solution au potentiel intéressant, Georges Magnin l’adopte pour son usage personnel ainsi que pour son entreprise. «Nous avons commencé par représenter cet article français.» Mais très vite, lui et son fils – deux ingénieurs nourris au sein du perfectionnisme helvétique – constatent que ce système peut être grandement amélioré. Ni une ni deux, ils décident de développer leur propre matériel. S’inspirant du squelette humain, articulé et donc souple, nos lascars commencent par élaborer deux orthèses maison ergonomiques et confortables: un modèle prêt-à-porter à 49 francs et un autre quasi sur mesure (il est composé de deux gouttières buccales thermo-adaptables à la dentition) à 179 francs. Quasi parce que la «haute couture», qui coûte cinq à six fois plus cher, reste la chasse gardée – et du reste pas du tout contestée par les Magnin – des dentistes.

Il a fallu cinq ans de tractations pour pénétrer le marché chinois.
- Jacques Magnin

Ces Neuchâtelois inventifs élargissent ensuite leur gamme. Dans le but de proposer à leurs clients «des alternatives peut-être un peu moins efficaces, mais surtout moins contraignantes». Comme l’oreiller à bosse et le sac à dos high-tech équipé d’un airbag qui incitent, voire obligent les ronfleurs à dormir sur le côté. Ou encore le dilatateur nasal qui écarte mécaniquement les narines, un clip qui séduit aussi les sportifs parce qu’il améliore respiration et performances.

A la fois testeur et développeur de produits, Georges Magnin sait dorénavant que ronfler n'est pas une fatalité.
A la fois testeur et développeur de produits, Georges Magnin sait dorénavant que ronfler n'est pas une fatalité.

Une exclusivité en Suisse, à l’assaut du marché mondial

«Nous sommes les seuls en Suisse à fabriquer des produits antironflements standards, précisent les codirecteurs d’Oscimed. Produits qui sont parmi les plus performants du marché.» Dûment protégés par des brevets, ceux-ci ne laissent évidemment pas la concurrence indifférente… «Une firme allemande cherche à s’associer avec nous, mais nous ne sommes pas très intéressés», lâchent nos interlocuteurs tout sourire.

Je dors avec une orthèse, un clip nasal et l’oreiller à bosse.
- Georges Magnin

Un téléphone sonne. Le fils se lève pour aller répondre. «Désolé, mais notre secrétaire est absente ce matin.» Une seconde sonnerie retentit. C’est au tour du papa de se confondre en excuses avant de quitter la pièce. Des bribes de conversation en anglais et en italien parviennent jusqu’à nos oreilles. Cette PME, comme nous l’apprendrons plus tard, exporte près de 90% de sa production. L’an passé, par exemple, elle a réussi à pénétrer le marché chinois. «Cinq ans de tractations ont été nécessaires pour obtenir les autorisations.» Espérons pour eux que l’armée sud-coréenne, avec laquelle ils sont actuellement en pourparlers, sera moins tatillonne…

Jusqu’au-boutistes, Georges et Jacques Magnin ne cessent d’approfondir leurs connaissances en matière de ronchopathie (ronflement en jargon médical). Au point de maîtriser le sujet presque aussi bien que les spécialistes du sommeil. «On participe régulièrement à des congrès internationaux, on échange avec des experts.» Et puis, côté pratique, le père continue bien sûr de jouer les cobayes pour l’entreprise: «Moi, je fais la totale! Je dors avec une orthèse, un clip nasal et l’oreiller à bosse. Ahahah!»

Auteur: Alain Portner

Photographe: David Houncheringer