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7 avril 2014

Les seniors s’engagent pour le climat

Des mouvements de grands-parents émergent dans plusieurs pays pour combattre le réchauffement climatique. En Suisse romande, les aînés sont aussi prêts à descendre dans la rue.

Une personne agée tient une pousse dans ses mains
Les aînés ne sont pas insensibles aux problèmes de l'environnement. (Photo: Getty Images/Mint Images/Tim Pannell )

Le combat pour le climat n’a ni frontière… ni âge. Après les pays nordiques, le Canada et les Etats-Unis, les grands-parents de Suisse romande aussi se mobilisent pour protéger l’avenir de leurs descendants.

Suite à l’intérêt d’une conférence publique de Jacques Mirenowicz, rédacteur en chef de La Revue Durable, une première rencontre a eu lieu le 5 février dernier à Lausanne. Une cinquantaine d’aînés y ont participé, tandis qu’une cinquantaine d’autres n’ayant pas pu se libérer ont également manifesté leur intérêt. But de la manœuvre: sonder les intérêts en vue de la création d’un mouvement de personnes du troisième âge pour combattre le réchauffement climatique.

«Après deux heures d’intenses discussions, l’assemblée s’est montrée très motivée à poursuivre l’aventure et a déjà nommé un comité directeur pour organiser la prochaine rencontre, explique Susana Jourdan, directrice de La Revue Durable. Un engagement que ces personnes ne prennent pas pour elles-mêmes, puisqu’elles ne seront plus là au moment de constater les résultats de leurs actions, mais en faveur de leur descendance.»

La responsabilité d’une génération envers les suivantes

Au-delà de ces liens parfois très proches qui unissent grands-parents et petits-enfants, ne serait-ce pas aussi une certaine forme de culpabilité qui les inciterait à se mobiliser pour la Planète? C’est l’hypothèse de Cornelia Hummel, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Genève et spécialiste de la sociologie de la vieillesse et des générations.

Les seniors d’aujourd’hui ont connu les Trente Glorieuses, période durant laquelle on avait l’habitude de consommer les ressources sans ménagement,

relève la sociologue. Je vois donc dans la création de ces mouvements une question de responsabilité de toute cette génération envers les suivantes.»

Georges Perrin
Georges Perrin

Un avis que confirme Georges Perrin, cinq enfants et sept petits-enfants et qui fait partie du comité de six personnes ayant pour tâche d’organiser la prochaine réunion plénière du mouvement. «Ma génération a vécu une partie de sa vie en gaspillant largement les ressources, avoue le grand-papa.

Aujourd’hui, agir pour le climat, c’est nous permettre de regarder nos petits-enfants droit dans les yeux!»

dessin d'un poussin

Si l’ex-publicitaire croit en ce futur mouvement, c’est que les personnes du troisième âge ont certains atouts à faire valoir. «D’abord, les retraités ont du temps libre, poursuit Georges Perrin. Et ils sont libérés de certaines contraintes, notamment de ne plus être soumis à la pression d’un employeur. Ensuite,

les seniors jouissent d’une certaine respectabilité et possèdent déjà des réseaux solides.

Sans oublier que nous sommes aussi une tranche d’âge qui vote! Nous bénéficions donc d’une force politique non négligeable.»

Des membres venus d’horizons différents

Comme la quasi-totalité des seniors présents lors de cette première réunion, le Lausannois a depuis longtemps une fibre verte. Dans les années 70 déjà, il participait au lancement d’un réseau ville-campagne qui a débouché quelques années plus tard sur l’ouverture d’un magasin de produits bio.

«Nous attachons déjà pour la plupart une grande importance aux thèses écologiques, c’est vrai. Mais cela n’empêche que nous provenons d’horizons très différents. Un grand avantage! Chacun pourra ainsi apporter ses propres compétences.»

Le futur mouvement romand entend déjà collaborer avec d’autres associations à l’international, tout comme tenter de dénicher des intérêts de l’autre côté de la Sarine. Quant aux actions concrètes que pourrait mener le groupe de grands-parents, Georges Perrin a déjà quelques idées: «Nous avons déjà discuté d’une marche de protestation que nous pourrions mener lors de la prochaine grande conférence sur le climat qui aura lieu à Paris l’an prochain. Ou de tout autre type de manifestations, légales voire… illégales. On a plutôt l’habitude de voir les jeunes descendre dans la rue, et

quand les vieux se bougent, c’est bien la preuve qu’il y a un problème!

La «révolution grise» est en marche!

portrait de Mihaela Nedelcu
Mihaela Nedelcu

Mihaela Nedelcu, professeure associée à l’Institut de sociologie de l’Université de Neuchâtel, spécialiste de la sociologie des risques et de l’environnement.

Comment expliquez-vous cette volonté des aînés de s’engager pour le climat?

Il s’agit d’un processus complexe de solidarité entre générations qui touche toute la société occidentale. Il est naturel que des grands-parents veuillent s’engager dans la transmission d’un patrimoine environnemental à leurs descendants, motivés à l’idée de leur offrir un cadre de bien-être égal à celui dont ils ont bénéficié au cours de leur vie.

De manière générale, les aînés sont très enclins aujourd’hui à donner un coup de pouce à leur progéniture.

A l’image de ces grands-parents qui font du baby-sitting quelques jours par semaine et permettent ainsi à leurs propres enfants de mener une carrière professionnelle.

Quelles sont les armes spécifiques dont bénéficie cette classe d’âge?

Les grands-parents seraient donc de bon conseil sur les sujets d’écologie?

Ces mouvements seront-ils assez puissants pour amener de véritables améliorations?

D’autant plus que les aînés seront toujours plus nombreux…

Des sociologues parlent de «révolution grise»: toujours plus de personnes arrivent à l’âge de la retraite et bénéficient encore de quinze, vingt ou trente ans devant elles. Et en bien meilleure santé que les seniors d’autrefois!

Les aînés ont un rôle grandissant dans notre société,

alors qu’auparavant on ne les considérait que comme des citoyens passifs. On dit déjà du XXIe siècle qu’il sera celui des grands-parents!

Texte: © Migros Magazine - Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin