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4 juillet 2016

Les Suisses bronzent-ils idiot?

Avec l’été revient l’irrésistible envie de se dévêtir et de prendre le soleil. Mais gare au mélanome, ce cancer de la peau qui ne cesse de progresser en Suisse depuis trente ans! Et ce, malgré les couches de crème solaire et les campagnes de prévention à répétition.

Femme qui se bronze
Même si vous appréciez grandement le soleil, restez très prudent(e)s lors de vos séances de bronzage. (Photo: Keystone)

L’été a enfin pointé le bout de son nez. Du coup, les amateurs de bain de soleil peuvent peaufiner leur bronzage: bleu pour les plus prudents et saignant pour les inconscients. Car il faut l’être lorsque l’on sait que le mélanome guette! Selon des estimations, plus de 35 000 personnes vivaient avec ce cancer de la peau en 2015. Contre 27 000 en 2010 et 17 000 en 2000.

Chaque année, ce sont en moyenne près de 2500 nouveaux cas qui sont diagnostiqués, plaçant ainsi la douce Helvétie dans le peloton de tête des Etats européens les plus touchés par ce fléau. Nous partageons ce triste record avec les pays du nord, soit là où vivent les populations les plus à risque, celles qui ont la peau claire et fréquentent assidûment plages et solariums.

En Suisse, trois personnes sur cent développent une telle maladie au cours de leur vie, plus précisément 3,1% chez les hommes et 2,6% chez les femmes. Particularité relevée dans le rapport international sur le cancer 2014: les dommages interviennent principalement dans l’enfance ou à l’adolescence et lorsque les expositions aux rayons ultraviolets (UV) sont sporadiques et intenses.

D’où l’importance de prévenir au lieu de guérir. Comment? Simplement en limitant sa dose d’UV quotidienne. Mais encore? En préférant l’ombre au soleil, en évitant de trop se dénuder et en se tartinant les zones du corps qui restent à découvert. Vaut mieux revenir de vacances légèrement hâlé que totalement cramé, non! A moins bien sûr de vouloir continuer à bronzer idiot…

«L’exposition au soleil n’apporte aucun bénéfice»

Dr Rastine Merat

Dr Rastine Merat, responsable de l’Unité d’onco- dermatologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)

Pourquoi le mélanome continue-t-il à progresser fortement en Suisse?

Cette augmentation n’est pas spécifique à la Suisse. Le mélanome continue de progresser un peu partout dans le monde, parce que la population vieillit et que le cancer est une maladie liée à l’âge, même si le mélanome a la particularité de toucher également des sujets jeunes. Ensuite parce que ce vieillissement induit naturellement une exposition supplémentaire de la population aux rayons ultraviolets. Ces deux facteurs se cumulent.

La Suisse est le pays d’Europe où l’on diagnostique annuellement le plus de nouveaux cas par rapport au nombre d’habitants!

C’est vrai qu’ici l’incidence est élevée par rapport aux autres pays européens. Mais elle est tout de même largement inférieure à celle d’autres pays, comme l’Australie par exemple.

Les crèmes solaires ainsi que les campagnes de prévention seraient-elles inefficaces?

Non, je dirais plutôt que le bénéfice de ces mesures de précaution et de la sensibilisation du grand public ne peut pas se voir à court terme. Entre le moment où les rayons ultraviolets causent des dégâts et l’apparition du cancer, il s’écoule un très long laps de temps. En fait, ce qui se produit actuellement est la conséquence de ce qui s’est passé il y a deux décennies en arrière. C’est exactement la même chose avec la campagne antitabac: il y a un décalage de temps avant que l’on puisse constater une diminution de l’incidence du cancer du poumon ou même une stabilisation…

Les gens ont le sentiment que le soleil est plus «violent» qu’auparavant. C’est le cas?

Le soleil n’est pas plus dangereux qu’avant, ce sont des croyances populaires qui ne reposent sur rien de scientifique. Certes, il y a des trous dans la couche d’ozone, mais je ne pense pas qu’il y ait de preuves qui permettent d’affirmer que dans telle ou telle région de l’Europe la population en subit les conséquences.

Quels sont alors vos conseils pour bronzer futé?

Eh bien, déjà, de ne pas bronzer! Même si vous avez une peau qui bronze facilement, sans passer par des phases de rougeur, vous faites des dégâts. Le photovieillissement (vieillissement prématuré de la peau causé par une exposition répétée aux rayons ultraviolets, ndlr) affecte tous les types de peau, y compris les peaux noires. L’exposition au soleil n’apporte aucun bénéfice. A part peut-être esthétique pour certains.

A vous entendre, il faut éviter les bains de soleil à tout prix, même si l’on se tartine de crème solaire…

Effectivement. Les crèmes sont utiles et importantes pour les activités de loisirs où l’on ne peut pas éviter l’exposition, en tout cas sur certaines parties du corps. Et à condition de les utiliser comme il faut! Ce qui veut dire appliquer suffisamment de produits et renouveler régulièrement la protection au cours de la journée. Quant aux personnes qui veulent tout de même s’exposer au soleil, il faut au moins qu’elles le fassent aux bonnes heures, c’est-à-dire soit très tôt le matin ou très tard l’après-midi, et qu’elles s’appliquent l’équivalent d’une dizaine de cuillères à café de crème sur tout le corps. Mais attention, il n’existe pas de protection totale!

Et les solariums, faut-il encore s’en méfier?

Oui. D’un point de vue médical, on ne peut que déconseiller les solariums, y compris ceux de dernière génération. Il faut les éviter parce que les ultraviolets restent toujours des ultraviolets.

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Auteur: Alain Portner