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26 mai 2015

Les Suisses et leurs élus: la grande désillusion?

Affaires Markwalder, Müller, Fehr... De plus en plus de «scandales» éclaboussent la réputation de nos politiciens présumés sans taches. De quoi sérieusement écorner leur image et éroder la confiance des citoyens-électeurs!

le Palais fédéral se reflète dans une flaque d'eau photo
De plus en plus de «scandales» éclaboussent la réputation de nos politiciens présumés sans taches. (Photo: Keystone)

Christa Markwalder (PLR/BE) manipulée par une lobbyiste à la solde d’un politicien kazakh. Geri Müller (Verts/AG) pris au piège d’un flirt virtuel avec envoi de selfies de lui en tenue d’Adam. Hans Fehr (UDC/ZH) blanchi de justesse – il a dû s’acquitter des frais de la cause ! – dans une histoire de travail au noir (il employait une femme de ménage non déclarée). Décidément, on ne s’ennuie pas sous la Coupole fédérale !

De telles affaires (il y en aurait eu une douzaine durant cette législature), même si elles ne paraissent pas graves au demeurant, finissent par nuire à la crédibilité de nos élus. Avec le risque que les citoyens se désintéressent encore davantage de la chose publique et boudent les urnes. Déjà que seule une petite moitié des électeurs se déplace tous les quatre ans pour aller élire ses représentants à Berne...

Ce qui sauve pour l’heure nos politiques, c’est que les Suisses ont toujours foi en eux, malgré tous ces «scandales» à répétition. C’est ce que relève le professeur Pascal Sciarini dans l’entretien ci-contre. C’est ce que semble aussi montrer le micro-trottoir que nous avons réalisé pour l’occasion.

Mais il ne faudrait pas trop tirer sur la corde! Car une fois que le lien entre citoyens et politiciens est rompu, il est difficile de le retisser. Prenez les Français! Ils se méfient de leurs politiques comme de la peste. Selon un sondage commandité par Le Nouvel Observateur, ils sont même plus de 70% à n’avoir plus confiance en l’honnêteté de ces derniers. De quoi faire réfléchir nos propres parlementaires, non?

«Le niveau de confiance dans les politiciens reste relativement élevé en Suisse»

Pascal Sciarini, directeur du Département de science politique à l’Université de Genève photo.
Pascal Sciarini, directeur du Département de science politique à l’Université de Genève.

Pascal Sciarini, directeur du Département de science politique à l’Université de Genève.

Lors de cette dernière législature, selon le journal Le Matin, une douzaine d’affaires mettant en cause certains de nos élus à Berne ont éclaté au grand jour. Faut-il s’en inquiéter?

Il faut distinguer les affaires qui ont un caractère éminemment public comme la dernière en date mettant en cause Christa Markwalder de celles qui ont un caractère essentiellement privé, les selfies nus de Gerri Müller par exemple. On ne peut donc pas imputer toutes ces affaires à des dérives politiques. Et puis, en comparaison internationale, la Suisse reste un pays relativement vertueux que ce soit au niveau de son administration ou de ses élus politiques. On n’a pas trop à se plaindre.

Quelque douze affaires en quatre ans, ce n’est quand même pas rien!

Ce qui est sûr, c’est qu’on en parle plus qu’avant. Parce qu’il y a une plus grande médiatisation et personnalisation de la politique aujourd’hui qui fait que les médias sont davantage à l’affût des problèmes de ce genre qu’auparavant.

Ce phénomène est assez récent. Il y a quinze ou vingt ans, personne ne s’intéressait à la sphère privée de nos politiciens…

Oui. On avait vent d’histoires, y compris de conseillers fédéraux courant nus dans Montana. A l’époque, personne n’en parlait. Il y avait un respect de la vie privée ou alors c’était de l’autocensure de la part des médias… C’est pour cela qu’il est très important de faire la différence entre sphère privée et sphère publique. Après, c’est vrai que ce qui relève de la vie privée peut contaminer l’engagement politique, et là, ça devient un problème.

Donc, les élus d’aujourd’hui ne sont pas moins honnêtes ou compétents qu’auparavant ?

Non. En revanche, ils sont plus pressés comme des citrons. D’ailleurs, ces petites affaires dont il est question ici ont peut-être à voir avec les limites de notre système de milice. Si on prend le cas Markwalder, j’ai le sentiment qu’elle a agi ainsi un peu par naïveté et aussi peut-être à cause de la surcharge de travail. Surcharge qui augmente le risque de pression sur les parlementaires, le risque de vulnérabilité et de dépendance des élus face aux intérêts privés.

Avec ces affaires à répétition, la confiance en nos représentants à Berne risque d’en prendre encore un sérieux coup, non?

Oui, car plus on médiatise ce genre d’affaires et plus ça exacerbe le sentiment auprès de la population qu’il y a un problème. Et non, parce que le niveau de confiance dans les politiciens et les politiciennes reste relativement élevé en Suisse.

Ces «scandales» risquent-ils quand même d’avoir des répercussions sur le taux de participation aux élections fédérales de cet automne?

Je ne pense pas que ça jouera un rôle. Selon moi, le taux de participation dépendra surtout de l’intensité de la campagne qui précédera. C’est cela qui sera décisif !

Et sur l’échiquier politique, qui pourrait profiter de ces affaires? Un parti populiste comme l’UDC?

Ce n’est pas évident parce que l’UDC n’a pas été immunisée contre les affaires. Ce parti en a aussi eu de son côté, notamment avec Mörgeli à Zurich. A priori, je ne vois pas un parti qui pourrait profiter de la situation…Et puis, il faudrait déjà que ces histoires deviennent un vrai thème de campagne, ce qui n’est pas le cas pour l’instant.

Personne n’a intérêt à ce que cela le devienne!

Effectivement. Comme aucun parti ne peut se prétendre vierge et blanc, personne ne va jouer ce jeu-là et ça n’aura donc pas un impact significatif sur les élections, ni au niveau de la participation ni au niveau du choix partisan.

Auteur: Alain Portner