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14 avril 2014

Les talons, indémodables

Les chaussures hautes fascinent autant qu’elles agacent. A la découverte de cet accessoire de mode pas tout à fait comme les autres…

Chaussures à talons rouges
(Photo: Sashkin/Fotolia.com)

Voilà des siècles que les talons ont fait leur apparition, passant par des formes et des fonctions des plus diverses. Et résistant mieux que tout autre accessoire au diktat impitoyable de la mode. Fascinés par cet objet aux multiples facettes, François Bernaschina, directeur d’une entreprise de communication, et Emilienne Angle, propriétaire de la boutique L’Escarpin à Lausanne, ont uni leur force pour écrire un livre* qui rappelle sa longue histoire et décrit ses usages contemporains.

Emilienne Angle et François Bernaschina ont consacré un ouvrage aux talons.
Emilienne Angle et François Bernaschina ont consacré un ouvrage aux talons.

On y apprend que les talons étaient d’abord réservés à l’aristocratie européenne dès le XVe siècle, portés autant par la gent féminine que… masculine. «Louis XIV lui-même chaussait des talons rouges de dix centimètres, raconte François Bernaschina. Ce n’est qu’à partir du milieu du XVIIIe siècle que ce type de chaussures fut considéré comme une exclusivité féminine.»

Mais c’est au cours du siècle dernier que les talons connaissent un véritable boom. «D’abord chaussées par les garçonnes des années 20, puis par les pin-up sur lesquelles fantasmaient les soldats pendant la Deuxième Guerre mondiale, poursuit l’auteur. De retour au bercail, leurs épouses ont voulu leur faire plaisir et se sont donc mises à porter les mêmes chaussures.» D’où ces célèbres publicités des années 50 sur lesquelles les femmes portent des talons en toutes occasions. «Même pour faire le ménage ou tondre le gazon!»

Entre soumission et domination

Dans les années 60, les escarpins commencent à attiser les critiques. De la part des hippies d’abord, qui n’y voient qu’un artifice. Puis des féministes, qui les perçoivent comme un symbole de la soumission des femmes aux désirs des hommes. «Les talons ne permettraient-ils pas au contraire de mettre la gent masculine à ses pieds? s’interroge François Bernaschina. J’ai l’impression que dans la grande majorité des cas, les femmes décident librement de porter des talons. Même si cela répond également à une certaine pression sociale...»

Stilettos violets.(Photo: istockphoto)
(Photo: istockphoto)

On évoque le terme de «compulsion» pour exprimer l’attrait quasi hystérique de certaines femmes pour les chaussures à talons. «Il m’est arrivé moi-même de perdre la raison pour une paire de stilettos, confesse Emilienne Angle. De véritables coups de foudre que je ne pourrais expliquer...» Une réaction qu’elle observe aussi chez certaines clientes de sa boutique. «Ce sont généralement les modèles extravagants et travaillés au niveau du design qui sont susceptibles de générer de telles passions.»

Pour certaines femmes, entrer dans une boutique de chaussures de grande marque, c’est comme se rendre dans un magasin de jouets pour un enfant!

Ce sont les Américaines qui seraient les plus friandes de chaussures, pour une consommation de 7 à 8 paires par an. «L’offre dans ce domaine est gigantesque aux Etats-Unis, précise Emilienne Angle. Et il y règne un véritable culte des marques, boosté par des séries à succès comme Sex and the City.» En Europe aussi le marché est en plein boom, et ce sont les Françaises qui semblent les plus grandes adeptes.

Mais qu’en est-il en Suisse? «Ici les femmes sont généralement assez réticentes à porter des escarpins. Elles préfèrent rester plus classiques, de peur du qu’en-dira-t-on.» Mais la passionnée de chaussures compte bien les faire changer d’avis. «Juchées sur des talons, les femmes gagnent quelques centimètres de hauteur… mais elles gagnent surtout en élégance!»

A lire: «De l’escarpin au stiletto», d’Emilienne Angle et François Bernaschina, Ed. Favre.

«Le dernier accessoire de mode réservé aux femmes!»

Selon Xenia Tchoumitcheva, une femme d'affaires a le droit d'être sexy... avec ou sans talons.
Selon Xenia Tchoumitcheva, une femme d'affaires a le droit d'être sexy... avec ou sans talons. (Photo: Remy Steinegger / Pixsil)

Xenia Tchoumitcheva, mannequin et femme d’affaires.

Les chaussures à talons, elle ne les aime pas Xenia Tchoumitcheva. Elle les adore! Car en plus de leurs qualités esthétiques, elles sont pour elle un signe de féminité. «C’est une des seules choses qu’il reste aux femmes aujourd’hui, et que les hommes ne peuvent se permettre de porter, explique le mannequin tessinois. Même certains hommes se sont mis aux jupes!»

Sans oublier le côté érotique de l’accessoire. «Les stilettos sont un symbole ambivalent. D’un côté ils représentent la force, donc la femme dominatrice. Mais de l’autre, ils sont aussi la marque de la soumission de la gent féminine aux désirs des hommes...»

Pourtant, l’ex-dauphine de Miss Suisse 2006 ne porte pas des escarpins en toutes occasions. «Je les réserve avant tout aux soirées. A l’exception des meetings les plus importants, je n’en porte presque jamais en journée car ils ne me permettent pas de me déplacer assez vite et sur de longues distances… Mais je reste d’avis qu’une femme d’affaires a le droit d’être sexy! Comme elle peut fournir un travail d’excellente qualité tout en conservant sa sensibilité.»

De la confiance en soi, la jeune femme n’est pas du genre à en manquer. Mais elle comprend que certaines femmes puissent se sentir plus sûres d’elles avec des talons. «Gagner quelques centimètres peut être utile pour parler business avec des hommes! Pour ma part, avec ou sans cet accessoire, je suis la même personne. Seule ma démarche est différente. Et je peux même me sentir plus sûre de moi avec des chaussures basses, qui peuvent être très classe aussi, et avec lesquelles je peux bouger plus librement.»

«La première chose qu’on regarde chez quelqu’un? Ses chaussures!»

Sandrine Viglino: «Les talons peuvent donner un effet très classe» (Photo: Isabelle Favre)
Sandrine Viglino: «Les talons peuvent donner un effet très classe» (Photo: Isabelle Favre)

Sandrine Viglino, musicienne et humoriste.

Si on connaît bien le goût de Sandrine Viglino pour la scène, une autre de ses passions se fait plus discrète: les chaussures. «Les parents de mon ami possèdent un fabuleux magasin de chaussures à Martigny. On y trouve de véritables œuvres d’art! Des modèles que l’on ne croise pas à chaque coin de rue…»

Impressionnée, l’artiste suit les conseils très avisés de la patronne et se laisse tenter par les talons. «J’aime porter de belles chaussures parce que j’ai l’impression qu’elles captent toute l’attention… et détournent donc le regard des points faibles de mon corps, plaisante la Valaisanne. Je suis convaincue que la première chose que l’on regarde chez une personne ce sont ses chaussures!»

Et c’est quasi quotidiennement aujourd’hui que l’humoriste enfile une paire d’escarpins. Y compris sur scène, «même si leurs talons ne sont pas forcément très hauts parce que je bouge énormément pendant les spectacles». Les modèles plus extravagants, elle les réserve à certaines soirées, accordant une attention particulière à les accorder à sa tenue.

Sandrine Viglino avoue se sentir légèrement différente lorsqu’elle porte de hautes chaussures. «Je me sens plus féminine, et plus fine! Peut-être parce que les talons modifient la démarche et affinent le corps. Mais nul besoin de grimper sur des talons pour paraître femme, tient-elle à préciser. Le plus important, c’est de se trouver soi-même jolie!»

Quant au côté «femme fatale» qu’on leur confère parfois, l’artiste en rigole. «Le clac-clac des talons, ça m’amuse beaucoup! J’aime plaisanter parfois devant mes amis en adoptant une démarche de mannequin, la main sur la hanche. Pour moi, le but des talons n’est pas d’être tape-à-l’œil ou vulgaire. Je trouve au contraire qu’ils peuvent donner un effet très classe.»

«Marcher avec des talons, ça s’entraîne!»

Coralie Bally donne des cours pour apprendre à marcher avec des talons.
Coralie Bally donne des cours pour apprendre à marcher avec des talons.

Coralie Bally, directrice et fondatrice de Pole-Emotion.

«J’adore tes chaussures! Mais jamais je n’oserais en porter de telles…» Lasse d’entendre des femmes répéter cette phrase, Coralie Bally, directrice et fondatrice de Pole-Emotion , a eu l’idée de proposer des cours pour apprendre à ces dames à marcher avec des talons. D’abord dans sa propre école, qui propose aussi des cours de pole dance, de sensual dance et même de striptease. Et maintenant aussi dans le cadre de l' Ecole-club Migros*.

«J’apprends aux participantes à marcher avec grâce avec talons, en avant et en arrière. Mais aussi à danser! Et puis nous faisons aussi quelques exercices de gymnastique, toujours avec les talons…» En plus de cet entraînement physique, il lui tient aussi à cœur de rassurer les participantes. «Ce cours est aussi une sorte de thérapie. J’apprends aux femmes à se regarder dans la glace et à se sentir belles! Les escarpins représentent la féminité. C’est aussi un symbole de pouvoir, la preuve qu’on s’assume telle qu’on est.»

Coralie Bally a porté des talons pour la première fois à l’âge de 14 ans, attirée par leur esthétisme et leur effet miraculeux sur les jambes de la femme. Aujourd’hui, elle en porte au quotidien. Et profite de sa propre expérience pour partager ses conseils personnels avec ses élèves. «Marcher avec des talons, ça s’entraîne! Il est important notamment de se muscler les jambes et les abdominaux. Je déconseille aussi les modèles de chaussures bon marché… qui font très vite mal aux pieds! Et puis, il faut y aller par étapes. Les talons aiguilles sont réservés aux dames les plus expérimentées.»

*L’Ecole-club Migros propose différents cours en Suisse romande pour apprendre à marcher avec des talons hauts. Plus d’informations: www.ecole-club.ch

© Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin