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3 mars 2014

Les tours signent-elles leur retour?

Symboles de modernité pour certains, verrues dans le paysage urbain pour d’autres, les gratte-ciel ne laissent pas indifférent. Alors que les projets de hautes constructions se multiplient, les Lausannois se prononceront le 14 avril sur la tour Taoua et ses 92 mètres.

Le projet Taoua dans le quartier de Beaulieu à Lausanne.
Le projet «Taoua» conçu par un bureau d’architectes lausannois est ambitieux, mais ne fait pas l’unanimité. Photos DR

Les villes suisses prendront-elles de la hauteur? Après le «oui» des citoyens de Chavannes-près-Renens le 9 février dernier pour la construction d’une tour de 117 mètres, le 14 avril, tous les regards seront tournés vers Lausanne. La population y est appelée à se prononcer sur le projet de remaniement du site de Beaulieu, qui inclut la tour Taoua, 27 étages pour une hauteur de 92 mètres.

Dans les grandes villes alémaniques aussi, les projets similaires abondent. A Bâle par exemple, la construction du nouveau gratte-ciel de Roche a débuté il y a deux ans. Lors de son inauguration l’année prochaine, le bâtiment, avec ses 178 mètres, détrônera l’actuelle plus haute tour du pays, la Prime Tower de Zurich, culminant à 126 mètres. Tout un symbole!

Si ces constructions présentent des formes diverses, elles ont en revanche pour habitude de pousser entre d’autres bâtiments qui ne dépassent que très rarement les 5 à 6 étages. Ces protubérances solitaires ont-elles leur place dans ces quartiers? «Oui», répond le comité de soutien à la tour de Beaulieu, qui estime que celle-ci créera «un nouveau repère dans le paysage lausannois, visible de loin, ainsi qu’un nouveau point de vue sur la ville et son agglomération».

Du côté des opposants, en revanche, on dénonce un projet «inutile, démesuré, et qui menace d’allonger la liste des ratages urbanistiques de la ville». Avec la crainte, aussi, que la tour ne s’intègre pas dans le quartier dans son ensemble.

En tous les cas, le vote risque bien d’être serré, le projet n’ayant été accepté que par 55 voix contre 32 au Conseil communal. Et il pourrait donner le ton aux différentes hautes constructions prévues un peu partout dans le pays. Car les architectes suisses ont encore plus d’un tour dans leur sac...

«Les hauts bâtiments resteront des exceptions en Suisse»

Bruno Marchand, professeur d'architecture à l'EPFL.
Bruno Marchand, professeur d'architecture à l'EPFL. Photo DR

Bruno Marchand, professeur d'architecture à l'EPFL.

Les projets de tours en Suisse sont répartis sur un vaste territoire plutôt que regroupés en quartiers. Pourquoi ce choix?

Il n’existe pas de planification officielle en ce qui concerne les constructions de hauts bâtiments en Suisse. En général, les tours émergent selon les opportunités. Un exemple typique est le futur gratte-ciel de Chavannes-près-Renens, en périphérie de la ville de Lausanne. Les bâtiments dans le pays sont en moyenne de petite taille et les tours resteront toujours des éléments d’exception. Il s’agit à chaque fois d’identifier les lieux où ces bâtiments peuvent s’insérer convenablement dans le paysage.

Les réticences de la population viennent-elles justement de leur impact sur le paysage?

Dans les années 30, la tour Bel-Air à Lausanne avait été contestée. Alors que dans les années 60, les tours Edipresse et Georgette n’y ont été que peu discutées, étant à cette époque un symbole de modernité. L’acceptation de ce genre de projets dépend de la sensibilité du moment. Aujourd’hui, après une longue période d’abstinence, la population se montre à nouveau réticente...

On critique les tours pour leur faible densité du bâti. Car malgré les apparences et les idées toutes faites, elles englobent souvent de larges espaces dans leur périmètre.

De façon générale, la densification n’est pas synonyme de verticalité. Les opposants aux hautes constructions reprennent souvent l’exemple des tours de Carouge, construites dans les années 50-60 et qui sont distantes les unes des autres de 50 mètres. Les nouveaux projets, eux, prévoient des écarts moindres entre les bâtiments, comme ce sera par exemple le cas dans le quartier remanié de La Praille à Genève. En ce qui concerne le projet de Beaulieu à Lausanne, la nature du terrain à cet endroit exige la construction d’une tour si l’on veut parvenir à le densifier.

Sans oublier que les tours sont également qualifiées de gouffres écologiques… A tort?

Il est vrai que les tours posent certains problèmes, notamment en termes de circulation verticale et d’aération. Mais je suis convaincu que ces questions techniques trouveront des réponses dans le futur. Tout comme on essaie déjà de mieux insérer ces bâtiments au sein de l’espace public, par exemple en incluant un restaurant panoramique à leur sommet.

© Migros Magazine - Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin