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9 mars 2015

Les trésors cachés de la Corse

Au printemps, les températures encore douces régnant sur l’Ile de Beauté invitent les visiteurs à partir à la découverte de villes et de villages peu connus.

1 Le vieux port de Bastia et l’église Saint-Jean-Baptiste photo
Le vieux port de Bastia et l’église Saint-Jean-Baptiste. (Photo: istock)

Tout d’abord un constat: qui peut s’offrir des vacances hors des congés scolaires d’été est pour le moins gagnant. Les prix sont plus bas qu’en haute saison, les infrastructures ne sont pas surchargées et les locaux ont davantage de temps pour chouchouter leurs hôtes.

La Corse ne fait pas exception à la règle. Mieux encore, alors que les chaleurs de juillet et août immobilisent les vacanciers au bord de la mer, assommés à l’ombre d’un parasol, les douces températures d’avril et de mai permettent de s’aventurer dans les terres pour partir en randonnée ou tout simplement pour visiter des villes ou des villages au charme peu connu.

Tenez, par exemple Bastia. Cette cité snobée par les touristes qui, arrivés par bateau ou avion, la délaissent aussitôt pour se précipiter sur les plages plus au sud, mérite qu’on s’y attarde, au moins une demi-journée.

Une statue de la Vierge Marie dans l’église Saint-Jean-Baptiste.
Une statue de la Vierge Marie dans l’église Saint-Jean-Baptiste. (Photo: Pierre Wuthrich)

Sylvie Casalta ne dira pas le contraire. Cette guide-conférencière depuis près de vingt ans transmet son amour pour la Corse avec toujours la même passion: «A l’inverse d’Ajaccio, Bastia est une ville qui, malgré sa richesse, joue la carte de la discrétion.» A part la vaste place Saint-Nicolas et ses façades néoclassiques imposantes, le cœur de la cité se compose d’un dédale de rues aux allures modestes.

Sylvie Casalta, guide-conférencière (photo: Pierre Wuthrich).

Mais que l’on ne s’y trompe pas. Ce labyrinthe abrite de nombreux édifices religieux ou laïques baroques, datant de l’époque génoise et qui magnifient Bastia. C’est le cas, par exemple, du très bel oratoire de la confrérie de l’Immaculée Conception, qui a également été le siège du parlement anglo-corse lors de la domination britannique.

Bastia présente aussi l’avantage de s’être un peu endormie au XXe siècle et n’a donc pas été défigurée par la modernité. La ville, qui est restée dans son jus, possède par conséquent un charme fou.»

Il suffit de longer le Vieux-Port ou de se perdre dans le quartier tout proche du Puntettu offrant de belles perspectives sur la mer pour s’en rendre compte. Longtemps menacé de destruction, ce dernier a été âprement défendu par les habitants – qui sont parvenus à repousser les pelles mécaniques des investisseurs. Ici, l’âme corse – ou du moins l’âme bastiaise – continuera de vivre.

Juste à côté, le jardin Romieu, qui fait le lien entre la Terra Vecchia, le quartier situé au niveau du port, et la Terra Nova, sur les hauteurs, embaume l’air au printemps, avec ses orangers du Mexique, lauriers et pittosporum en fleurs. Pas étonnant que les Britanniques aient surnommé la Corse l’île aux parfums.

Au sommet du piton rocheux, le palais des gouverneurs, austère et sur la défensive, a longtemps fonctionné comme un palais autarcique; les Génois n’ayant jamais réussi à se faire voir autrement que comme des occupants. Aujourd’hui, ce sont les voitures qui déplaisent et qui ont été récemment chassées des alentours du palais. Laissant le piéton roi. Et une vue splendide sur la Méditerranée.

Avant de quitter Bastia, une visite à la chapelle sainte-Croix s’impose. Ici, ce n’est pas tant le Christ noir qui attise la curiosité que ce bel exemple d’architecture rococo, particulièrement étonnant sur le pourtour méditerranéen.

En balade en Balagne

Au nord-ouest de l’île, la région de la Balagne concentre elle aussi son lot de découvertes. En effet, si ce potager de la Corse est connu pour être, en altitude, le départ du célèbre chemin de randonnée GR20, et au niveau du littoral pour abriter des cités comme Calvi ou L’Ile-Rousse, il accueille à mi-hauteur tout un lot de villages accrochés à flanc de coteau.

Christelle Albertini devant un imposant meuble eb bois dont un tiroir contenant les chasubles est ouvert.
Christelle Albertini nous présente les chasubles très bien conservés (photo: Pierre Wuthrich).

C’est le cas de Corbara. Le trésor de sa collégiale est tout simplement éblouissant avec ses chasubles des XVIIe et XVIIIe magnifiquement conservées. Quant au maître-autel en marbre italien, il ne manque pas de surprendre le visiteur par ses élégantes volutes et la richesse de son décor. «Le baroque se devait de séduire les fidèles par tous les sens afin de les guider sur le chemin de la foi, résume Christelle Albertini, guide du patrimoine à Corbara.

De plus, il fallait montrer la richesse et la puissance de l’Eglise afin que les Corses ne se tournent pas vers le protestantisme.»

Une ruelle du village en pierres de Pigna, en Balagne
Le village de Pigna, en Balagne (Photo: istock).

A quelques kilomètres de là, voici Pigna. Il suffit de laisser sa voiture sur le parking à l’entrée de la commune, de fouler les vieux pavés, d’admirer les différentes maisons aux teintes ocre et d’envier les chats terminant leur sieste pour être envahi d’un sentiment de bien-être. A Pigna, difficile de l’expliquer, on se sent tout simplement chez soi.

J’ai souhaité que ce village se développe tout en gardant son âme,

Portrait de Joséphine Martelli
Joséphine Martelli, maire de Pigna (photo: Pierre Wuthrich).

explique Joséphine Martelli, maire de Pigna. Pour cela, nous nous sommes concentrés sur deux axes: la nature avec la reconstitution d’anciens jardins et la culture. Nous accueillons ici des artistes en résidence et organisons de nombreux concerts.»

Au point que le village d’une centaine d’habitants seulement s’est offert il y a dix ans un auditorium, caché dans une vieille bâtisse, de 120 places. Au programme du jour: un récital de polyphonies corses devant une salle comble. Il est vrai que découvrir et comprendre la Corse passe aussi par l’ouïe.

Une exemple très vivant est donné par le groupe Meridianu. Lors de son concert à l’auditorium de Pigna, il y avait notamment une paghjella au répertoire, soit un chant profane traditionnel corse. Classée au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, celle-ci se transmet oralement étant donné qu’il n’existe pas de partitions.

Au final, Madame la maire n’a pas à rougir de ses réalisations. «Lorsque l’on fait des choses avec passion, on se réalise soi-même aussi», assure-t-elle pour expliquer, à plus de 75 ans, son incroyable dynamisme.

En contrebas, Lumio «C’est le village de Laetitia Casta», vous martèleront les indigènes avec une fierté toute légitime – mérite lui aussi de s’y arrêter. Non seulement la commune accueille l’une des meilleures tables de l’île, Chez Charles, mais elle abrite aussi une distillerie d’huiles essentielles, L’Astrella. Mais attention, il ne s’agit pas ici d’un attrape-touristes. Même les Corses n’hésitent pas à faire le détour pour aller directement s’approvisionner chez Noëlle Irolla et Milou Corteggiani.

L’immortelle, une fleur recherchée

Depuis trente ans, les deux femmes cueillent, entre autres, de l’immortelle, une plante au parfum entêtant et qui est devenue au fil du temps la signature olfactive de la Corse.

Il faut une tonne de végétaux pour obtenir 2 kilos d’huile essentielle,

explique Noëlle Irolla. Pour cela, nous chauffons notre récolte dans une grande cuve. La vapeur extrait l’essence de la plante qui est ensuite refroidie dans un condenseur. Il en ressort alors de l’eau florale, plus légère, ou de l’huile essentielle.»

Bouquet d’immortelles (en jaune) mêlées à d'autres fleurs
L’immortelle (en jaune) est devenue la signature olfactive de la Corse. (Photo: Madamour/Hemis/laif)

Présentant un chémotype, soit un profil génétique, différent des autres immortelles du pourtour méditerranéen, la variété corse est auréolée de tels bienfaits – allant de l’anti-hématome à l’anti-rides – que tous les grands groupes de cosmétique internationaux se disputent ardemment les cueillettes.

L’immortelle ne peut toutefois rien contre le pincement au cœur qui nous prend alors que l’avion qui vient de décoller survole une dernière fois la Corse, cette montagne si verte dans cette mer si bleue.

Texte: © Migros Magazine | Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich