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8 septembre 2014

«Les US, un rêve de gosse»

La chronique de Xavier Filliez, un Suisse expatrié à New York

Passeports
Après de longues démarches administratives, la famille débarque à New York.

J’ai choisi l’Amérique. Sion-New York, aller-simple. Un peu d’argent de côté, l’énergie des trente ans (36 c’est encore 30, non?), un zodiaque favorable – Cancer ascendant optimiste – et une question qui me tiendra occupé de longs mois en cas de traversée du désert: suis-je courageux ou téméraire?

Xavier Filliez, journaliste

Quel fanatique faut-il être pour démissionner de son poste de journaliste salarié, après douze ans dans les médias romands, demander (sans trop avoir à insister) à son épouse, technicienne en radiologie, d’en faire autant, mettre son appartement en location, déscolariser ses deux enfants (4 et 7 ans), couper le cordon avec ses amis chers?

Direction: "Brooklyn"!

Il faut être chanceux, d’abord. Les US, Ella Fitzgerald, Kevin Spacey, Buzz Aldrin, c’était un rêve de gosse. Sans blague: pour moi c’est d’abord ça, la «tyrannie de la majorité» qui colle à l’Amérique: la musique, l’énergie créative, l’industrie du rêve, la conquête de l’impossible, lunaire ou pas.

Alors, c’est par là que j’ai commencé. Je suis devenu indépendant. J’ai décroché un visa I (catégorie journaliste) pour une durée de cinq ans. C’est mon graal. Il faut encore que je trouve un bon fil de survie pour longer ce précipice, loin des certitudes et des acquis, un peu plus près de la liberté.

L’Amérique n’est pas un coup de tête. Après un an passé en Californie (c’était l’énergie des 20 ans) et une obsessionnelle envie de revenir, le projet de s’installer durablement a mijoté, pécloté, presque échoué, puis s’est finalement concrétisé ces six derniers mois dans un dédale de démarches administratives aussi usuelles que harassantes.

Pas si facile de trouver un appartement dans la Grande Pomme.

Trouver une caisse maladie (qui inclut les Etats-Unis où les coûts de la santé sont exorbitants), conserver – ou non –un compte en banque suisse dans le climat de paranoïa fiscale qui complique les relations entre nous et les Etats-Unis, choisir une école pour les enfants, louer un appartement sur place au bon endroit et au bon prix.

Préparer tout ça, et en même temps trouver des parades face aux éberlués, faussement admiratifs ou très sincèrement heureux pour moi, épatés par cette audace ou glacés par l’idée que j’emmène mes enfants dans cette galère, jamais, mais alors jamais indifférents.

J’ai choisi l’Amérique. Je suis arrivé à Brooklyn le 13 août dernier avec ma femme Estelle et nos deux enfants Romane et Balthazar. Nous sommes en sous-location pour trois semaines, le temps de trouver un appartement, entre les euphories et les aléas qui sont la condition de tout expatrié. C’est ce que je me réjouis de vous raconter au fil de ces chroniques. On verra bien si je suis courageux ou téméraire.

© Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez