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26 août 2016

Les valseuses de Trump

La plus-que-chouette série de Netflix «Bloodline», inextricable huis clos familial dans le décor sublime des Keys (Floride), m’a quand même énervé pour une raison: le nombre incalculable de «fuck» et de «fucking» que les personnages éructent dans leurs conversations.

Un américain dans le métro avec un T-shirt portant l'inscription «Fuck Trump»
Réponse du berger à la bergère: la grossièreté des uns inspire le même manque de finesse dans le camp adverse.

Ce n’est pas l'épithète en soi qui me choque. Les films américains nous ont élevés aux son of a bitch, asshole, motherfucker, dick et whore. Je trouve simplement que la plupart du temps on pourrait s’en passer sans dénaturer la qualité du show.

Ça n'est pas suffisant pour juger de la finesse d'un peuple. Mais dans l'ensemble, et en assumant parfaitement les huées que me vaudra ce lieu commun, j'ai l'impression que les Américains sont à un cheveu de détrôner les Parisiens au titre de gouailleurs-en-chef, frustes et grossiers.

Autocollant «Trump that bitch» collé à l'arrière d'une voiture.
Slogan misogyne et vulgaire sur le pick-up truck d'un supporter de Trump, dans une foire aux armes de l'Arizona.

Avec Donald Trump dans la course à la Maison Blanche, tout nous dit, hélas, que cela va seulement empirer. «It really doesn’t matter what the media write as long as you’ve got a young, and beautiful piece of ass», disait-il des femmes dans une interview au magazine Esquire.

Au sujet de l'animatrice du show «The View», Rosie O'Donnell: «If I were running «The View», I’d fire Rosie O’Donnell. I mean, I’d look at her right in that fat, ugly face of hers and say: you're fired». Que dire de ses moqueries sur le physique d’un journaliste du New York Times souffrant de paralysie congénitale…

A travers les Etats-Unis, les slogans de Trumpistes se sont naturellement inspirés de cette grossièreté. Autocollants «Trump that bitch» (Hillary Clinton) dans un camp. T-shirt «Fuck Trump. Keep America great» dans l'autre. Conseiller à Trump d'aller «se faire mettre» (pour ne pas être plus littéral) n'aidera évidemment en rien, à célébrer la grandeur de l'Amérique.

J’y vois au contraire un nivellement par le bas qui atteint aussi la création artistique. Dès le début de la campagne, le plasticien Fernando Sosa a fabriqué des godemichets avec la tête de Trump en impression 3D. La semaine dernière, le collectif d'anarchistes Indecline a installé des statues caricaturales de Trump, nu et bedonnant, à New York, San Francisco, Cleveland, L.A. et Seattle, paré d’un tout petit pénis, sans valseuses, sous le titre: «The emperor has no balls», soit «L'empereur n'a pas de couilles».

D'abord, j’ai ri. L'art doit déranger. Provoquer sans contraintes. Et puis, assez rapidement, je me suis dit que c'était quand même le degré préau de la création artistique. Comme quand on disait «petite bite toi-même» en primaires à un camarade qui nous avait chiffonné.

Trump n'est pas le premier notable à être offensant, mais avec sa rhétorique abyssale et son vocabulaire de fermier du Kentucky, il dépasse la frontière de l’indicible et de l’impardonnable et incarne une Amérique où la vulgarité est la nouvelle norme. Qu'il ait un minuscule gouvernail de profondeur, un p’tit zgeg, une toute petite biroute, n'y change, à la fin, pas grand-chose.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez