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20 juin 2016

Les vélos prennent-ils trop de liberté?

De plus en plus nombreux, les deux-roues fleurissent dans les villes. Slaloment entre les voitures et montent sur les trottoirs... D’où une cohabitation avec les autos et les piétons parfois houleuse. Désormais, les autorités sévissent.

Après avoir encouragé l’utilisation du vélo, les villes punissent désormais les comportements hors-la-loi des cyclistes.

Les amendes pleuvent sur les vélos. Et parfois des amendes salées, comme celle infligée il y a dix jours à un cycliste genevois pour avoir ondulé entre deux files de voitures et mordu la ligne blanche... 1140 francs, ça fait cher le slalom!

Certes, les vélos, fleurons de la mobilité douce et du mode de vie qui va avec, ont parfois tendance à oublier les règles de la circulation. Et multiplient les infractions: feux rouges snobés d’un coup de pédale, trottoirs confondus avec des pistes cyclables, vitesses excessives grâce aux moteurs électriques... Comme si, au fond, la petite reine, engin de «coolitude» et de déplacement «écolo-friendly», autorisait les cyclistes – certains, pas tous – à adopter des comportements hors-la-loi.

Bien sûr, ces libertaires du code la route ne mettent souvent en danger qu’eux-mêmes. Comme le montrent les statistiques du Bureau de prévention des accidents (BPA) : les cyclistes sont les premières victimes du bitume, avec quelque 30 000 blessés par année, loin devant les motards (12 330) et les automobilistes (23 660).

Résultat: après avoir favorisé les deux-roues, les villes verbalisent. Une sorte de double discours, qui encourage d’une main et punit de l’autre. Sans doute parce qu’il manque encore une politique claire en matière de transports. Qui nécessiterait de faire des choix pour les grandes villes de demain: développer de vraies pistes cyclables, – ce que demande l’initiative Pro Vélo – mais aussi des transports en commun efficaces. Sinon, l’espace public restera une jungle étroite où tout le monde s’emmêle les roues...

«Disposer de voies de circulation pour chacun est utopique»

Michel Blanc, responsable de la sécurité trafic et stationnement à Lausanne.

Les vélos en ville sont-ils la nouvelle bête noire des automobilistes?

On est dans une phase d’incompréhension. Dans les courriers que l’on reçoit, on ressent de la part des automobilistes un besoin d’équité. Pourquoi? Parce que tous les aménagements de ces dernières années se sont souvent faits à l’encontre des voitures. Alors que le vélo a fleuri dans les villes et vit plutôt des années bonheur. Certains cyclistes ont un comportement assez «léger» pour gagner du temps, roulent trop vite dans les zones à 30 km/h sans pouvoir être inquiétés, puisque le radar ne peut pas les identifier. Tout semble permis pour les uns, alors que ça se durcit pour les autres, d’où un sentiment d’injustice chez certains conducteurs de voitures.

Cela se traduit-il par une augmentation des accidents?

Les principales causes d’accidents aujourd’hui sont les changements de voie et l’inattention. Le fait que les vélos slaloment, que les scooters remontent les files et que les automobilistes, réduits à des couloirs de plus en plus étroits, ne regardent plus devant où ils devraient, mais dans les rétroviseurs, n’arrange pas les choses.

Ce qui explique l’actuelle campagne de prévention ciblant les cyclistes?

Oui, le but est d’amener les usagers à réfléchir sur leur mode de comportement. A sensibiliser les gens sur le fait qu’un vélo, même si c’est cool et écolo, doit se conformer aux règles de la circulation. Ou alors il faut les changer.

Changer les règles, comment?

C’est ce qui se fait justement en France. Certaines grandes villes sont en train de tester des règles modifiées pour les vélos. Elles proposent le feu rouge autorisé pour les cyclistes par exemple. C’est intéressant de prendre la peine d’essayer des alternatives.

Les vélos électriques sont impliqués dans un grand nombre d’accidents. La prévention est-elle suffisante?

En Suisse, le vélo électrique, considéré jusqu’alors comme un loisir, est en train de devenir un moyen de transport. Certains pays européens imposent le port du casque intégral. Cela se justifie d’un point de vue de la sécurité, mais je ne crois pas que les usagers helvétiques porteront un casque moto sur un vélo en plein été... Il faudrait peut-être trouver une alternative moins contraignante, un casque léger renforcé par exemple.

Après la prévention, la répression est-elle envisageable?

Je suis un adepte de l’alternance, prévention et sanction. Certains comportements polluent la vie d’une partie de la population.Mais ne tombons pas dans l’excès non plus, comme cette amende salée donnée à un cycliste à Genève. Mieux vaut conscientiser les gens, comme le font les pays scandinaves, qui y arrivent très bien.

Que pensez-vous de l’initiative Pro Vélo, qui veut inscrire la promotion des cycles dans la Constitution?

Favoriser le passage d’un mode de déplacement à un autre, pourquoi pas? Mais il faudra sans doute une génération pour changer les choses. De plus, la Suisse est un petit pays, au sens géographique, et disposer de voies de circulation pour chacun, notamment dans les grandes villes, est utopique. Il faut être conscient que la largeur des routes ne va pas changer, et que ce que l’on donne aux uns sera pris aux autres...

N’avez-vous pas l’impression que tous les usagers de la route sont moins respectueux des règles?

Comme partout, lorsqu’il y a surcharge, on revient au chacun pour soi. Le trafic s’est densifié, les temps de parcours se sont rallongés à cause des engorgements. Du coup, chacun essaie de gagner du temps sur le chronomètre, d’où parfois des comportements moins respectueux. Mais disons qu’au niveau du contrôle de vitesses, on ne voit pas d’augmentation notable des infractions.

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla