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5 mars 2012

Les Voyages extraordinaires

Nul doute que les voyages forment la jeunesse et que le mécénat est particulièrement bienvenu dans cette affaire. Jules Verne vise haut et mêle même une banque suisse de renom aux premières heures de la conquête spatiale. Le départ est imminent, suivez le guide...

Jean-François Duval, journaliste
Jean-François Duval, journaliste

L’autre jour, j’étais invité à une fête d’anniversaire où se trouvait une jeune fille de 19 ans. Entre un canapé, un petit four et une rasade de champagne, elle m’a appris que le surlendemain, elle serait en route pour un voyage extraordinaire. A l’heure qu’il est, je sais qu’elle a déjà fait 40 heures de train pour rejoindre Moscou, et qu’ensuite l’attendent les steppes de la Mongolie puis la magie de l’Asie – selon l’un des itinéraires que suivit jadis la grande Ella Maillart – et que son périple s’achèvera quelque part en Inde, à s’initier aux sonorités de la musique traditionnelle indienne.

Le voyage qu’elle me décrivit paraissait palpitant, mais je lui demandai pourquoi elle le qualifiait si volontiers d’extraordinaire. «Ah, mais c’est bien simple, m’a-t-elle dit, je suis l’une des lauréates du Prix des Voyages extraordinaires. – Le Prix des Voyages extraordinaires? me suis-je étonné, mais qu’est-ce que c’est que cela? – Eh bien, a-t-elle poursuivi, c’est un concours annuel auquel peuvent participer tous les jeunes comme moi, lorsqu’ils sont en dernière année de scolarité post-obligatoire. Il suffit de soumettre un projet, budget à l’appui: s’il séduit, s’il paraît suffisamment solide, passionnant, formateur et instructif aux quelques personnes qui décident de son attribution, tout un chacun peut espérer l’emporter… – Hein, quoi? ai-je fait, et ce voyage vous est carrément offert?!

– Exact, depuis l’an 2000, 60 jeunes de mon âge sont partis.»

– Mais qui donc a eu l’idée de lancer un tel prix? n’ai-je pu m’empêcher de lui demander.

Elle m’a répondu:

– L’idée a été glissée à Thierry Lombard et Patrick Odier, Associés de la banque Lombard Odier & Cie, par l’un de leurs collaborateurs. Ils l’ont saisie au bond. Thierry Lombard est lui-même un grand amateur de voyages, un philanthrope comme les aimait Jules Verne, jugeant qu’en maints domaines les banquiers privés ont un rôle moteur à jouer. L’idée? Encourager le goût de la découverte, promouvoir l’esprit d’entreprise chez les étudiants ou les futurs détenteurs d’un CFC avec maturité professionnelle. Le nom du prix était tout trouvé, puisque Jules Verne écrivait en 1865, dans son roman De la Terre à la Lune, que la banque Lombard Odier & Cie apportait son soutien à la conquête de notre satellite. Il fallait qu’en l’an 1998, pour ses 200 ans, la banque continue de se montrer à la hauteur!»

Je suis resté stupéfait, car je suis moi-même parti, quand j’avais 20 ans, pour un voyage extraordinaire avec Thierry Lombard – alors au volant d’une deux chevaux –, périple écossais qui nous a presque amenés à débusquer le monstre du Loch Ness. Visiblement, il n’avait jamais perdu le goût des voyages – si possible un peu déconcertants et formateurs.

J’ai envoyé un e-mail à mon ami. Nous nous sommes revus. Il m’en a dit plus sur les Voyages extraordinaires. L’un des lauréats a pu partir travailler avec les pompiers de New York et de Chicago, un autre, à cet instant même, se familiarise avec les méthodes de vinification en Amérique du Sud. D’autres encore ont gagné la jungle amazonienne, le cercle polaire…

– Eh, ai-je risqué, il est dommage que ce beau prix ne soit proposé qu’aux élèves des classes terminales genevoises. La Suisse romande tout entière ne devrait-elle pas réfléchir aux avantages de mettre sur orbite notre belle jeunesse tout autour de cette planète?

– Ah, mais nous y songeons tous les jours, a-t-il fait. Cela demanderait qu’on y consacre encore plus d’énergie et de temps. Et puis, à Genève, le Département de l’instruction publique aide à faire connaître le prix. Tout dépend donc aussi de l’accueil que nous réserveraient les DIP d’autres cantons, nous avons besoin d’eux pour toucher les jeunes.

Qu’on fasse bon accueil à des voyages extraordinaires? A mon avis, Jules Verne, dans sa tombe, est d’ores et déjà en train d’y rêver.

Pour en savoir plus, ouvrir Google et taper «Prix des Voyages Extraordinaires Lombard Odier & Cie».

Auteur: Jean-François Duval

Photographe: Daniel Rihs