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5 mai 2014

Libre circulation

Vincent Kaufmann explique comment Easyjet et les autres compagnies low cost ont révolutionné nos habitudes de voyage... pour le meilleur comme pour le pire.

Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et directeur du 
Laboratoire de sociologie 
urbaine.

Pendant un de mes derniers vols Easyjet, j’ai dévoré le petit livre d’Alexandre Friederich précisément intitulé «easyjet» . L’argument central du livre est de décrire la massification du voyage en avion en Europe et de dénoncer sa banalisation, son formatage et sa standardisation fonctionnelle poussée à l’extrême. Il se dégage du livre une nostalgie du «vrai» voyage en avion, celui dans lequel le voyageur est aux petits soins, où il mange des repas chauds et déguste du Champagne, celui lors duquel le voyageur peut fumer et n’est pas ennuyé par des contrôles de sécurité à la limite de l’humiliation, celui finalement où le voyageur vit une expérience événementielle.

Si l’avion s’est banalisé avec la baisse des prix et les principes d’exploitation low cost, il est amusant de constater qu’à l’inverse, le train vit un mouvement inverse. Sur bien des lignes de TGV en Europe, on sert au voyageur des repas à la place, on lui propose la presse et des magazines, on lui donne à boire de bons petits crus.

De là à dire que le véritable voyage se pratique désormais plus en train qu’en avion, il n’y a qu’un pas…»

Mais l’essentiel est ailleurs… Le livre d’Alexandre Friederich, à travers les observations des passagers qu’il contient, montre l’intégration européenne en train de se faire dans toute sa diversité. Easyjet apparaît dans le livre comme le moyen de transport bon marché qui permet d’aller tenter sa chance et trouver du travail dans un autre pays, celui de l’étudiant Erasmus, le moyen de transport qui permet les migrations saisonnières des travailleurs et la pendularité hebdomadaire des grands mobiles, qui travaillent à Londres ou Bruxelles et rentrent chez eux le week-end à Porto, Naples ou ailleurs.

Les compagnies low cost permettent la concrétisation de la libre circulation des personnes, ce qui est une qualité essentielle, même s’il s’agit d’un transport contraignant, bon marché et massifié...

© Migros Magazine – Vincent Kaufmann

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Auteur: Vincent Kaufmann