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28 janvier 2013

Lift: un coup de pouce pour les jeunes

Pas facile de trouver une place d’apprentissage, surtout pour les adolescents en difficulté! Lift offre aux élèves à risque l’occasion de se frotter aux réalités du monde du travail dès la 9e année scolaire (Harmos), via des stages en entreprise.

Lift
On n’a pas suffisamment de chiffres, la dernière évaluation du projet étant encore en cours. Mais on sait que ce cumul d’expériences professionnelles et sociales va faciliter grandement la recherche et que cela représentera un précieux sésame pour une place d’apprentissage.

L’univers professionnel peut s’avérer impitoyable. En particulier pour les adolescents qui s’apprêtent à terminer leur scolarité obligatoire et se mettent en quête d’un apprentissage. Car beaucoup d’employeurs placent (trop?) haut la barre de leurs exigences. Funeste conséquence: nombreux sont les candidats qui peinent à décrocher un contrat, voire échouent carrément dans leurs tentatives.

Fort de ce constat, le Réseau pour la responsabilité sociale dans l’économie (NSW/RSE) a décidé d’agir en amont (à partir de la 9e Harmos), en édifiant une passerelle entre l’école et le monde du travail. C’est le programme Lift! Aude Métral, coordinatrice de ce concept clés en main pour la Suisse romande et le Tessin:

Notre but est de faciliter la transition des élèves vers la formation professionnelle dans une dynamique de prévention.

L’idée est toute bête et semble frappée au coin du bon sens: permettre en priorité aux teenagers fragilisés – ceux qui sont peu inspirés par les études, qui manquent de motivation ou de confiance en eux, qui ne peuvent pas compter sur le soutien de leur entourage… – de se familiariser avec divers métiers tout au long de leurs trois dernières années de scolarité, via une succession de stages volontaires en entreprise.

Ils vont travailler trois mois sur leur temps libre dans une PME

Concrètement, les filles et garçons qui acceptent de participer à cette aventure (la direction d’école propose, l’élève et ses parents disposent) s’engagent à aller travailler pendant trois mois et durant leur temps libre dans une PME de leur région, à raison de deux à quatre heures par semaine. En contrepartie, les employeurs les accueillent, leur dévoilent les arcanes de leur activité, leur confient des tâches à leur portée et leur versent, à bien plaire, une rétribution symbolique.

Des cours théoriques, donnés par des enseignants ou des éducateurs, complètent cette offre. «Nous les coachons et leur apprenons le b.a.-ba de la vie en entreprise», précise Carole Ramel qui s’occupe actuellement d’une vingtaine d’ados du Pays-d’Enhaut. L’essentiel, pour elle, c’est que ses protégés soient «super motivés» et persévérants aussi. «Ce sont les conditions fondamentales pour qu’ils tirent un véritable bénéfice de leur investissement dans ce projet.»

Même s’il admet que cela prend du temps et nécessite de la disponibilité, Pascal Bertholet, responsable de la succursale Rougemont de la firme ETF SA et président de la Jeune chambre internationale du Pays-d’Enhaut, ne regrette pas d’avoir signé un partenariat avec Lift:

Pascal Bertholet, responsable de la succursale Rougemont de la firme ETF SA. (Photo: LDD)
Pascal Bertholet, responsable de la succursale Rougemont de la firme ETF SA. (Photo: LDD)


Les jeunes savent pourquoi ils sont là, ils sont intéressés et enthousiastes. Et pour nous, qui avons énormément de peine à recruter des apprentis, c’est une opportunité intéressante.


Il ne serait d’ailleurs pas étonné que l’un des deux stagiaires qu’il a accueillis finisse électricien…

Des vocations naissent

Par le biais de cette immersion dans l’univers professionnel, les teenagers se rendent aussi davantage compte de l’utilité de l’école. Comme le confirme Denis Jubin, directeur cercle scolaire au Locle et responsable des années 9-11: «Ils se prennent mieux en charge, progressent en autonomie et en communication avec le monde adulte. Certains ont trouvé également plus de sens à leur quotidien et se sentent plus utiles au sein de notre société. Et, automatiquement, un élève qui est plus en phase avec lui-même progresse également au niveau scolaire.» Tous nos interlocuteurs s’accordent pour dire que Lift permet aux jeunes «de se revaloriser, de prendre de l’assurance et de retrouver confiance en eux», «d’acquérir des compétences», «de mûrir, de grandir dans leur tête»…

«Un précieux sésame pour une place d’apprentissage»

Et de s’insérer plus facilement dans le monde du travail? Aude Métral:

On n’a pas suffisamment de chiffres, la dernière évaluation du projet étant encore en cours. Mais on sait que ce cumul d’expériences professionnelles et sociales va faciliter grandement la recherche et que cela représentera un précieux sésame pour une place d’apprentissage.

Lucas, 14 ans, Château-d’Œx.
Lucas, 14 ans, Château-d’Œx.

Lucas, 14 ans, Château-d’Œx

«Découvrir des métiers en faisant des stages, je trouvais que c’était une chouette idée! La coordinatrice de Lift nous demandait quel travail nous intéressait et elle essayait de trouver des places qui correspondaient. J’ai pu aller chez un architecte, un graphiste et un paysagiste. Et après cela, je n’ai plus eu envie de faire architecte comme je l’imaginais, mais plutôt médiamaticien, une profession proche de celle de graphiste justement. En participant au projet Lift, j’ai aussi appris comment se comporter dans une entreprise: arriver à l’heure, porter une tenue correcte, dire bonjour, vouvoyer, éteindre le natel… La coordinatrice nous a aussi expliqué qu’il fallait se vendre pour obtenir une place d’apprentissage. J’espère que cette expérience va m’aider. En tout cas, ça m’a déjà montré que ça valait la peine de se donner à fond à l’école pour pouvoir choisir le métier que l’on souhaite exercer par la suite!»

Mandy, 15 ans, Le Locle.
Mandy, 15 ans, Le Locle.

Mandy, 15 ans, Le Locle

«J’avais besoin de motivation et le projet Lift m’a intéressée. J’ai déjà fait deux stages de trois mois, le premier dans un salon de coiffure et le deuxième dans une imprimerie.

Au salon, je n’ai jamais touché un cheveu, je devais plutôt nettoyer et servir des cafés. En observant et en parlant avec l’apprentie qui travaillait là, j’ai pu me faire une idée plus précise du métier. A l’imprimerie, j’ai un peu plus mis la main à la pâte. Ce que j’aimerais, c’est faire vendeuse en parfumerie, ou alors entrer à l’école d’art parce que j’adore le dessin.

Ces stages m’ont fait grandir. Je sais que travailler à l’école permet d’ouvrir des portes. Je fais d’ailleurs de meilleures notes qu’avant et je suis maintenant dans la moyenne. Je crois que tout cela va me permettre de trouver plus facilement une place d’apprentissage…»

Jimy, 14 ans, Saint-Triphon.
Jimy, 14 ans, Saint-Triphon.

Jimy, 14 ans, Saint-Triphon

«Je ne savais pas trop quoi faire plus tard et, comme je suis dyslexique, j’avais un peu de peine scolairement, c’est pour cela que la direction de l’école m’a demandé si je voulais participer au projet Lift. J’ai accepté parce que c’était un bon moyen de découvrir plein de professions différentes.

Au début, je m’étais focalisé sur le métier de menuisier. Mais comme ce n’était pas possible de faire tout de suite un stage dans cette branche (il en a effectué un par la suite, mais ça ne lui a pas plu – n.d.l.r.), je suis allé travailler dans une entreprise de transport, et j’ai vraiment adoré. J’allais en camion, je donnais des coups de main à l’atelier, je changeais des roues… Ça m’a d’ailleurs décidé à changer d’orientation et ça m’a aidé aussi à trouver une place d’apprentissage de chauffeur poids lourds puisque j’ai une promesse signée d’un employeur.

Cette expérience m’a rendu plus mûr, plus responsable. Et je suis aussi davantage motivé à l’école, je me concentre sur mes examens de fin d’année que je dois à tout prix réussir!»

Auteur: Alain Portner

Photographe: Laurent de Senarclens