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22 avril 2013

Lionel Frésard, le théâtre comme évidence

Très présent sur les scènes romandes, entre spectacles pour enfants et créations de sa compagnie Extrapol, Lionel Frésard est tombé dans le chaudron du spectacle sur le tard. Mais avec passion.

Contre vents 
et marées, Lionel 
Frésard a choisi, il y a près de vingt ans, de suivre son envie de brûler les planches.
Contre vents 
et marées Lionel 
Frésard a choisi, il y a près de vingt ans, de suivre son envie de brûler les planches.

Sur scène, il est un peu comme chez lui. Et depuis sa sortie du Conservatoire de Lausanne en 2000, Lionel Frésard n’arrête pas. L’acteur vaudois (d’adoption) a enchaîné six spectacles en 2012, dont une tournée avec Tistou les pouces verts, adaptation du célèbre conte de Maurice Druon par Extrapol.

«En principe, cette compagnie dont je suis membre fondateur avec Laure Donzé, Martine Corbat et Camille Rebetez joint la mise en scène à l’écriture. Mais l’exception était trop belle, pour certains directeurs de théâtre, ce texte est plus fort que Le Petit Prince.»

Le métier d’acteur lui est pourtant venu comme ça, au fil de la vie. Ou en tout cas pas de manière prédestinée. Disons presque un heureux hasard. Je viens des Franches-Montagnes. Vers 20 ans, à côté de mon second apprentissage de boucher, après celui de cuisinier, je jouais dans une troupe amateur chez moi, à Montfaucon. Ça me plaisait, et comme plein de gens disaient que je ne m’en sortais pas mal, l’idée a fait son chemin.

Entre-temps, le jeune homme a eu le temps de se sectionner une artère et de décider que la boucherie, ce n’était pas pour lui. En 1994, il a surtout repris le bistrot familial, du côté de Saignelégier. «Des mains de mon père, qui est décédé peu après. J’avais une employée, on bossait comme des malades: trente à quarante menus de midi par jour.»

Et le soir, ses fameux sandwichs indiens que tout ce que la région comptait de sociétés locales venait engloutir.

Les hockeyeurs, notamment, en mangeaient deux minimum. Aujourd’hui encore on m’en reparle.

Deux fois par mois, c’était karaoké que le maître des lieux lançait. Les feux de la rampe, déjà.

«C’est sûr, je faisais un peu le spectacle. Ce café a vécu bien des soirées où tout le monde finissait par danser sur les tables. De vraies belles fêtes.

Mais, décidément, l’idée d’une vraie scène le taraude. Il prend son téléphone. Et, au culot, commence à contacter des écoles de théâtre. «J’avais 24 ans. Trop vieux pour les écoles françaises. Heureusement, avec le recul, cela aurait été trop galère.» Ce sera donc le Conservatoire de Lausanne.

Lionel Frésard s’inscrit au printemps pour les examens d’entrée d’août 1996. Sans trop savoir s’il sera reçu. Ce fut le cas. Et le début d’un dur apprentissage pendant quatre ans.

Pas facile de redevenir étudiant dans la capitale vaudoise. J’avais 24 ans, la plupart de mes camarades entre 19 et 20, issus d’une filière beaucoup plus classique, gymnase et un bout d’université. Avec un autre Jurassien de Tramelan on nous appelait les papys.

«Certains ont mis un peu de temps à comprendre mon choix»

Après quelques mois d’aller-retour pour faire la fermeture à Saignelégier, l’aventure s’arrête. Et une autre commence, qui se poursuit encore aujourd’hui. «Dans le Jura, certains ont mis un peu de temps à comprendre mon choix. Maintenant, ils voient que ça dure et ça va mieux.» Fin juin, ce jeune quadra né en 1972 – «un 1er avril, une belle farce» – deviendra papa pour la troisième fois. Une petite sœur viendra rejoindre Félix (6 ans et demi) et Zoé (4 ans). Du bonheur et du boulot en perspective pour lui et sa compagne, médecin.

Un déménagement, aussi, leur charmant appartement de l’Ouest lausannois devenant trop petit malgré les efforts des propriétaires lors de la venue de leur second enfant.

«Je bosse pas mal à la maison. Entre janvier et mars c’est un peu façon puzzle, avec des grandes pages d’agenda tirées en A4 et plein de crayons de couleur pour jongler avec toutes les activités de la saison suivante.» Enfin ça, c’est quand tout va bien, quand l’acteur enchaîne les spectacles.

Sinon, tu as beau te persuader que tu es fait pour ça, si personne ne t’appelle, le découragement guette. C’est un peu un cercle vicieux: il faut jouer pour être remarqué, il faut être remarqué pour que l’on te propose de jouer.

Il faut des rencontres décisives, reconnaît-il aussi, surtout en début de carrière. Pour lui, cela a notamment été le metteur en scène Denis Maillefer, et pas seulement parce qu’il a permis la rencontre avec son épouse. Mais aussi la compagnie de Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier, avec laquelle il a beaucoup collaboré pendant quatre ans.

Un valet de comédie, vraiment?

Au Conservatoire, un professeur lui souffla qu’il était fait pour jouer les valets de comédie. Un autre aurait pu, à tort, le prendre comme une pique. Lionel Frésard s’en réjouit, songeant aux rôles magnifiques d’un Sganarelle (Dom Juan) ou du Scapin des Fourberies.

Et puis, oui, j’adore faire rire. L’année prochaine, je caresse d’ailleurs l’idée d’un one man show écrit avec mon camarade à Extrapol Camille Rebetez.

Un théâtre populaire au sens noble, accessible et intelligent sans être trop intello: voilà son credo.

Mi-facho mi-idiot dans la série «Crom» de la RTS

Du coup, pas si étonnant de le retrouver sur le petit écran de la RTS dans la tenue orange d’un employé de la voirie d’Yverdon-les-Bains mi-facho mi-idiot. Nous sommes en janvier 2012 et la série Crom – pour Centre de recyclage des ordures ménagères – déboule sur les écrans romands.

«Avec plusieurs camarades acteurs, dont Roland Vouilloz, je connaissais le réalisateur Bruno Deville avec la défunte Minute Kiosque en 2007 où je jouais une sorte de Mike Horn raté. Il a voulu s’entourer de la même équipe et évidemment j’ai accepté.»

Lionel Frésard reconnaît que ce fut «une belle rencontre avec l’image», qui l’a d’ailleurs poussé depuis à de petites apparitions, notamment chez Ursula Meier. «Pas facile de s’imposer sur les écrans dans notre petite région. Comme le dit Laurent Deshusses, les comédiens romands sont réputés pour leur nuque. C’est joli, non? Il y a plus de sens dans une série produite ici. Et si l’occasion se représente, bien sûr que je le referai. Sans que cela ne soit une obsession: ma passion reste le théâtre.»

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Jeremy Bierer