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20 octobre 2012

LOLcats: chat c’est trop drôle!

Photos et vidéos de chats qui font les pitres déferlent sur internet. Le phénomène des LOLcats est en pleine expansion. Décryptage.

chat
Un chat d'humeur joueuse. Photo: Istockphoto
Matou déprimé. Photo tirée du net
Matou déprimé. Photo tirée du net

Ils ont l’air bêtes mais sont souvent drôlement rigolos. Les LOLcats (pour laughing out loud, rire aux éclats en français, et chats) font depuis quelques années mourir de rire les internautes. Photo de matou déprimé demandant dans un anglais approximatif «I can has cheezburger?» (je peux avoir un cheeseburger?), ou vidéo montrant un minou pas bien malin se jetant tête la première dans un carton, les péripéties de nos amis poilus sont postées par milliers chaque jour sur la Toile. Le phénomène a pris une telle ampleur que les spécialistes du web n’hésitent pas à parler de règne des LOLcats. Récemment, les cyberchats ont même eu droit à leur premier festival à Minneapolis, aux Etats-Unis.

Naguère cantonnés aux geeks, aux nerds et autres aficionados du web, les LOLcats grattent désormais aux portes du grand public. Preuve de leur popularité, la LOLcatmania n’est pas uniquement présente sur la Toile et s’exporte aussi bien sur des t-shirts que des tasses à café ou tout autre support. Côté médias, les sites d’information en ligne se montrent aussi friands des pitreries de nos amis à poils, leurs jolis minois étant synonymes de nombreux «clics», comme on dit dans le jargon. «En termes de trafic, il est clair que ce type de vidéo ou de photo fonctionne bien, confirme Mathieu Coutaz, responsable du contenu du site 20minutes.ch. Voir un chat ou, comme nous avons eu récemment, un petit cochon qui sauve une chèvre, touche immédiatement les gens.»

«En termes d’audience, ça fonctionne très bien 
Mathieu Coutaz, 20minutes.ch


Trop mignons, pire, drôles, les LOLcats le sont incontestablement. Cela ne suffit toutefois pas à expliquer l’intérêt démesuré des internautes pour ces boules de poils. Est-ce le côté comico-sadique de la manœuvre qui attire? Le fait de pouvoir tourner en ridicule un animal, en plus sans risquer de représailles? Ou s’agit-il d’un besoin irrépressible de rire bêtement de tout, comme au temps de l’enfance?

Une façon de créer des liens entre les internautes

Un peu de tout cela, mais c’est surtout «un moyen de tisser des liens significatifs avec les uns et les autres», note Kate Miltner, diplômée de la prestigieuse London School of Economics et auteure d’un mémoire sur le sujet. Selon cette dernière, les LOLcats et plus largement les «mèmes internet», c’est-à-dire toute idée reprise à sa sauce et diffusée sur la Toile (lire ci-contre), sont un phénomène culturel reflétant les angoisses et les désirs liés à notre époque.

Monique Dagnaud, sociologue française et directrice de recherches au CNRS.
Monique Dagnaud, sociologue française et directrice de recherches au CNRS.

On vous le dit, les cyberchats sont à prendre au sérieux. La sociologue française et directrice de recherches au CNRS Monique Dagnaud (photo ci-contre), l’une des rares à s’être penchée sur le sujet dans le monde scientifique francophone*, évoque une culture du partage entre les communautés du web. «C’est une façon pour les gens d’exprimer leurs émotions, de les partager avec les autres, car ces chats sont toujours représentés dans des postures humaines.» Un anthropomorphisme qui, s’il existe depuis la nuit des temps, a trouvé avec internet un vecteur inédit.

Le chat comme marqueur de la culture internet

Le chat est donc devenu l’icône du web, contribuant à la création de sa très jeune mythologie. Pourquoi lui plutôt qu’un chien ou un cheval? Car s’ils sont moins connus, ces derniers sont aussi très populaires sur la Toile, les vidéos de LOLdogs, par exemple, affichant autant de vues que celles de leurs concurrents félins. Qu’importe, les minous semblent indétrônables dans le cœur des internautes. Certains expliquent cet amour par analogie. A les croire, le chat serait une métaphore du geek, car, comme lui, il est solitaire, égoïste et poilu! Monique Dagnaud préfère y voir une continuité dans la longue histoire qui lie le félin à l’homme. «Le chat représente quelque chose de magique, en bien ou en mal. Les Egyptiens l’adoraient tandis qu’il était associé à la sorcellerie au Moyen Age. Aujourd’hui il agit comme un marqueur de culture.»

Celle de la génération LOL, ces jeunes internautes qui ont pour caractéristique «de ne jamais prendre quoi que ce soit au sérieux», écrivait la sociologue dans une tribune parue sur le site slate.fr, et qui a le don de tourner en espièglerie ou dérision les institutions et les personnes qui façonnent la vie publique. «Le message pourrait s’écrire ainsi, résume-t-elle: dans un monde globalisé, sur lequel personne, ni l’individu ni les politiques, ne semble avoir de prise, vive une réjouissante stupidité.» Une sorte de parti pris de la bêtise et d’en rire devant tant d’impuissance. Après tout, c’est toujours mieux que de pleurer.

* «Génération Y - Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion», Monique Dagnaud, Ed. Les Presses de Sciences Po.

Chat à grande vitesse. Photo tirée du net
Chat à grande vitesse. Photo tirée du net

Auteur: Viviane Menétrey