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3 septembre 2012

Lorsque les enfants quittent la maison…

Selon la psychologue Béatrice Copper-Royer, ce moment critique pour les parents et pour le couple qu’ils forment doit être préparé.

Dessin de parents en larmes, agitant leur mouchoir
Pour nombre de parents, 
le départ 
d’un enfant 
est un véritable déchirement.

Qu’on le veuille ou non, c’est un choc. Le départ des enfants de la maison reste souvent cause d’un profond bouleversement, pour eux comme pour les parents, constate Béatrice Copper-Royer dans un ouvrage qui vient de paraître.

Pire, relève la psychologue française auteure de nombreux livres sur la famille: «Le sentiment de vide que l’on ressent après ce départ n’a sans doute jamais été ressenti de manière aussi aiguë» que dans nos sociétés contemporaines où l’enfant est plus que jamais devenu le centre de la famille.

D’après l’échelle de stress Holmes-Rahe, permettant d’évaluer la probabilité d’une maladie dans l’année suivant l’événement, le niveau de stress engendré serait de 29 sur une échelle de 100. Et que ce départ arrive désormais plus tard, entre 21 et 25 ans en moyenne, ne rend pas les choses plus faciles.

Une prise d’autonomie n’a pas toujours été souhaitée

Autant dire qu’il ne faut pas prendre ce moment à la légère, mais l’anticiper et s’y préparer pour le vivre au mieux. C’est d’autant plus vrai que cette prise d’autonomie souhaitable et souhaitée ne l’a pas toujours été.

Ainsi, longtemps, les filles souvent jeunes ne quittaient la maison du père que pour rejoindre celle de l’époux. Et encore, pension ou internat les avaient souvent éloignées précocement du toit paternel. Pour les garçons, le chemin de la caserne pris à la majorité s’avérait souvent sans retour. «Nous n’en sommes plus là, note l’auteure. Nos éternels ados rechignent à partir (…) Quant aux parents, centrés sur leurs enfants, ils éprouvent l’angoisse du lâcher-prise dans un monde de plus en plus perçu comme incertain et dangereux.»

En gros, dans l’esprit des parents, la poursuite d’une formation ou de la scolarité autorise le contrôle des activités et des relations. Tandis que les ados, même s’ils s’insurgent, sont au fond conscients de ce devoir de protection. Et puis, petit à petit, l’adolescent supporte de moins en moins ces observations jugées comme autant d’abus de pouvoir; alors que les parents commencent à s’exaspérer de ces grands enfants qui ne sont plus que des hôtes de passage, se servant dans le frigo. Or, explique Béatrice Copper-Royer, rien de plus normal que cette période charnière de détachement progressif. «Tout comme les oiseaux s’envolent du nid, se posent sur la branche la plus proche, reviennent pour augmenter peu à peu leur rayon de vol, ce sont des signes précurseurs de ce qui va, ce qui doit se produire: le départ.»

Une période riche en émotions

Et ce moment d’apprentissage vaut autant pour les enfants que pour les parents. Et ce n’est pas simple, car du côté des adultes se jouent à la fois la crainte de la solitude, l’angoisse du vieillissement ou encore les craintes entourant ce «lâcher» dans le monde. Et si l’on est, de plus en plus fréquemment, un parent solo, «la dimension sacrificielle de l’investissement affectif peut devenir un obstacle véritable» sur le mode «moi qui t’ai tant donné…» On imagine qu’il vaut mieux éviter à son enfant cette culpabilité.

Et puis, déjà, l’auteure pointe du doigt l’influence des nouvelles technologies, et notamment du téléphone portable, «substitut électronique qui relie la mère à l’enfant». Pour les parents, il faudra donc s’efforcer de prendre de la distance, de revenir à une vision du monde moins dramatique et de fixer des règles raisonnables en matière de téléphonie: «prévenir quand on rentre en retard, appeler en arrivant sur place ou envoyer un SMS». Et c’est tout. De manière générale, anticiper le départ de l’ado permet d’aborder ce moment avec davantage de sérénité. On peut même en profiter pour effectuer un petit bilan professionnel, renouer avec une ancienne passion, voire clarifier ses relations conjugales. In fine, «l’approche du départ demande le même type de soutien que durant l’enfance: des parents épanouis, bien dans leur peau offrent le meilleur étayage à l’épanouissement de leur enfant.»

Il doit apprendre à s’appuyer sur lui et non plus sur vous.

Béatrice Copper-Royer le confesse: peut-être, finalement, que la parentalité s’achève un jour. «Et cette découverte est, pour beaucoup de parents, un véritable coup de massue.» Il est néanmoins possible, petit à petit, de lâcher prise, de se sentir «un peu moins parent», ce qui n’empêche nullement de conserver intact l’attachement. Bref, «il s’agit de les laisser partir, et de retrouver sa propre place dans le monde, où l’on ne sera plus défini par rapport à eux».

Il va alors falloir «se regarder en face, s’écouter dans ce silence assourdissant laissé par le départ des enfants», et se retrouver puisque l’on s’est parfois un peu perdus de vue. Adieu les rentrées à heure fixe, les courses minute obligatoires, les soirées «de garde». Certains parents le vivent de manière euphorique. Mais pour beaucoup, c’est l’acceptation d’être passés du côté de la dernière partie de la vie. Avec quelque chose de l’ordre du deuil à affronter. «Les femmes y sont plus sujettes que les hommes: elles ont porté l’enfant. La maternité, tant que l’enfant vivait à la maison, relevait de la réalité la plus charnelle et quotidienne.» L’auteure leur conseille de se montrer douces avec elle-mêmes: «Vous avez porté votre fils ou votre fille durant vingt ans, vous avez le droit de vous accorder un temps de récupération.»

Laissez votre enfant faire son apprentissage

Face à celui ou celle qui vient de quitter le nid, il convient d’apprendre à ne pas en faire trop: «ne venez pas tout de suite à son aide, ne le dépouillez pas de la moindre occasion de faire son apprentissage. Apprenez à dire non. Vous lui rendrez vraiment service.»

Une attitude à rapprocher du barreur d’un voilier: pour naviguer, il faut fixer la ligne d’horizon, non la vague la plus proche. Et l’horizon, c’est sa vie à venir, sa capacité à trouver ses ressources propres, à s’appuyer sur lui et non plus sur vous.»

Selon la psychologue, les parents doivent aussi s’interroger avant de devenir ami avec leur enfant sur Facebook: derrière l’aspect ludique, a-t-il vraiment envie que papa ou maman conserve un accès direct à sa vie sociale et affective?

A lire: Béatrice Copper-Royer, «Le Jour où les enfants s’en vont», Ed. Albin Michel

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Andrea Caprez (illustration)