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27 juin 2016

Louane: «Ma recette? Rester sincère et donner autant que je reçois»

Cinéma, musique, scène: tout réussit à Louane depuis son passage dans la seconde saison de «The Voice» en 2013. En tournée depuis octobre dernier, la jeune artiste de 19 ans joue partout à guichets fermés. Elle fera cet été une halte au Paléo Festival, où elle figure déjà en tête d’affiche.

Louane est très fière de son premier album, dont elle dit qu’il lui ressemble. (Photo: Courtesey Universal Music France/DR)

Votre tournée a commencé et vous venez bientôt au Paléo Festival*, où vous êtes l’une des têtes d’affiche. C’est impressionnant?

Les choses se sont enchaînées tellement vite que je les prends comme elles viennent, sans avoir vraiment le temps d’y réfléchir ou de prendre du recul. Je travaille beaucoup et j’en profite un maximum. Je connais le Paléo de réputation, c’est l’une des deux ou trois plus grandes audiences que je fais et c’est extrêmement flatteur d’y être invitée.

Jacques Monnier, le programmateur du festival, a été vous voir en concert. Et il s’est dit soufflé par la maturité artistique que vous dégagiez sur scène...

C’est un beau compliment. Je ne sais pas trop d’où cela me vient. Je me sens vraiment bien sur scène, depuis que je suis toute petite et que je chantais devant des amis de la famille. Je dois sûrement montrer une maturité importante pour mon âge. Et puis je suis consciente de mes responsabilités. Par rapport au groupe qui m’accompagne, aux techniciens, au public qui vient me voir et auquel je veux donner le meilleur de moi-même. Il y a un vrai engagement de ma part.

Ce succès tout de même étourdissant d’intensité comme de rapidité ne vous a-t-il pas directement propulsée dans l’âge adulte?

Je ne crois pas. Dans la vie, je reste une jeune fille de 19 ans bien dans son âge. Garder une vie aussi normale que possible, aller boire des verres avec des copines, ce genre de choses fait partie d’un équilibre que je tiens à conserver.

Votre public semble assez jeune…

Je le vois surtout comme très familial. Il y a des enfants, beaucoup d’adolescents, des femmes d’une trentaine d’années, jeunes mamans ou non. Et pas mal de familles. Je trouve cela très attendrissant, très touchant.

Que ce soit à l’écran ou dans vos chansons, vous touchez visiblement le cœur des gens. Y a-t-il une «recette Louane»?

J’essaie juste de faire les choses avec tout mon cœur. Je suis plutôt entière et spontanée, pas du tout calculatrice. Je dis ce que je pense, et ça peut d’ailleurs parfois être un peu cash. Donc il n’y a aucun calcul.

Vous avez réussi beaucoup de choses depuis votre passage très remarqué à «The Voice», même si vous ne l’avez pas remporté. Avez-vous tout de même le sentiment d’appartenir à ces chanteuses révélées par ces émissions de télé-crochet?

«The Voice» a été une grande chance, et je ne renie rien du tout. J’étais très jeune, et cela m’a beaucoup apporté. Mais on ne chante pas nos chansons, il n’y a pas vraiment de travail de composition ou d’écriture. Il faut prendre cette émission pour ce qu’elle est: un concours qui permet de se faire connaître. C’est ensuite que les choses se jouent. J’ai envie que les gens me connaissent pour ce que je fais, pour ma musique, pas pour une émission-tremplin qui justement doit permettre de s’élever vers son propre chemin artistique, et non pas de rester étiqueté dans une case.

C’est lorsque «The Voice» touchait à sa fin que le metteur en scène de «La Famille Bélier» vous a contactée pour des essais. Quelle a été votre réaction?

Je n’ai pas tellement réfléchi. Je l’ai vu comme une chance inouïe qu’on ne peut pas laisser passer. J’avais un peu d’appréhension, mais j’étais surtout curieuse de voir ce que cela allait donner. Evidemment je suis consciente qu’avec son succès, ce film marquera ma carrière mais il ne s’agit que du premier qui me donne la liberté de vivre d’autres aventures cinématographiques si cela se présente.

Karine Viard, qui joue votre mère dans le film, a dit de vous que, contrairement à beaucoup de jeunes actrices, vous étiez plus dans la vérité de jeu que dans la séduction…

Oui j’ai lu ça, et j’ai trouvé cela très gentil de sa part. Encore une fois, je serais tout à fait incapable de réfléchir à l’avance à ce qui toucherait ou non les gens. J’ai juste essayé de me montrer la plus professionnelle possible. Lorsque quelque chose me plaît, je m’y consacre à fond et c’est ce qui s’est passé sur ce tournage. Je mentirais en disant qu’il a ressemblé à un chemin de roses. J’ai eu des moments un peu difficiles, pensant que je n’y arriverais pas. Mais comme dans tout ce que je fais, j’ai voulu m’investir à fond, sans compter ni calculer.

Comment avez-vous vécu l’incroyable phénomène de société qu’est devenu le film en quelques mois?

On a tous été pris dans une sorte de tourbillon. Il fallait juste se laisser emporter et attendre que les choses retombent pour pouvoir prendre un peu de recul. C’est possible aujourd’hui, d’autant plus que depuis lors il y a eu mon disque et maintenant ma tournée, mais sur le moment pas du tout. Ces trois dernières années m’ont appris tellement de choses…

L’enregistrement de votre album** a pris pas mal de temps, près d’une année, parce que vous vouliez vraiment être satisfaite de chaque chanson, que chacune vous ressemble. Comment avez-vous réussi à imposer vos vues?

Je n’en ai pas eu besoin. J’ai la chance qu’autant mon label (Mercury, chez Universal, ndlr) que mes agents se soient montrés très compréhensifs, très à l’écoute. Je n’ai pas vraiment eu besoin d’imposer mes vues, ou de batailler. Avec les producteurs, les auteurs qui m’avaient écrit paroles ou musiques, et les ingénieurs du son, cela a été un vrai travail d’équipe autour d’un projet qui restait le mien. J’ai été associée à toutes les réunions et toute la réflexion autour de cet album. J’ai pu expliquer ce que je voulais.

Et alors, que désiriez-vous?

Un album qui me ressemble vraiment, qui soit personnel, avec des textes qui me parlent et qui parlent aux gens. J’écris moi-même des chansons, et l’une d’entre elles devait au départ y figurer. Finalement, on s’est tous mis d’accord sur le fait qu’elle n’était pas encore assez bonne et qu’on ne la mettrait pas. On discute ensemble sans avoir peur de se dire les choses. C’est un vrai travail d’équipe où chacun fait suffisamment confiance aux autres pour donner son avis.

Votre entourage occupe donc une grande place dans votre réussite?

C’est sûr. Sans les gens que j’ai autour de moi, je n’en serais pas là.

Et cet album, que ressentez-vous lorsque vous l’écoutez?

Mais je ne l’écoute pas vraiment en fait. Je le chante et je le défends tous les soirs en ce moment, mais de la même manière que je ne me suis pas trop regardée au cinéma, je n’ai pas trop eu envie d’écouter patiemment chaque morceau une fois l’album sorti.

Pourquoi?

Je ne sais pas. Je crois que beaucoup d’artistes ont cette relation avec leur travail une fois que chacun peut le voir ou l’entendre. Lorsque l’album est sorti, moi qui en rêvais depuis l’âge de 8 ans, ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie. J’en suis très fière. Je suis d’accord avec tout ce qu’il y a dessus. Il me ressemble différemment aujourd’hui que lorsque j’avais 16 ans. Par exemple, Jour 1 a pris un autre sens pour moi.

Vous avez écrit et composé «Avenir», déjà. Pour le prochain album, trouvera-t-on davantage de vos propres compositions?

Oui, c’est une envie, bien sûr. Je me nourris de ce que j’écoute, de ce que j’écris. Mais je ne me mets pas la pression, je ne me suis pas fixé de limite temporelle pour ce second album. Le studio est toujours là et on verra bien. Si c’est dans dix mois ou dans une année, c’est cool. Si c’est dans cinq ans, ce sera très bien aussi.

C’est le succès qui vous donne cette liberté-là?

Evidemment. Et je me rends bien compte que j’ai ce confort-là. Comme je suis très exigeante, j’ai le sentiment que je prendrais mon temps de toute façon, mais ce serait naturellement plus compliqué. Je fais des listes de gens avec lesquels j’aimerais travailler et des listes d’idées complètement irréelles et d’autres plus accessibles. C’est un luxe et je l’apprécie à sa juste valeur.

Et comment abordez-vous la scène?

C’est un peu une délivrance. Depuis le début de la tournée en octobre, je peux me produire quasiment tous les soirs. Et il y a du monde. Cela représente un partage génial, avec le public comme avec les musiciens. Grâce à la scène, je me rends vraiment compte que je veux continuer à faire de la musique, à donner aux gens et à recevoir tout cet amour en retour. C’est ça qui me fait avancer.

* Louane sera à Paléo le dimanche 24 juillet, en même temps que Michel Polnareff ou Thomas Dutronc.

** «Chambre 12» , Universal Music, en vente sur exlibris.ch

Texte: © Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey