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7 mars 2016

Il veille sur l’horloge fleurie

Luc-Eric Revilliod, responsable logistique et plantes au Service des espaces verts de la Ville de Genève, chouchoute jour après jour l’attraction la plus photographiée de la cité. Un véritable entretien de star!

Luc-Eric Revilliod se faisant photographié par des touristes asiatiques devant l'horloge fleurie photo
Luc-Eric Revilliod est fier du succès de son horloge fleurie auprès des touristes.

Quatre mille cinq cent septante primevères. Luc-Eric Revilliod, adjoint de direction et responsable logistique et plantes du Service des espaces verts de la Ville de Genève (SEVE), sait à la plante près ce qui vient d’être disposé sur l’horloge fleurie. Celle-là même qui, placée au début du Jardin Anglais, accueille jour après jour et à longueur d’année des hordes de touristes béats d’admiration – et qui représente depuis soixante ans l’attraction suprême de la ville. «C’est étrange, parce que plusieurs villes ont aussi une horloge fleurie dont on ne parle jamais: Interlaken, Berne, Neuchâtel… et il faut avouer que l’endroit est assez épouvantable, avec beaucoup de trafic», s’étonne Luc-Eric Revilliod. «En 1992, le trottoir a même dû être élargi et l’horloge reculée: c’était dangereux, tous ces gens qui se mettaient sur la route pour la photographier.»

Métissage de plantes

Ce dernier la connaît bien, son horloge: c’est lui qui, depuis 1987, supervise avec toute son équipe sa mise en beauté et son entretien. Dont le choix des plantes, bien sûr. Ainsi, ces primevères, plantées juste avant le début du Salon de l’auto. «Il y a trois variétés et c’est le bleu qui domine. C’est plus esthétique de ne pas trop mélanger de couleurs, afin d’épurer le motif.» A la fin du printemps, ce sont les pensées qui deviendront reines. Quatre mille cinq cent quarante, pour être exact. Et dès le début de l’été, près de douze mille plantes de mosaïculture seront plantées. Car en sus des fleurs se côtoient des santolines «utilisées pour les chiffres», des coleus, plus gros, «pour les bordures», ou encore des alternanthera ou des echeveria, «pour les heures et les minutes». Toutes ces fleurs sont cultivées au centre de production de Vessy, où un demi-hectare est réservé aux décorations florales de la ville.

Il faut savoir que l’horloge n’est pas bien exposée: à l’ouest, avec des immeubles qui lui font de l’ombre. Le groupe de travail responsable du fleurissement mise donc également sur des plantes de mosaïculture résistantes, au feuillage coloré et qu’il est possible de travailler en 3D. «Il faut toujours choisir des plantes très basses, qui permettent de voir les aiguilles et les chiffres, et celles-ci exigent une taille tous les quinze jours, explique Luc-Eric Revilliod. C’est beaucoup de travail, mais nous voulions conserver cette technique et ce savoir-faire.» Au total, de nouvelles plantes revêtent l’horloge quatre fois par an. «Les changements sont très suivis par le public, vous savez! On recueille beaucoup de réactions…»

Des horloges dans le monde entier

Cet engouement pour l’horloge fleurie a d’ailleurs permis au responsable de l’Unité logistique de bourlinguer au gré des demandes de différents pays désireux d’avoir, eux aussi, leur modèle végétal. «Ainsi, à Montréal, on a dû faire une horloge traditionnelle. Mais à Nantes, elle était posée sur la lagune, comme en suspension, avec des galets et des bambous. A la base, l’horloge est un concept très kitsch, mais il suffit de changer le décor pour en faire une décoration très moderne!»

Si l’horloge fleurie a ses fans absolus, elle compte aussi quelques ennemis. «Il y a beaucoup de vandalisme, au point qu’on a dû mettre une caméra qui filme en permanence, regrette Luc-Eric Revilliod. Et l’été passé, nous avons dû déposer une vingtaine de plaintes auprès de la police! On dispose aussi de trois jeux de moteurs et d’aiguilles. On ne peut pas se permettre que l’horloge soit en panne un jour.»

Mais l’adjoint de direction peut bientôt mettre tous ces soucis de côté: il prend sa retraite à la fin du mois. Et se réjouit de pouvoir consacrer plus de temps, dorénavant, à ses autres passions: l’archéologie, mais aussi l’histoire de sa commune, Jussy – «cela fait bientôt cinq siècles que ma famille y habite. L’une de mes ancêtres, Rolette Revilliod, considérée comme une sorcière, fut brûlée vive en 1626. Anne Bisang lui a même consacré un spectacle lors de son arrivée à la Comédie de Genève.» Quant à l’horloge fleurie, il continuera à l’admirer, «en passant».

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Guillaume Megevand