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7 novembre 2011

Lucien Willemin, chantre de l’écologie

Il a pris sa retraite à 40 ans pour sensibiliser petits et grands à l’environnement et pousser nos élus pour que notre société sorte du mazout.

Lucien Willemin dans son jardin
Lucien Willemin consacre son temps, bénévolement, à la protection de la nature.

Contrairement au promoteur qui, dans la chanson de Dutronc, transforme un petit jardin en parking souterrain, Lucien Willemin ne porte pas de fleur de béton au revers de son veston. Quand il oeuvrait encore dans l’immobilier, ce Neuchâtelois d’adoption (il est né dans les Franches-Montagnes) avait même une vision plutôt écolo de son boulot. «Normal, quand on aime la nature, qu’on essaie de la préserver et d’en prendre soin.»
Sa maison de La Chaux-de-Fonds – un cube en mélèze rehaussé de touches de couleurs avec une face généreusement vitrée – trahit d’ailleurs ses convictions. Labellisée Minergie, cette villa durable est équipée entre autres de panneaux solaires, d’une ventilation simple flux, d’un système de récupération de l’eau de pluie et d’un chauffage au bois (poêle à pellets) sans radiateur ni installation au sol.

Lucien Willemin nous y accueille en toute décontraction, pieds nus et avec un large sourire. Les haut-parleurs diffusent une musique relaxante. Lui déborde d’énergie, parle beaucoup, s’emporte parfois. C’est un homme enthousiaste, résolu. Un entrepreneur également qui a travaillé dans la banque, l’horlogerie et l’immobilier avant de prendre une retraite bigrement anticipée. «J’ai arrêté le 21 juillet 2008, le jour de mes 40 ans, c’était mon cadeau d’anniversaire. »

Les affaires marchaient bien pourtant. « C’est vrai! J’aurais pu continuer, y aller à fond la gomme, mais ce n’était plus ça… Je sentais que la passion s’effeuillait, je souhaitais voir grandir mes trois enfants, j’avais envie de temps pour la réflexion et aussi de relations sans échange d’argent.» Et puis, de l’argent justement, ce promoteur en avait mis de côté. «De quoi vivre un bon bout», comme il dit pudiquement.

Une vie stressante qui allait trop vite

Stopper net son activité n’a cependant pas été évident. «J’étais comme une voiture qui roule à 100 km/h, qui freine et, bien que les roues soient bloquées, continue à avancer. J’avais l’impression d’oublier de faire quelque chose, j’allais voir mon agenda, je m’autostressais, en fait.» Le taï-chi l’aide à se poser, à se calmer, à retrouver sa souplesse d’esprit et de corps.

Parallèlement, Lucien Willemin monte le projet qu’il avait en tête au moment de quitter son métier pour devenir père au foyer. «Je souhaitais transmettre mes connaissances, sensibiliser les gens à l’environnement à travers un exposé condensant en deux heures mes vingt ans d’expérience professionnelle.» Tout cela bénévolement pour «être pur» dans son action.

Il donne des conférences dans toute la Suisse romande

Ce Jurassien prend ensuite son bâton de pèlerin et va frapper aux portes des écoles de sa région. C’est devant des parterres d’élèves et d’enseignants qu’il teste et rode son laïus intitulé «Ecologie, entre désinformation et intox! Comment y voir clair?» Petit à petit, son auditoire s’élargit. «Aujourd’hui, je donne des conférences tout public en Suisse romande.» Dont quelques-unes en collaboration avec des ONG (Greenpeace, J’aime ma planète, Good Planet…). Il a touché quelque 4500 personnes à ce jour.

Son message: «Avoir moins et être plus. Moins acheter et user ses objets jusqu’au bout.» De manière à chasser le gaspi, plus précisément l’énergie grise qui sert à produire ce que l’on consomme. Cette théorie, il essaie de la mettre en pratique sans être extrémiste. Lui, par exemple, vit sans Natel et ses enfants ne possèdent pas de console de jeux. Mais sa fille aînée a un Ipod. «J’ai senti que là je devais lâcher.» Ce chantre de l’écologie a encore du pain sur la planche…

Sortir du mazout

Le rêve de Lucien Willemin: que le recours au mazout soit interdit pour le chauffage des nouveaux bâtiments.
Le rêve de Lucien Willemin: que le recours au mazout soit interdit pour le chauffage des nouveaux bâtiments. (Photo: Keystone/Gaetan Bally)

Lucien Willemin a lancé début 2009 une motion populaire dans laquelle il demandait au Conseil d’Etat neuchâtelois de proscrire le chauffage à mazout dans les nouveaux bâtiments. «Je devais récolter 100 signatures et j’en ai obtenu 204 en quinze jours.»

A gauche, on a applaudi des deux mains. A droite, on a vu ça comme une entrave à la liberté. «Il s’agit d’adopter une attitude responsable afin de préserver une ressource naturelle mise à mal, alors qu’elle est indispensable à notre mode de vie. Ne pas s’en soucier aujourd’hui constituerait une atteinte à la liberté et au bon développement des générations de demain», argumente le motionnaire. La semaine dernière, le Grand Conseil s’est penché sur le projet de la nouvelle loi cantonale sur l’énergie dans lequel figurait sa proposition.

Finalement, les députés – suivant en cela le préavis de la commission parlementaire et cédant sans doute aussi à la pression des lobbies pétrolier et immobilier – ont accepté une version édulcorée de cette mesure. Version d’où a été expurgée la notion d’interdiction et dont voici la teneur: «L’utilisation du mazout pour le chauffage des nouveaux bâtiments est soumise à autorisation.»

«Mon idée fait aussi son chemin ailleurs, rebondit notre interlocuteur. Notamment, dans les cantons de Vaud (n.d.l.r.: un postulat à ce sujet a été refusé en juillet 2009), de Saint-Gall, d’Argovie et du Jura.»

Auteur: Alain Portner