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2 mai 2016

Lumière bleue pour nuit blanche

L’utilisation en soirée d’un smartphone ou d’une tablette peut nuire au sommeil. En cause: la lumière bleue diffusée par leurs écrans LED.

Un enfant la nuit devant son écran
Idéalement, il faudrait éviter de se servir des écrans deux heures avant de se coucher. Photo: plainpicture/Rebecca Nelson.

Sous la couette, le nez plongé dans un bon bouquin. Rien de tel pour tomber délicatement dans les bras de Morphée… Mais aujourd’hui, le bon vieux livre a tendance à céder la place à une tablette numérique, à un smartphone, voire à son ordinateur portable. Histoire de consulter les dernières actualités ou de répondre encore à quelques e-mails. Un changement d’habitude qui n’est pas sans conséquence pour la qualité du sommeil.

Car la grande majorité de ces appareils disposent d’un écran avec rétroéclairage LED. Ce système présente le grand avantage de consommer très peu d’électricité tout en fournissant une forte intensité d’éclairage. Le point négatif, c’est qu’il a la fâcheuse tendance à diffuser une lumière bleue, d’une longueur d’onde qui se situe entre 380 et 500 nanomètres.

La même lumière qui est émise naturellement par le soleil. Pour notre horloge biologique, elle signale donc qu’il n’est pas encore l’heure de dormir et empêche ainsi notre cerveau de déverser de la mélatonine, hormone qui stimule l’endormissement, ont remarqué en 2012 déjà des chercheurs de la Harvard Medical School.

Un problème, des solutions

Pour contrer le problème, les spécialistes conseillent de se passer de tout écran au minimum deux heures avant de se coucher. Une pilule bien difficile à avaler, tant la consommation des médias en soirée est devenue une habitude pour une large frange de la population… Heureusement, des solutions techniques commencent à fleurir.

C’est ainsi qu’Apple, dans la dernière mise à jour de son système d’exploitation mobile iOS 9.3.1, a intégré le mode «Night Shift». Cette nouvelle fonctionnalité utilise l’heure et la géolocalisation pour déterminer la position du soleil dans sa région. Dès le crépuscule, elle modifie alors l’éclairage de l’écran en une teinte plus chaude pour réduire les émissions de lumière bleue.

Que les possesseurs de smartphones tournant sous Android se rassurent: plusieurs applications proposent des fonctionnalités similaires. Citons notamment «Twilight» qui, une fois configurée, est également en mesure d’atténuer automatiquement chaque soir la luminosité de votre téléphone mobile ou tablette. Ou encore «Filtre lumière bleue». une app particulièrement évoluée qui permet notamment de choisir, selon ses goûts, entre cinq différents filtres de couleur.

L’inconvénient de ces solutions, c’est que l’écran affiche obligatoirement une teinte jaunâtre. Pas très dérangeant pour lire un article… un peu plus pour consulter vidéos ou photos. Pourtant, après quelques minutes seulement, l’œil s’habitue à ce léger désagrément jusqu’à l’oublier complètement. Si aucune étude scientifique rigoureuse n’a encore testé l’efficacité de ces dispositifs, il vaut la peine de faire soi-même le test. Le marchand de sable vous en sera peut-être reconnaissant…

«Les ados ont besoin de règles précises»

Portrait d'Isabel Willemse
Isabel Willemse

Isabel Willemse, psychologue à la Haute Ecole zurichoise des sciences appliquées (ZHAW), et coauteur de l’étude Jame sur le sommeil (lien en allemand) à propos de l‘utilisation des médias et de la qualité du sommeil chez les jeunes de 12 à 19 ans.

Selon votre étude, la moitié des jeunes suisses se sentent peu reposés durant la semaine. Une conséquence de la lumière bleue diffusée par nos écrans?

C’est un des éléments qui ressortent en effet de cette étude. Un problème de taille, quand on sait que 98% des jeunes Helvètes possèdent leur propre téléphone portable, 76% leur propre PC et 29% leur propre tablette. Lorsque des adolescents me consultent en thérapie pour des problèmes de sommeil, c’est un des premiers points que nous examinons. Les habitudes ne sont pas faciles à changer… Mais

si l’on réussit à renoncer aux écrans en soirée, on observe parfois, après seulement quelques jours, une amélioration de la qualité du sommeil.

L’étude pointe du doigt d’autres facteurs, en lien eux aussi avec les médias…

Nous savons par exemple que les jeux vidéo et les films violents peuvent également avoir des impacts négatifs parce qu’ils sont particulièrement stimulants. Dans une autre catégorie, il y a les applications de messageries, de type WhatsApp. Difficile pour les adolescents, poussés par une pression de groupe, de ne pas répondre immédiatement à de nouvelles notifications.

Comment les parents peuvent-ils aider?

Le contrôle est difficile puisque les médias sont aujourd’hui mobiles. Mais les parents doivent établir des règles précises concernant leur utilisation. Par exemple bannir le téléphone portable de la table de nuit et

proposer d’autres types d’activités à leurs enfants avant de se coucher, qui pourront jouer un rôle de facteur de protection.

Par exemple une activité en famille ou de lire un livre.

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin