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2 septembre 2013

Ma maison, ce patrimoine

A La Chaux-des-Breuleux (JU), Marcel et Sabine Droz ont rénové avec passion une ferme du XVIIe siècle. A visiter exceptionnellement dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.

Portrait de la famille Droz (Marcel et Sabine) et leurs deux enfants. La Chaux-des-Breuleux, Jura, Journées du patrimoine
La famille Droz a racheté la ferme La Baumatte en 2009.

Tout d’abord l’écrin: les Franches-Montagnes. Autour du hameau de La Chaux-des-Breuleux (JU), la nature a été généreuse, et les hommes ont su la préserver. La prairie sèche jouxtant le chemin menant à la propriété des Droz est reconnue site d’importance nationale et la tourbière en contrebas est bien évidemment protégée, tout comme les pâturages boisés environnants.

Pourtant ici, pas de traces d’une «ballenbergisation» du territoire. Le lieu vit. Les vaches broutent sans broncher, les chatons courent entre les jambes et, au loin, sur les crêtes bernoises, les éoliennes impressionnent par leur taille.

Après l’écrin, le bijou: une ferme – La Baumatte – aux façades blanchies à la chaux (afin que les murs respirent) et au large toit à deux pans. Classée au patrimoine au vu de son exceptionnel état de conservation, elle affiche fièrement sa date de naissance sur le linteau en calcaire: 1687. Bienvenue chez les Droz, Marcel et Sabine, les parents, Noa et Mattéo, les deux ados.

Une architecture ancestrale, avec une pointe de modernité

Grande ouverte, la porte invite à la découverte. «Entrez. Voici la cuisine, explique Marcel Droz. Regardez son plafond voûté en pierres entièrement noircies. C’est une des grandes particularités de cette maison, de même que son tué, le conduit de cheminée que nous sommes en train de finir de rénover. Ici, on fumait le jambon et des saucisses.»

Très spacieuse, la pièce est décorée avec goût; les suspensions et l’îlot central modernes se mariant bien avec le sol dallé en calcaire – «les laves» – et l’évier du XVIIe siècle. «Les piliers taillés avec des arêtes chanfreinées, de même que les niches dans le mur indiquent que les propriétaires avaient des moyens», raconte Marcel Droz qui a longuement compulsé les archives communales pour en savoir plus sur cette ferme historique.

A gauche, la grande pièce appelée «belle chambre» était à l’époque la seule à être chauffée, avec un simple poêle en maçonnerie chaulé. La solide poutraison apparente tout comme les murs dont la base mesure bien un mètre de large ont permis à la bâtisse de traverser tant bien que mal les âges.

Un escalier contemporain monte maintenant à l’étage, au niveau de la grange. Dans le but de conserver une lecture des volumes existants et parce qu’il faut bien se protéger thermiquement des rudes hivers francs-montagnards, une élégante paroi vitrée divise l’espace de la grange en deux. Côté habitation, trois pièces ont été refaites avec le plus grand soin.

Une longue histoire qui incite au respect

Juste au-dessus des chambres, l’atelier d’horlogerie qui date du XIXe rappelle que c’est aux paysans soucieux de diversifier leurs revenus que la Suisse doit aujourd’hui l’une de ses principales richesses.

Je suis en train de refaire le sol avec des planches trouvées sur place. Pour la rénovation, j’ai privilégié le recyclage.

Rachetée en 2009, La Baumatte aura nécessité deux ans de travaux avant d’être à nouveau habitable. Le propriétaire calcule: «J’y ai bien passé 5000 heures seul, plus encore 3000 heures avec des amis. Pour cela, j’ai dû réduire mon temps de travail», explique celui qui exerce comme art-thérapeute. Sans les copains et le soutien de sa famille, le projet n’aurait sans doute pas abouti.

Rarement découragé – à part peut-être lorsqu’il fallait travailler sans chauffage alors que les températures plongeaient –, Marcel Droz explique sa motivation:

Chaque objet raconte une histoire. Cette maison existe depuis trois cents ans et a su conserver son âme. Aujourd’hui, elle me chuchote sans cesse: Prends soin de moi.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Mathieu Spohn