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10 octobre 2016

Ma vie sur mon smartphone

Véritables compagnons du quotidien, les téléphones intelligents et leur cortège d’applications nous sont devenus presque indispensables ces dernières années, s’infiltrant dans les moindres détails de nos journées. Addiction ou précieux gain de temps? A chacun de juger…

Illustration symbolisant la journée qui passe et les applications utilisées au fur et à mesure
La valse des applications rythme le quotidien de la plupart des possesseurs de smartphone (illustration: Istock, DR).

Toutes les applications présentées ici sont ­disponibles sur IOS et Google Play.

7 h
C’est une chanson de Leonard Cohen choisie la veille qui me tire des bras de Morphée. En douceur, puisque l’application Réveil a attendu une phase de sommeil léger pour lancer la musique. J’avais préalablement enregistré la plage horaire durant laquelle je souhaitais être réveillée.

7 h 15
C’est parti pour ma séance de sport matinal! J’ouvre l’application 7 Minutes Workout. Entre pompes, gainage, sauts et abdos, douze exercices de trente secondes chacun me sont ­proposés par la voix de mon coach. En cas de doute, une image expose les mouvements à effectuer. En fin de session, j’ai même droit à des félicitations!

7 h 35
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir me mettre aujourd’hui? Vite, je jette un œil à l’application de Météosuisse pour vérifier ce que la journée nous réserve. Aïe, il risque de pleuvoir cet après-midi. A tout hasard, j’embarquerai un parapluie.

7 h 55
Un petit tour sur l’application des CFF pour vérifier que mon train n’a pas de retard. Tout est en ordre, mais je remarque que la voie prévue a changé. Qu’à cela ne tienne, me voilà avertie.

8 h 10
Une fois montée dans le train, je consulte les nouvelles sur l’application RTS Info. Je n’ai pas trouvé de place assise et dois me concentrer sur la meilleure manière de conserver mon équilibre. J’opte ensuite pour RTS Radio, sur laquelle j’écoute «Le journal du matin».

8 h 25
A la gare, je tombe par hasard sur ma copine Charlotte. Comme nous sommes toutes les deux pressées, nous convenons de nous retrouver le lendemain pour l’apéro. Je m’empresse de noter le rendez-vous dans l’agenda de mon smartphone.

9 h 45
Profitant d’une pause café hors du bureau, je rêve à mes futures vacances. Je me connecte à l’application Trivago pour découvrir les offres de séjours à Paris, Londres, Madrid… Et me décide finalement pour Rome et réserve mon hôtel en un tournemain.

9 h 55
Tout excitée à l’idée de cette prochaine escapade italienne, j’en avise immédiatement, via Whatsapp, mon pote Marco qui me tanne depuis des années pour que j’aille au moins une fois dans ma vie visiter son pays.

10 h 05
Sur le chemin du retour vers le bureau, je me branche à Pokémon Go. Une de ces petites créatures se cache peut-être dans le coin? Bingo!

11 h 45
Zut, avec ces satanés bus, je vais arriver en retard chez le dentiste! Je cherche rapidement son numéro de téléphone sur Local.ch et préviens sa secrétaire, qui me rassure: lui non plus n’est pas en avance dans ses rendez-vous…

12 h 45
Ouf, pas de caries! Ne me reste plus qu’à aller manger. Je me ferais bien un restaurant chinois. Y en a-t-il dans le coin? J’ouvre l’application La Fourchette et lance une recherche. En voilà un qui m’a l’air pas mal… Un clic, et je ­réserve.

13 h 30
Mon repas englouti, il s’agit maintenant de constater l’étendue des dégâts sur l’application Lose It, qui m’épaule dans mon régime. J’y ai inscrit préalablement le poids que je souhaitais atteindre et le système a calculé le nombre de calories que je pouvais m’octroyer chaque jour. Voyons, des nouilles sautées aux crevettes, ça me coûtera combien?

13 h 35
Je reçois un Snapchat de ma copine Charlotte, toujours la même, qui a mangé quant à elle dans un restaurant mexicain. Elle m’a envoyé une petite vidéo d’un serveur arborant un superbe sombrero. Je lui réponds avec une photo de l’aquarium de mon resto chinois…

14 h 40
Je me rends compte à l’instant que je n’aurais pas le temps de faire les courses en sortant du boulot. Je vais donc sur Leshop.ch pour me faire livrer quelques provisions. Notamment mes bouteilles d’eau ­minérale, ça m’évitera de me casser le dos.

15 h 55
Un de mes collègues vient de me raconter une histoire hilarante! Je m’empresse de la relayer sur Facebook, afin d’en faire profiter tous mes amis…

16 h 30
Il me vient un doute: où se trouve exactement le bar dans lequel j’ai rendez-vous avec Charlotte le lendemain? Pour y remédier, je lance le moteur de recherche Ecosia, qui est une alternative écologique de Google, puisqu’un arbre est planté à chaque requête introduite, Du même coup, je trouve rapidement l’information qui me manquait.

17 h 15
Allez, un petit jogging avant de rentrer à la maison. J’ouvre Runkeeper pour comptabiliser les kilomètres parcourus. Les calories que j’aurai dépensées seront automatiquement transférées sur Lose It, puisque les deux applications sont connectées entre elles.

17 h 35
Quelle belle lumière sur le lac! Une petite pause ne me fera pas de mal… Je bois une gorgée d’eau et prends une photo de cette vue à couper le souffle et la poste de ce pas sur mon compte Instagram.

18 h 15
Me voilà de retour chez moi. Une bonne douche, puis je me pèse sur ma nouvelle balance connectée à l’application Withings, qui me permet de suivre au plus près l’évolution de mon poids. Pas de mauvaise surprise de ce côté-là…

18 h 30
J’éprouve le besoin de me ressourcer. J’ouvre l’application Petit Bambou, qui propose de nombreuses séances de méditation guidée. J’en lance une, ferme les yeux et, durant dix à quinze minutes, me reconnecte avec mes sensations.

18 h 55
Ayant été chargée par mes copines de choisir le film que nous irons voir ce soir, j’ouvre l’application Cine.ch (dérouler la page pour accéder aux liens pour télécharger l'application tout en bas à droite) choisis une bonne comédie romantique et vérifie les horaires des séances dans ma ville.

19 h
Je me connecte à Jendapp, l’application pour organiser des soirées avec des potes, et crée un nouvel événement pour la séance de ce soir. J’invite les copines et leur demande sur le fil de discussion, par acquit de conscience, si le film leur convient. Approbation générale.

20 h 10
Sur le chemin du cinéma, je me rappelle soudainement que je dois réserver une voiture Mobility (dérouler la page pour accéder aux liens pour télécharger l'application tout en bas) pour mon rendez-vous du lendemain matin. Je me branche sur l’application et, en quelques clics, le tour est joué.

22 h 40
Après la séance, nous sirotons un cocktail dans un bar branché du quartier. Nous apprécions tout particulièrement la musique choisie par l’établissement. Mais comment donc s’appelle cette chanson? J’ouvre Shazam, qui me renseigne immédiatement (ou presque).

23 h 30
De retour chez moi, je jette un œil à l’application de rencontre Once: chaque jour, elle me suggère le profil d’une personne avec qui je pourrais m’entendre. A moi de choisir si je désire être contactée ou non. Si je décline, il me faudra attendre le lendemain pour découvrir une nouvelle proposition.

24 h
Bon, au dodo! Je règle mon Réveil pour qu’il me tire du sommeil aux alentours de 7 h, et choisis une petite musique qui m’accompagnera dans mon endormissement. Elle s’arrêtera automatiquement au bout de dix minutes…

«Aujourd’hui, sans smartphone, on s’exclut socialement.»

Les smartphones et leurs applications sont devenus une partie intégrante de nos vies. Pourquoi un tel engouement?

Par le biais des nouvelles technologies, nous visons toujours les mêmes buts: accroître le contrôle que nous avons sur nos propres vies et optimiser notre emploi du temps. Une nouvelle notion a également fait son apparition: le quantified self. Aujourd’hui, des outils nous permettent de nous transformer en série de chiffes, de données nous concernant, que nous pouvons analyser et partager à l’envi.

Nous éprouvons un certain enchantement face à ces applications et technologies souvent ludiques qui nous simplifient la vie. Sans parfois nous rendre compte qu’elles nous aliènent aussi.

C’est-à-dire?

Pour nous intégrer dans la société, nous sommes obligés de nous adapter à cette nouvelle donne. Impossible de trouver un travail sans adresse e-mail. Au-delà de ça, nous devons être joignables tout le temps. Prenez Whatsapp: dans l’absolu, cette application n’est pas indispensable. Mais si les rendez-vous de votre club de sport s’organisent par ce biais-là, vous n’avez plus d’autre choix que de l’installer. Aujourd’hui, sans smartphone, on s’exclut socialement.

Quand peut-on parler d’addiction?

Je me méfie de ce mot. Dirions-nous que nous sommes accros à la lecture ou au ciné? Certes, le téléphone est devenu un objet identitaire. Mais au sens strictement psychologique du terme, il existe peu de cas où il peut être qualifié d’addictif.

Voyez-vous un danger dans notre utilisation actuelle du smartphone?

Bien sûr, l’utilisation à outrance au point d’en oublier son environnement. Toutes ces applications sont utiles, mais on peut facilement se laisser entraîner dans une spirale, une accélération.

Sans oublier que l’on devient transparent et donne aux autres, tant à nos amis qu’aux concepteurs des applications, la possibilité de prendre le contrôle sur nous.

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

Auteur: Tania Araman