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30 janvier 2017

Ma voiture autonome

La chronique de Sandrine Viglino.

Sandrine Viglino.

Mon téléphone se souvient des anniversaires pour moi, mon aspirateur-robot me fait sentir tous les jours que je le dérange en restant assise, Facebook m’envoie des pubs pour des choses dont je n’ai pas besoin (mais que j’ai quand même cherchées sur Google). Mais le pire, c’est que ma voiture me rabaisse systématiquement! Elle a une caméra de recul, un GPS, des capteurs qui bipent, les rétros qui s’allument, et le summum: elle freine toute seule quand je me retrouve derrière un Vaudois* pour mettre la bonne distance entre lui et moi. Je n’ai même plus le plaisir de lui coller aux fesses pour lui montrer avec mes mains combien je l’aime...

Bientôt je n’aurai même plus besoin de conduire (bon, aujourd’hui, la mienne conduit déjà toute seule… quand j’écris des SMS.) Elle réfléchira à tout, pour qu’il n’y ait plus d’accidents (note pour plus tard: penser à une nouvelle solution pour les dons d’organes). Elle prendra les bonnes décisions, car elle sera intelligente… elle!

Son intelligence lui permettra de savoir que non, il n’y a pas de place de parc plus près du fitness, et que si je ne prends pas celle à 25 m de l’entrée, je devrai refaire tout le tour du pâté de maisons pour revenir à cette place, qui entre-temps aura été prise. Je ne vais quand même pas marcher pour aller courir au fitness? Son intelligence aura été programmée par un informaticien geek. Donc ma voiture ne fera pas d’accident, mais elle aura plein de boutons, mangera ses crottes de nez et surchauffera quand une jolie fille, c’est-à-dire moi, entrera dedans.

La voiture sera donc intelligente. Mais est-ce qu’elle s’adaptera quand même au conducteur? Est-ce que les voitures vaudoises auront le kit «Je roule à 45 km/h quand on ne peut pas dépasser et j’accélère à fond quand on peut… Là où y’a le radar»? Et la Subaru Impreza valaisanne du futur, elle remuera de la queue de renard au rétro quand elle sera contente?

Ce qui me manquera, c’est l’apprentissage de la conduite. Je me souviens quand maman m’apprenait à conduire et vomissait à chaque virage ou démarrage en côte. Et ce sentiment de liberté, la première fois où j’ai pris la voiture, sans maman... J’espère que l’ordinateur n’aura pas la voix de maman! 

* (canton d’emprunt)

Texte © Migros Magazine – Sandrine Viglino

Auteur: Sandrine Viglino