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19 octobre 2015

Made by Lu Man

A Xinyi, Lu Man ses collègues de Running International fabriquent des vêtements pour Migros. Sur place, des contrôles permettent de s’assurer que tous les employés bénéficient de conditions de travail équitables.

Lu Man
Lu Man travaille depuis six mois chez Running International à Xinyi.

Lu Man, 20 ans, s’affaire à rembourrer un tissu en polyester rose. Penchée sur sa machine qu’elle manie avec dextérité, elle représente le premier maillon de la chaîne de production d’une veste matelassée. Les collègues qui lui font face s’occupent quant à elles des manches, des poches, de la capuche et de la fermeture éclair. Il ne faut pas moins de cinq personnes pour confectionner une pièce, sans compter l’employée expérimentée qui contrôle le résultat. Si cette dernière n’est pas satisfaite d’un détail, elle le signale à l’aide d’un fil bleu, afin que la couturière responsable puisse le corriger.

«J’ai appris à coudre en suivant une formation de deux ans dans une école de textile», explique Lu Man. Vêtue d’un t-shirt au logo de l’entreprise et d’un short en jean, la jeune femme a les cheveux noués en un chignon lâche agrémenté d’une barrette en strass.

Dehors, il fait plus de 30 degrés et le taux d’humidité de l’air avoisine les 100%, mais à l’intérieur des locaux, les nombreux ventilateurs rendent la température supportable.

Lu Man travaille depuis six mois pour cette usine de Running International, où elle fait partie des plus jeunes employés – la moyenne d’âge se situant autour de 35 ans. Après trente ans de politique de l’enfant unique dans le pays, de nombreuses entreprises chinoises peinent à recruter des jeunes.

Au moment de notre visite, les cent soixante employés s’occupent de la commande d’une marque japonaise. Deux semaines plus tôt, ils fabriquaient des doudounes et des combinaisons de ski pour Migros. Ces dernières sont déjà au port de Shanghai, chargées dans un conteneur sur un bateau, à six heures de route de l’usine.

Depuis neuf ans, Running International est un fournisseur important du distributeur suisse. Contrairement à ce que l’appellation pourrait laisser penser, l’entreprise n’est pas un fabricant d’articles de course à pied. Si elle a choisi le nom de «Running», c’est parce que sa prononciation est très similaire à celle du mot chinois signifiant «bonne récolte».

Le collaborateur Migros parle couramment le mandarin

Aujourd’hui, l’usine reçoit la visite d’un collaborateur de Migros venu de Hong Kong. Contrairement aux acheteurs, Cyril Law ne s’intéresse pas aux modèles et aux matériaux: il est spécialisé dans les normes sociales et veut vérifier les conditions dans lesquelles Lu Man et ses collègues travaillent. Il commence par visiter l’usine, accompagné par le directeur Gu Ningsheng. «Il est important d’établir un dialogue, explique Cyril Law. Les améliorations à long terme ne sont possibles que si je peux expliquer aux responsables pourquoi ils doivent procéder à des changements.»

Accompagné du directeur de l’usine, Gu Ningsheng (à dr.), le collaborateur Migros Cyril Law contrôle un extincteur.
Accompagné du directeur de l’usine, Gu Ningsheng (à dr.), le collaborateur Migros Cyril Law contrôle un extincteur.

De langue maternelle cantonaise, l’inspecteur parle aussi couramment le mandarin, qui est utilisé ici.

Les coupeurs portent des gants de protection, toutes les sorties de secours sont correctement signalées et les extincteurs fonctionnent. «Tout cela est très positif», déclare Cyril Law.

Gu Ningsheng lui montre ensuite que toutes les machines à coudre sont désormais équipées d’une protection pour les doigts. «Au départ, nous étions sceptiques, car nous pensions que cet aménagement allait ralentir le travail», explique-t-il. Ce qui n’est pas le cas. Par ailleurs, lors d’un précédent contrôle, il avait été constaté que la qualité de l’air de la pièce où étaient triées les plumes n’était pas assez élevée. Cyril Law demande donc quelles mesures ont été prises pour améliorer ce point. «Pour le moment, nous avons interrompu la production de vêtements contenant du duvet. Avant de la reprendre, nous avons prévu d’investir dans un meilleur système d’aération ou dans une trieuse», explique Gu Ningsheng.

L’employeur paie le logement, la nourriture et l’accès au wifi

A midi, les employés de l’usine se rendent à la cantine dans le bâtiment adjacent. Comme souvent en Chine, chacun amène sa propre vaisselle en métal. Le service et le repas ne prennent généralement pas plus d’un quart d’heure, nombreux étant ceux qui utilisent le temps restant de leur heure de pause pour se détendre. C’est le cas de Lu Man, qui partage avec trois collègues une chambre de 30 m² située au-dessus du réfectoire.

Chacune dispose d’un lit superposé: la partie supérieure sert à ranger les affaires, tandis que le matelas inférieur est consacré au repos. Les parents de Lu Man habitent à une demi-­heure de l’usine. «Je leur rends visite tous les dimanches.»

Les dortoirs situés au-dessus de la cantine permettent de se détendre durant la pause.
Les dortoirs situés au-dessus de la cantine permettent de se détendre durant la pause.

La moitié du personnel de l’usine est hébergée dans les locaux: les frais de bouche et de logement, ainsi que l’accès au wifi – très apprécié par les plus jeunes – sont assurés par l’employeur.

L’après-midi, Cyril Law consulte les données du personnel. Il analyse notamment les contrats, les salaires et le décompte du temps de travail. Le volume horaire règlementaire s’élève à 40 heures par semaine, avec 36 heures supplémentaires autorisées par mois.

Dans la région de Xinyi, le salaire mensuel minimal s’établit à 1200 yuans, soit 180 francs. Les employés de Running International touchent quant à eux 270 francs en moyenne. A titre de comparaison, un repas dans un petit restaurant coûte 13 yuans et le loyer mensuel pour une chambre atteint 450 yuans. «Nos contrôles montrent que la rémunération est dans la plupart des cas nettement plus élevée que le salaire minimal, explique Cyril Law. Nous faisons surtout attention aux heures supplémentaires: nous vérifions si le plafond autorisé est respecté et si la prime correspondant au temps de travail excédentaire est effectivement payée.» Lorsqu’il constate des irrégularités, il les signale au manager et demande ensuite la preuve du respect des règles.

La journée se termine à 18 h. Pendant son temps libre, Lu Man aime lire et chanter, mais ce soir, elle a décidé de sortir et rejoint ses collègues sur le parking de l’usine, avant de partir sur un scooter électrique. Cyril Law reprend lui aussi la route: dans les jours suivants, il devra inspecter une fabrique de chaussures et une autre de meubles.

Texte © Migros Magazine – Martina Bosshard

Auteur: Martina Bosshard

Photographe: Daniel Grieser