Archives
11 juillet 2016

Mais que vient faire le Tour de France en Suisse?

La Grande Boucle fera halte à Berne et à Finhaut-Emosson (VS). Chacun semble trouver son compte aux fréquentes incursions de la course la plus célèbre du monde hors de l’Hexagone. Sauf peut-être les puristes.

Pendant le Tour de France 2009, le peloton était déjà passé par le Valais, lors de la 15e étape entre Pontarlier et Verbier. (Photo: Keystone/Archive)

Le Tour de France a la bougeotte. Il multiplie les incursions hors de l’Hexagone. On ne compte plus les étapes qui ont lieu dans des pays plus ou moins voisins: Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne, Belgique, Italie, Angleterre, Irlande. Et naturellement la Suisse. Depuis 1948, ce ne sont pas moins de 31 étapes qui ont traversé le territoire de la Confédération. Les deux dernières en date étaient une arrivée à Porrentruy (JU) en 2012 et la montée à Verbier (VS) en 2009 où la verve d’un Alberto Contador volant dans la pente suscita l’enthousiasme des uns et le scepticisme ricanant des autres.

Ce soir-là, à Martigny (VS), un cadre de France Télévision ne cachait son dépit de voir le Tour si souvent délocalisé, trouvant que c’était là lui enlever un peu de son sens et de son histoire.

Les villes et les régions qui se battent pour recevoir la célèbre caravane n’ont évidemment pas ce genre d’états d’âme. Accueillir la course cycliste la plus prestigieuse du monde génère des rentrées touristiques immédiates qui compensent plus que largement le forfait dû à la société du Tour. Et surtout, représente une promotion touristique à peu près inégalable. La Grande Boucle est en effet diffusée dans 190 pays, dont une soixantaine en direct. Avec des caméras montrant les paysages traversés sous toutes leurs plus belles coutures.

Ce n’est pas Berne et Finhaut (VS) , qui accueillent les coureurs cette année, qui diront le contraire. Même si la question de fond demeure: mais que diable le Tour de France vient-il faire ici?

«Le Tour ne vient pas chez nous juste pour nous faire plaisir»

Cédric Revaz, co-président du Comité d’organisation Finhaut-Emosson.

Faire venir le Tour de France sur le barrage d’Emosson, drôle d’idée quand même...

Avec Alain Gay-Des-Combes, habitant de Finhaut comme moi et co-président du comité d’organisation, nous faisions beaucoup de vélo, notamment au col de la Forclaz et dans la montée d’Emosson. On a fini par se dire qu’un site pareil serait parfait pour le Tour. Petit à petit, nous avons créé des liens avec la société organisatrice. La motivation première était donc d’abord sportive.

Avec aussi on imagine des retombées économiques importantes...

Effectivement, en janvier nous avons fait une première estimation de ce que la commune ou le canton auraient dû débourser pour obtenir une couverture médiatique équivalente. On est arrivé à 700 000 francs. A l’heure actuelle, ce montant a dû tripler quand on voit tous les reportages qui sont faits en France sur Finhaut-Emosson. Les retombées directes sont déjà là. Des gens viennent en reconnaissance pour trouver la meilleure place pour voir passer les coureurs le jour J.

Et au niveau de la promotion touristique?

La commune et le canton attendent beaucoup de cette arrivée avec des images magnifiques qui seront diffusées dans 190 pays. L’Etat du Valais, suite à une étude de marché, avait choisi d’axer la promotion du tourisme estival en Valais sur le vélo. Pour eux, cette étape, c’est la cerise sur le gâteau. Cela permettra aussi de promouvoir la vallée du Trient, une vallée sauvage qu’on ne peut pas traverser en voiture. C’est un avantage. Rien de mieux que le vélo pour vanter tout cela.

A quelles principales difficultés vous êtes-vous heurtés dans l’organisation d’un tel événement?

Vous imaginez ce que ça représente pour un village de 450 habitants? On a dû trouver 500 bénévoles, aller chercher les gens bien au-delà de la vallée du Trient. Le directeur du Tour, Christian Prudhomme, est tombé amoureux du site, mais pour lui ce qui n’allait pas dans notre candidature, c’était le cul-de-sac. Or, cet obstacle a disparu: l’arrivée est au col de la Gueulaz, à cent mètres du barrage, les coureurs et la caravane qui passent la ligne d’arrivée traversent le barrage et sont ensuite évacués par les galeries du chantier de Nant-de-Drance.

Quel est l’intérêt du Tour à sortir des frontières hexagonales?

Christian Prudhomme nous a toujours dit, si je viens chez vous, ce n’est pas pour vous faire plaisir. L’arrivée à Emosson apporte vraiment quelque chose au Tour. L’enchaînement rapproché des deux cols par exemple peut rentrer dans l’histoire, celui qui gagne là-haut aura certainement le maillot jaune sur les épaules à Paris. La spécificité de l’étape c’est que l’arrivée est au plus fort de la pente, dans une côte à 12%.

Que répondez-vous aux puristes qui disent que le Tour de France doit se dérouler en France...

Il faut rappeler que la première sortie de France, c’était en 1907, soit après quatre ans d’existence déjà. D’autre part, Finhaut-Emosson a un lien très fort avec la France. Les Chamoniards nous disent: «Nous avons la montagne et vous, vous avez la vue sur la montagne.» C’est en effet depuis Emosson qu’on a la plus belle vue sur toute la chaîne du Mont-Blanc. Ici la France n’est même pas à un kilomètre. Nous avons par exemple un lien très étroit avec Vallorcine, qui fait partie du logo Vallée du Trient.

Pourquoi ne pas avoir d’abord proposé cette arrivée au Tour de Romandie par exemple?

Nous aurions bien voulu, mais cette course intervient beaucoup trop tôt dans la saison. Emosson, c’est une cuvette, la neige s’engouffre, il peut y en avoir jusqu’à 12 mètres. Les opérations de déneigement sont impressionnantes. Il arrive même qu’il neige en juillet.

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet