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2 septembre 2013

Pourquoi un tel malaise face au handicap mental?

Les personnes présentant une déficience nous plongent parfois dans l’inconfort. Comment expliquer cette réaction? Les réponses des psychiatres.

Deux enfants d'environ 6 ans, dont un est handicapé mental, posent ensemble dans la bonne humeur
Les enfants ne sont pas aussi soumis aux normes sociales que les adultes et ont souvent un contact plus naturel avec les handicapés.

A une certaine époque, on les imaginait voyants ou prophètes. Puis on les condamnait au bûcher, croyant qu’ils étaient possédés. Par la suite, on a pris l’habitude de les cacher, honteux de leur appartenance à notre famille. Depuis longtemps, les handicapés mentaux ont attisé les craintes.

Si aujourd’hui la situation a bien évolué, une sorte d’embarras vis-à-vis des personnes présentant une déficience intellectuelle subsiste toujours. Ne sachant pas quel comportement adopter, certains préfèrent éviter la communication, détournant le regard ou prenant la fuite. Mais pourquoi ce malaise?

La première explication est que la communication ordinaire repose sur de nombreuses règles implicites.

Règles que les handicapés mentaux, surtout ceux affectés d’un trouble autistique, ne maîtrisent pas, explique Jacques Baudat, médecin responsable de la Section de psychiatrie du développement mental du Service de psychiatrie communautaire du CHUV. Les conversations sont donc souvent plus difficiles à mener avec ces personnes.»

Ensuite, c’est leur apparence qui peut déranger. «Ils sont parfois repliés sur eux-mêmes, ou sont marqués physiquement par leur maladie, ajoute le psychiatre. Ces caractéristiques ont malheureusement tendance à repousser certains. Des appréhensions qui disparaîtront pourtant si l’on fait l’effort de mieux faire connaissance avec eux.»

La peur de l’inconnu comme barrière principale

Sans oublier que tout ce qui est inconnu a aussi tendance à nous effrayer. «Des personnes peu confrontées de manière générale aux handicapés ne sauront pas comment agir en leur présence, indique Pierre-Alain Matile, psychiatre à Lausanne. Ils craignent parfois de ne pas avoir un comportement adéquat et imaginent que celui-ci pourrait être blessant. Ou ils auront un sentiment de rejet à leur égard, ne parvenant pas à les comprendre.

Un mécanisme qui est également à l’origine de la xénophobie et du racisme.»

On se sent alors honteux. Difficile en effet d’avouer son blocage tout en n’en connaissant pas les causes précises. «On a peur du regard de la société, poursuit le psychiatre. De la même manière qu’on éprouvera des difficultés à avouer des pensées xénophobes, on ne parlera pas de l’angoisse que l’on ressent lorsqu’un déficient mental nous parle.»

Pour favoriser le dialogue avec les handicapés mentaux, Jacques Baudat fournit quelques conseils. «Le but est de s’adapter à leurs capacités de communication. N’hésitez pas à parler plus lentement et à répéter plusieurs fois les mêmes choses si cela s’avère nécessaire.

Il faut aussi éviter les expressions trop abstraites.

Dans notre service, nous nous servons de supports visuels à la communication tels qu’images et pictogrammes que nous présentons aux patients lorsque nous conversons avec eux. Une méthode utile puisque ces derniers ont en général plus de difficultés avec le langage verbal qu’avec le visuel.»

S’intéresser à la personne comme un individu

Un dialogue qui sera encore plus facile à démarrer s’il concerne un sujet qui tient à cœur au handicapé mental:

On peut le questionner sur un aspect de son quotidien ou à propos d’une de ses passions,

ajoute le spécialiste. Certains déficients mentaux ont souvent un objet ou une activité qui retient toute leur attention. Comme les enfants ont une peluche ou un bout de tissu qu’ils emportent partout.»

Mais prenant le temps et avec l’habitude, on devient plus à l’aise en présence d’une personne handicapée mentale. A l’image des parents d’autistes qui auront moins de difficultés à entrer en contact avec d’autres enfants souffrant de la même maladie. «Les personnes handicapées mentales sont par exemple à l’aise lorsque des enfants les approchent et leur posent des questions par curiosité naturelle, ajoute Jacques Baudat. En revanche, si on les évite, ils pourront facilement interpréter notre geste comme une forme de rejet.»

De nombreuses études indiquent que la prévalence des troubles psychiatriques chez les personnes présentant des déficiences intellectuelles est trois à quatre fois plus importante que dans la population générale.

Ce risque plus élevé s’explique en particulier par leurs difficultés à communiquer, ce qui peut les plonger dans une plus grande solitude

conclut le psychiatre du CHUV. Dans notre service, nous nous efforçons d’établir un dialogue avec nos patients en mettant en place des supports visuels efficaces. Et lorsque nous y parvenons, nous observons la plupart du temps des améliorations significatives de leur handicap.»

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Keystone