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16 février 2015

Manque d’apprentis pour la rentrée 2015

Un millier de places d’apprentissage resteront vacantes en août. Parce que les effectifs dans les écoles obligatoires sont en baisse et que les meilleurs élèves privilégient la maturité gymnasiale.

Deux jeunes apprentis, un garçon et une fille, en train de réparer une voiture
L’apprentissage n’est pas toujours attrayant pour les jeunes, malgré un système bien rodé. (Photo: Keystone)

La preuve n’est plus à faire: la prospérité économique de la Suisse doit beaucoup à son système scolaire. Un système si bien rodé qu’il inspire les pays loin à la ronde. A l’image des Etats-Unis qui ont reçu en janvier dernier le ministre helvétique de l’Economie Johann Schneider-Ammann pour qu’il leur présente en détail le fameux modèle de formation professionnelle dual. Dont une partie du diplôme s’effectue en entreprise et l’autre dans une école professionnelle.

Mais la situation n’est pas si parfaite qu’il y paraît: suite à une enquête auprès des entreprises helvétiques, le quotidien alémanique Blick a calculé qu’environ 1000 places d’apprentissage resteront vacantes la rentrée prochaine, sur un total de quelque 93 000 postes. Un manque qui touche tout particulièrement les formations professionnelles les plus exigeantes.

Non pas que ces postes n’attirent aucun candidat! C’est plutôt le niveau scolaire des futurs apprentis qui est jugé comme insuffisant par les employeurs. Deux raisons à cela. Il y a d’abord l’explication démographique: le nombre de jeunes à quitter l’école obligatoire est en baisse depuis plusieurs années. Alors que dans le même temps, le nombre de places d’apprentissage a, lui, augmenté de 20% entre 2007 et 2013. L’autre raison réside dans la maturité fédérale, qui attire une proportion croissante de jeunes sortant d’école. Depuis cinq ans, les effectifs des gymnases sont en effet stables, et cela bien que les effectifs des classes de dernière année en scolarité obligatoire se réduisent…

Un problème qui touche davantage la Suisse romande. Selon l’Office fédéral de la statistique, les 15-64 ans ne sont plus que 36,3% au bénéfice d’un CFC (certificat fédéral de capacité), alors qu’ils étaient encore 45% en 1999! La filière apprentissage se maintient mieux en Suisse alémanique, où le taux de CFC est encore à 41,7%.

«IL N'Y PAS QUE LES COMPÉTENCES THÉORIQUES QUI COMPENT»

Les entreprises ne parviennent plus à engager assez d’apprentis avec un «niveau suffisant». Les élèves sont-ils devenus moins doués?

Non, il sort toujours des écoles la même proportion d’élèves avec un très bon niveau. Il est vrai en revanche que le nombre d’élèves en difficulté scolaire est en légère augmentation. Ce qui ne signifie pas que ceux-ci ne sont pas en mesure d’aller jusqu’au bout d’un apprentissage! Il arrive que des apprentis peu doués au départ finissent par s’épanouir en entreprise. Il n’y a pas que les compétences théoriques qui comptent, mais aussi les compétences pratiques et la motivation!

Les apprentissages ne sont-ils pas également plus exigeants aujourd’hui?

C’est vrai, pour certaines formations. En 2003, nous avons introduit un nouveau type de formation pour une quarantaine de professions: les attestations fédérales pratiques (AFP). Ce sont des apprentissages moins exigeants et qui ne durent que deux ans. Une solution pour que chacun ait la possibilité d’obtenir un diplôme.

Les élèves romands se tournent souvent vers la maturité fédérale...

L’explication est d’abord culturelle: les Romands prennent davantage exemple sur la France, où le bac est vu comme un passage quasi obligatoire. Ce qui pourrait expliquer qu’à Genève, par exemple, 28,4% des jeunes bénéficient d’un diplôme de type maturité gymnasiale, contre 13,4% à Saint-Gall! Ce choix est aussi à mettre en relation avec le contexte économique de la région: on optera plus souvent pour l’apprentissage dans le Jura bernois, où le marché est en grande partie tourné vers l’industrie.

Comment améliorer aujourd’hui l’attractivité des formations professionnelles?

Un travail d’information est nécessaire auprès des enseignants. Et des parents, qui inscrivent parfois de force leurs enfants au gymnase alors que ceux-ci sont attirés par une tout autre voie. Il y a ensuite le problème de familles de migrants, qui ne connaissant pas toujours assez notre système de formation. A mon avis, le personnel des offices d’orientation professionnelle, très bien formé en psychologie, manque parfois de connaissances en ce qui concerne le marché du travail helvétique.

Auteur: Alexandre Willemin