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27 avril 2015

La dernière pièce du puzzle

Ancien directeur de Sotheby’s Suisse, le Neuchâtelois Marc Michel-Amadry a pris une année sabbatique pour écrire son deuxième roman. «Monsieur K» raconte la trajectoire d’un collectionneur obsédé par le tableau manquant. Et l’acte qui pourrait enfin donner un sens à sa vie.

L'écrivain neuchâtelois Marc Michel-Amadry photo
L'écrivain neuchâtelois Marc Michel-Amadry.

Son premier livre partait d’un fait divers aussi improbable que véridique: le directeur du zoo de Gaza faisant peindre des rayures sur des ânes pour remplacer les zèbres morts de faim. A la tête alors de Sotheby’s Suisse, le Neuchâtelois Marc Michel-Amadry, après Deux zèbres sur la 30e Rue, a pris une année sabbatique pour écrire son deuxième roman. Au-delà de l’intrigue, très construite, et de faits réels donnant une image assez noire du monde de l’art et des collectionneurs, le romancier avoue avoir voulu, avec Monsieur K, faire passer une idée.

Celle de rédemption. L’idée que chacun, quel que soit son parcours et même dans les passages les plus difficiles, est capable de trouver une voie de sortie,

qui permette d’être fier de soi, de trouver la force de remettre sa vie à l’endroit et de lui donner un sens. Je crois beaucoup à cela.»

Comme il croit au hasard, aux rencontres de personnes qui n’étaient pas faites pour se rencontrer. «Nos vies sont parfois influencées par des gens qui ne font pas partie de notre monde personnel. Si on ne faisait que du mimétisme en permanence, on n’avancerait pas, on ne sortirait pas de nos zones de confort.»

C’est ainsi qu’il y a quelques années, dans un hôtel new-yorkais fondé par un émigré corse, Marc Michel-Amadry fait la connaissance d’une liftière «fière de son métier et avec laquelle j’ai partagé quelques allers et retours en ascenseur en me disant que ce personnage serait un bon sujet de film ou de livre».


Pari tenu: cette femme sera la rencontre improbable, le détonateur qui sauvera le personnage principal, collectionneur richissime auquel ne manque qu’un Schiele pour mourir en paix et la force d’expier l’origine infamante de sa richesse.

Lui dans sa bulle, confronté à un univers où les gens sont très complaisants à cause de la puissance que lui confère sa fortune,

seule une personne très loin de cet univers pouvait lui donner les clefs pour réaliser sa rédemption.»

Des vies dédiées à l’art

Marc Michel-Amadry se défend d’avoir voulu dresser un portrait à charge des milieux de l’art: «Comme dans la finance ou l’industrie vous y trouverez des caractères qui vont dans les extrêmes, mais ce n’est pas la règle.» Lui garde un excellent souvenir de son passage à Sotheby’s, évoque un univers «où les gens dédient leur vie à l’art». Certes, concède-t-il, «les enjeux financiers peuvent être importants, mais c’est la passion qui domine, et cela reste un monde magique».

Une passion qui peut tourner, dans le cas des collectionneurs, à la méchante fixation: «Ils sont perpétuellement en chasse, parlent de «trophée», ça peut devenir obsessionnel.» Marc Michel-Amadry ne cache pas néanmoins une certaine admiration:

Ce sont des gens qui poussent tellement loin la connaissance de l’art,

ils connaissent tellement bien chaque nuance, chaque évènement, chaque acteur du milieu, que cela en fait des personnages très pointus, exigeants.»

Un milieu qui pourtant n’échappe pas à la vanité: «C’est vrai, surtout avec l’impressionnisme. Revendiquer l’achat de tel tableau pouvait faire partie de la construction d’un personnage. C’est moins vrai aujourd’hui. Les gens préfèrent ne pas trop attirer l’attention. C’est pour cela qu’à côté des ventes aux enchères, les ventes privées sont en pleine croissance.»

On apprendra entre autres qu’un grand collectionneur se reconnaît à la cohérence et à l’équilibre de sa collection: «Il ne suffit pas d’avoir un Picasso. Il faut encore que cela soit un très bon Picasso.» Fils, petit-fils et arrière-petit-fils d’horloger, Marc Michel-Amadry se félicite d’avoir eu une mère qui l’a emmené très tôt dans les musées: «Des visites dont le souvenir est encore très vivace aujourd’hui. Je me suis promis de faire la même chose avec mes enfants.»

Texte © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: François Wavre / Rezo