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10 septembre 2016

Mario Botta en huit mots-clefs

L’architecture sacrée, Le Corbusier, l’enseignement, etc.: Mario Botta décoche ses bons mots.

Mario Botta
Mario Botta devant le chantier du Monte Generoso (TI), enveloppé dans le brouillard.

Mario Botta et…

…un rêve: «Je rêve de construire un couvent car il s’agit d’une ville totale, idéale, dans laquelle les habitants vivent, travaillent, dorment, consomment. Pour un architecte, c’est le top. Malheureusement, il me manque la matière première: les moines.»

…les architectes suisses: «Ce n’est pas un hasard si la Suisse a une tradition de bons architectes. Cela est dû à notre rapport à la nature qui, comme dans les pays nordiques, nous obligent à bien construire. Le climat sévère conditionne le bâti.»

…Le Corbusier: «J’ai commencé dans son atelier en 1965. C’est l’Einstein de l’architecture, un monstre de la pensée. De ses premières maisons à La Chaux-de-Fonds à son église de Ronchamp, son parcours est impressionnant. De plus, il a toujours su donner des réponses architecturales à l’évolution de la société. Il était vraiment synchrone avec son temps.»

…l’architecture sacrée: «J’ai bâti beaucoup d’églises et suis actuellement en train de construire ma première mosquée. Le besoin de sacré est universel, et au final on imagine des espaces de prières, de retraite et de méditation. Faut-il être croyant pour faire cela? J’ai bâti des banques sans être banquier. J’ai modernisé la Scala de Milan (site en italien) sans être un fan d’opéra. Pour construire une église, il faut croire dans l’architecture.»

…l’enseignement: «J’aime beaucoup enseigner à l’Académie de Mendrisio (site en italien et anglais). J’y apprends beaucoup de choses en tant que professeur. Pour moi, l’école est là pour poser des problèmes, pas pour donner des solutions.»

…son meilleur projet: «Mon meilleur projet , c’est toujours le prochain. Construire est un acte intense sur le moment. Ensuite, j’ai tendance à oublier ce que j’ai fait.»

…et la postérité: «Rien n’est éternel, et la culture contemporaines ne restera pas. Cela est dû avant tout aux matériaux. Alors bien sûr, j’aimerais que mes créations perdurent, mais je sais qu’elles seront peut-être détruites dans cinquante ans.»

…le temps qui passe: «Aujourd’hui, le temps semble s’accélérer et il faut donner des plans le plus vite possible. Au risque que l’architecture ne tombe dans la caricature.»

Texte © Migros Magazine – Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Claudio Bader