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16 février 2015

Marrakech, ville de contrastes

En sus de ses charmes traditionnels, la métropole marocaine attire de plus en plus les touristes en distillant un parfum de luxe. Visite d’une cité qui n’en a pas fini de dévoiler ses disparates secrets.

L'hôtel Selman photo.
L'hôtel Selman. (Photo: Selman phaute-produits)

On la connaît surtout pour ses souks, sa place Jemaa El Fna, sa médina. La couleur ocre de ses façades, les saveurs subtiles de ses tajines, l’appel dépaysant de son muezzin. Mais au-delà de ses attraits traditionnels et millénaires – qui valent à eux seuls le détour – Marrakech s’impose de plus en plus comme une ville glamour, luxueuse parfois, accueillant même des manifestations de portée mondiale comme le Festival international du film en décembre, durant lequel toute la cité respire un petit parfum de Cannes. Une ville de contrastes donc, où il n’est pas inhabituel, au détour d’une étroite ruelle ne payant pas de mine, de pénétrer dans un riad somptueux, reconverti en restaurant ou en hôtel de charme.

Cette richesse disparate a d’ailleurs valu à la métropole marocaine la sixième place au classement 2014 de Trip Advisor des meilleures destinations de voyage, devant... Paris et New York!

Il s’opère ici une forme d’alchimie»,

assure Abderrafie Zouiten, directeur de l’Office national marocain du tourisme. Et de rappeler que, déjà dans les années 30, Winston Churchill était tombé amoureux de la cité et a depuis donné son nom à l’une des suites les plus luxueuses de la mythique Mamounia.

Le jardin Majorelle.
Le jardin Majorelle. (Photo: Getty Images)

Il y en a donc, à Marrakech, pour tous les goûts. On commencera par le traditionnel, par la médina, aux murs d’enceinte, ocre bien sûr (une couleur imposée par la loi pour assurer une certaine unité, nous explique notre guide Mokhtar, et pour absorber la lumière trop vive du soleil), jalonnés de creux où se nichent des pigeons. «Le souvenir des anciens échafaudages, poursuit Mokhtar. Les trous n’ont pas été colmatés pour assurer l’aération des parois et éviter ainsi les fissures.» Rapidement, en franchissant ces murs érigés au XIe siècle, on aperçoit un autre symbole de la ville, la mosquée Koutoubia et son minaret, haut de 69 mètres et jumeau de la Giralda à Séville.

Regardez son clocher, avec ses quatre boules de cuivre doré: la plus petite, au sommet, aurait été offerte par la femme d’un calife pour se racheter d’avoir mangé un grain de raisin durant le ramadan.»

Entre souks animés et riads luxueux

Nous voilà bientôt sur l’animée place Jemaa El Fna, où charmeurs de singes et de serpents, marchands de cuir et tatoueuses au henné rivalisent d’inventivité pour attirer le chaland. Porte d’entrée sur les souks, la place grouille de touristes et de Marocains, qui sirotent un café à l’une des terrasses – à fréquentation fort masculine – des alentours. L’âme de la ville, elle est ici. Et plus encore dans le dédale des marchés. Tannerie, teinturerie, ferronnerie: les différents corps de métiers se regroupent dans les multiples allées. Si le matin de bonne heure les souks appartiennent encore aux locaux, l’après-midi les visiteurs étrangers se succèdent dans les échoppes.

Devant sa boutique, un homme nous interpelle: «Gazelles!» D’un geste vif et habile, il confectionne en quelques secondes un pendentif qu’il nous offre, tandis que son collègue nous attire dans son magasin. Cela fait partie du jeu. De même que l’art de marchander...

Un charmeur de serpents. (Photo: Getty Images)

Mais Marrakech, c’est aussi, à chaque coin de rue, le luxe caché des riads, ces maisons ou palais traditionnels s’articulant autour d’un patio, et déclinant sous toutes leurs formes les éléments clés de l’architecture arabo-andalouse: le stuc – un mélange de plâtre et de marbre que l’on cisèle finement avant qu’il ne durcisse – la marqueterie et la mosaïque, dont les vives couleurs proviennent du safran, de la menthe, du coquelicot. C’est aussi la ville qui s’est étendue au-delà de la médina, sous le protectorat français, explique Mokhtar, formant les quartiers plus huppés de la Palmeraie et de l’Hivernage.

Non loin de là justement, le jardin Majorelle témoigne également du passé (et du présent!) glamour de la cité. En 1931, le peintre français Jacques Majorelle, notamment connu pour le bleu outremer qu’il a créé, a fondé ce jardin botanique qui regroupe aujourd’hui plus de 300 espèces végétales du monde entier. Véritable havre de verdure et de paix situé à quelques encablures de la médina, c’est aussi un lieu de pèlerinage pour tous les amoureux de la mode: en effet, il abrite également, entre les imposants washingtonias (palmiers pouvant atteindre jusqu’à 25 mètres de hauteur) un mémorial érigé à la gloire d’Yves Saint Laurent. Le célèbre couturier avait en effet racheté le jardin en 1980 avec son compagnon Pierre Bergé.

Enfin, celui qui cherche à Marrakech le luxe absolu trouvera son bonheur dans l’un des nombreux hôtels qui ont fleuri ces dernières années. Ouvert en 2012, le Selman a des allures de palais. Et si votre porte-monnaie ne vous autorise pas à vous offrir une chambre dans ce 5 étoiles comprenant aussi un haras, un spa, ainsi que des riads particuliers, un repas au Pavillon, l’un des cinq(!) restaurants du complexe, vous permettra de vous imprégner de l’atmosphère magique de ces lieux. Avec en prime, en hiver, une vue sur l’Atlas enneigé.

Auteur: Tania Araman