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12 octobre 2015

Marre des changements d’heure?

Le 25 octobre prochain, il faudra reculer nos montres. La valse saisonnière des horloges en perturbe plus d’un. Même si le passage à l’heure d’hiver se révélerait moins traumatisant que son homologue estival, autant essayer d’atténuer ce «chrono-choc».

horloges dans un parc
L'heure d'été a ses partisans comme ses opposants... (photo Keystone)

Aux abris, revoilà l’heure d’hiver! Ce sera pour le 25 octobre. A peine le temps d’avoir digéré le passage à l’heure d’été . Introduit en Suisse en 1981, le changement d’heure avait pour but des économies d’énergie – qui n’ont pas vraiment été atteintes. On utilise certes moins l’éclairage nocturne, mais davantage le chauffage les matins de printemps et d’automne, pour une somme donc à peu près nulle.

Impossible pourtant de revenir en arrière, d’en rester à l’heure normale, l’heure d’hiver donc, à moins de vouloir se retrouver dans un espace temporel solitaire au cœur de l’Europe. Il faut donc prendre son parti de ce double changement annuel d’heure. Que tous ne supportent pas avec la même indifférence. L’heure d’été compte de nombreux partisans – ah traîner en terrasse jusqu’à plus soif tout en profitant encore de la lumière du jour.

L’heure d’hiver a ses défenseurs: les paysans et leurs vaches, pour qui le temps de la traite ne se décrète pas par un fonctionnaire, fût-il préposé aux pendules. Ainsi que tous ceux qui ressentent dans leur chair, en période estivale, le fait de devoir se lever une heure plus tôt que d’habitude.

Au final, de nombreuses personnes ont l’impression que leur horloge interne est perturbée par les changements d’heure. Lesquels peuvent occasionner maux de tête, insomnies et fatigues. Avec des impacts sur l’humeur, la capacité de travail, l’appétit. La bonne nouvelle, c’est que le passage à l’heure d’hiver serait moins perturbant que son homologue estival. La mauvaise, que la période coïncide souvent avec le début de la déprime hivernale.

Giorgio Michalopoulos, psychiatre aux HUG.

Giorgio Michalopoulos, psychiatre aux HUG .

Les changements d’heure peuvent-ils avoir un effet important et réel sur le psychisme et l’humeur?

Davantage que le changement d’heure proprement dit, ce sont plutôt les changements de luminosité, la perte des heures de lumière diurne qui agit. Le fait que nous entrions dans une saison où le nombre d’heures de lumière par jour diminue, c’est cela qui peut avoir un impact sur le psychisme. Le changement d’heure qui intervient dans quelques jours va contribuer au fait qu’on soit moins exposé à la lumière en fin de journée. Mais d’un autre côté il va augmenter aussi la lumière du matin, ce qui est plutôt une bonne chose pour l’humeur. C’est d’ailleurs sur ce principe que se base la luminothérapie : exposer les gens à la lumière le matin.

Pourtant, c’est bien à cette période qu’apparaît le phénomène dit des dépressions hivernales...

Ce n’est pas le fait que la nuit tombe plus vite qui provoque la dépression hivernale, c’est le fait que sur vingt-quatre heures on dispose de moins de lumière, peu importe finalement que la nuit tombe à 7 heures, 6 heures ou 5 heures.

Pourquoi le rôle de la lumière est-il si important pour notre état mental et nos rythmes biologiques?

La luminosité influence un centre cérébral qui s’appelle le noyau suprachiasmatique qui est un peu notre horloge interne, ou plutôt le maître de toutes nos horloges internes, puisqu’il règle plusieurs de nos rythmes, y compris le rythme sommeil-éveil. Toutes nos activités sont en effet rythmées par des cycles plus ou moins longs. La tension artérielle par exemple, tout comme l’activité intestinale connaissent dans la journée des moments où elles sont au plus haut et des moments où elles sont au plus bas. Le noyau suprachiasmatique joue le rôle de coordinateur central de toutes ces activités sur un rythme de vingt-quatre heures et il se trouve qu’il est fortement influencé par la luminosité. D’où le rôle essentiel de la lumière dans les rythmes de notre corps, mais aussi sur le moral. Le moral connaît aussi un rythme d’environ vingt-quatre heures avec une tendance à être perturbé quand la lumière diminue.

Cela peut-il expliquer que les ventes de somnifères augmentent singulièrement à chaque changement d’heure?

C’est difficile à dire. Il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu dans la prescription de somnifères – la pression sociale, le rythme de travail, etc.– que c’est impossible d’en isoler un seul. On peut faire une hypothèse incriminant le changement d’heure, mais on ne pourra jamais la démontrer.

En dehors de la luminothérapie, que préconisez-vous pour passer le cap des jours redevenus sombres et de la déprime qu’ils peuvent entraîner?

Certains antidépresseurs marchent assez bien. Si on ne veut pas faire une luminothérapie en s’exposant à une lampe, ou si on ne veut pas acheter une lampe, la règle reste toujours valable de s’exposer à de la lumière naturelle le matin, même s’il n’y a pas de la lumière tout de suite. Ce qui se passe souvent, c’est que, quand les gens partent de la maison, il fait nuit et ils se retrouvent dans un bureau où l’intensité lumineuse est globalement nettement moins forte que la luminosité naturelle, même dans des jours d’automne ou d’hiver.

En tant que praticien, seriez-vous favorable à la suppression du changement d’heure?

Même si, à titre personnel, je serais plutôt pour la suppression, d’un point de vue médical, ça m’est plutôt indifférent puisque je ne pense pas que le problème soit le changement d’heure, mais, comme je l’ai dit, la baisse de la luminosité, baisse qui est un fait contre lequel on ne peut rien et qui existe indépendamment de l’heure légale.

Auteur: Laurent Nicolet