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2 novembre 2014

Centenaire de rien

La chronique de Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

martina chyba, journaliste et productrice à la RTS

Connaissez-vous Monsieur Hidekichi Miyazaki. Non? Vous avez tort. Car il s’agit d’un recordman du monde de sprint. Du 100 mètres plat même. Petite précision, il le court en 29,83 secondes, et il a… 103 ans. Et concourt donc dans la catégorie des plus de 100 ans. La performance a été réalisée aux derniers championnats organisés par la Fédération japonaise d’athlétisme senior. Je vous recommande la vidéo ci-dessous, c’est dément. Ce qui n’est pas le cas de notre champion qui, lui, a l’air d’avoir toute sa tête, posée sur un corps de 1 mètre 53 et 42 kilos. Monsieur Miyazaki a commencé la compétition en course à pied un peu tard, à 92 ans, sinon il ferait mieux. Et demande que l’on crée une catégorie 105 à 109 ans… hahahaha (pardon c’est nerveux).

ça, c’est le côté funky des hordes de centenaires qui déferlent sur notre époque formidable. Mais il y a des côtés moins funky:

- Notre système d’assurance-vieillesse a été imaginé quand les gens avaient la décence de mourir dix ans après la retraite. Aujourd’hui, de nombreuses personnes vivent trente ou quarante ans après la retraite, soit parfois le même nombre d’années qu’elles ont travaillé. Vertigineux.

- Les questions d’héritage. Tous les notaires vous le disent dans un langage plus administratif que le mien: c’est la mouise. Avant, on héritait. Aujourd’hui, on n’hérite plus avant 70 ans, car les parents sont toujours là. Pas de problème me direz-vous, ça saute une génération et se transmet directement aux petits-enfants. Erreur! Car les dernières années de vie dans les EMS où on facture 5 francs chaque sparadrap coûtent une fortune et tant que vous en avez, de la fortune, c’est là qu’on prend.

- Un directeur d’EMS me disait l’autre jour: «On commence à avoir deux générations de la même famille dans certains établissements.» Une femme s’interrogeait dans un récent reportage: «Si je vis jusqu’à 100 ans, mes fils en auront 75, ça fait bizarre.» Bizarre, c’est le prénom. Vous visualisez la chose? Finir en maison de retraite avec maman dans la chambre d’à côté qui vous dit: «Tu finis tes légumes s’il te plaît!» alors que vous avez 80 ans? Aaargh.

Comme dit une bonne copine quand elle résume le monde: ça fout les jetons. Mais c’est la réalité les amis, et il faut absolument qu’on y réfléchisse. Avec les quelques neurones qui nous restent avant Alzheimer.

© Migros Magazine - Martina Chyba
Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Martina Chyba