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12 mai 2014

Festival de connes 3

Martina Chyba jette un regard acéré sur les actrices du Festival de Cannes.

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Oyez! Oyez! braves gens du peuple laborieux, voici revenu le temps béni du plus grand festival de glamouritude et de cinémâââââ. L’occasion une fois de plus de voir à l’œuvre nos amies les actrices, entre deux publicités pour un shampooing colorant ou une crème anti-rides.

Et pourtant, elles les aiment hein, leurs rides, elles n’arrêtent pas de dire «j’aime mes rides, elles racontent mon histoire, je n’ai pas peur de l’âge, je me réjouis d’avoir 50 ans». On en reparlera cocotte quand tu les auras tes 50 ans et que tu te rueras sur les deux outils indispensables à la comédienne pré-ménopausée moderne: la chirurgie esthétique et Photoshop.

Donc, nos copines, on va les voir défiler sur le red carpet toutes lavées, repassées, recousues, avec des scotchs derrière les oreilles et sous les seins et des milliers d’épingles sur la robe et dans les cheveux pour faire tenir la pièce montée.

Et préparez-vous à un grand festival de platitudes qui sont en fait des «éléments de langage» comme on dit, dictés par les attachés de presse. Les dernières tendances? Oh ça fait toujours bien de dire qu’on est écolo et qu’on sirote des smoothies d’épinards bio au petit-déjeuner en trempant ses cheveux dans l’huile d’olive (avant d’aller tourner une pub pour un sac à main en croco dont le prix de vente permettrait à un pays africain d’éponger sa dette, de minauder devant les photographes avec des diamants extraits des mines par des enfants esclaves, puis d’aller se relaxer dans le jacuzzi qui nécessite au minimum 4000 kWh/an pour être chauffé).

Ça fait bien aussi de dire «je ne parle pas de ma privée». C’est bête, c’est la seule chose qui nous intéresse. Le top c’est «tout va bien dans mon couple, il ne faut pas écouter une certaine presse» et le communiqué qui sort six mois plus tard: «Nous nous séparons mais nous restons les meilleurs amis du monde.»

Enfin, ça fait bien de dire que l’on «casse son image». Oui il y a quelques années elles nous disaient tout le temps qu’elles se «mettaient en danger» (ha, ha), maintenant elles «cassent leur image» les pauvres chéries. La plupart du temps on n’avait pourtant même pas remarqué qu’elles en avaient une. Dans notre monde merveilleux, il y a ceux qui cassent les pieds, ceux qui cassent les oreilles et ceux qui cassent leur image. Les actrices réussissent le tour de force de faire les trois à la fois. Respect.

© Migros Magazine – Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba