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8 juin 2015

Hipster de rien

En quelques petits millions d’années, on est passés du Cro Magnon au hipster trop mignon. Pour ceux qui ne le savent pas, le hipster est le dandy des années 2010 et se caractérise par un système pileux développé sur le visage, des tatouages sur le reste du corps et des tenues vestimentaires à la pointe de la fashion, par exemple une chemise en jeans assortie d'un nœud papillon. Vous situez? Bien.

Martina Chyba photo
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Pour nous, les vieux nés pendant les trente glorieuses, la barbe c’était les hommes préhistoriques ou les hippies de Woodstock, la moustache c’était Hercule Poirot ou Staline et les cheveux rasés sur la nuque c’était l’armée ou les skinheads. Or, force est de constater qu’aujourd’hui, un vrai hipster réalise l’exploit d’arborer les trois en même temps. Le tout hyper-soigné, sophistiqué, entretenu avec la même maniaquerie que le gazon de Wimbledon.

A ce stade, vous vous dites «pfff», en quoi cela peut-il bien me concerner? Vous avez peut-être eu comme moi les cheveux jusqu’aux fesses dans les années 70, puis la coupe mulet dans les années 80, puis la permanente décolorée, le lissé brésilien, la teinture pour cacher les premiers cheveux blancs et maintenant vous êtes juste content d’avoir encore des cheveux.

Mais un jour, votre fils ado adoré débarque, en vous disant: «J’ai pris rendez-vous chez la coiffeuse Elisabeth pour mardi.» «Ah bon? Mais tu y es allé il y a à peine un mois!» «Oui mais ça a repoussé et la coupe n’est plus bien.» La coupe en l’occurrence, c’est la fameuse undercut, qu’ils ont tous, rasé sur les côtés et derrière et un peu long sur le dessus, vous savez la même que Ralph Fiennes qui joue le directeur du camp de concentration dans La Liste de Schindler. Quand il est arrivé coiffé comme ça pour la première fois (mon fils donc, pas Ralph Fiennes… bon j’aurais pas dit non…), j’ai fait «Gloups ça fait un peu Troisième Reich ton truc.» Cela a donné lieu à une discussion animée sur l’histoire, la mode et le fait qu’aux jeunes d’aujourd’hui ça leur plaît et que ça n’a rien à voir. Mais ce n’était qu’un début. Revenons au rendez-vous chez Elisabeth. Cette fois-là, comme coupe il voulait, je cite, «une disconnected Pompadour». Alors là. Moi qui pensais être correctement informée sur les nouvelles tendances tout ça, j’ai dû aller chercher dans Google images… et c’est vrai, ça existe.

Finalement, j’ai donné les 35 francs (+ 10 francs pour le gel, of course) de bon cœur en demandant d’essayer de faire quand même en sorte que ça tienne jusqu’aux vacances. Nous, pour faire schmire nos parents, on se coiffait punk avec des épingles à nourrice dans le nez, c’était quand même plus trash. Et puis la coupe undercut de nos jeunes mâles, c’est leur liberté. Ils peuvent se coiffer comme ils veulent et porter la barbe seulement s’ils en ont envie. Il y a malheureusement beaucoup d’endroits où ce n’est pas le cas.

Texte © Migros Magazine – Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba