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30 mars 2015

Mauvais genre

Jusqu’à présent, nous nous répartissions dans un truc binaire et simple datant du début de l’humanité: d’un côté ce que l’on appelle des hommes, avec des zizis, et de l’autre ce que l’on appelle des femmes, sans zizi, mais avec tout ce qu’il faut à l’intérieur.

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Eh bien, en 2015, trois millions d’années environ après l’apparition des Homo très très Sapiens que nous sommes, on rebat les cartes. Il y a désormais Monsieur, Madame, et euh… divers. Ou neutre. Ou transgenre. Voire en anglais «a-gender», sans genre. On résume: l’Australie reconnaît désormais officiellement un troisième sexe, le «genre neutre». L’Allemagne et le Népal autorisent leurs ressortissants à inscrire un X dans la case «sexe» du passeport. L’Allemagne a effectué un pas supplémentaire en autorisant les bébés nés sans être clairement identifiés comme garçon ou fille à être enregistrés sans indication de sexe, une première en Europe. Les toilettes dites «unisex» se multiplient dans les pays anglo-saxons.

Cela signifie que tout le monde va faire pipi au même endroit sans faire sa chochotte, cela pour abolir, je cite, «la ségrégation urinaire» et éviter que des personnes de sexe indéterminé ne se sentent mal à l’aise.

A Londres, grande première ces jours, le célèbre magasin Selfridges ouvre un département «Agender»: trois étages de mode «neutre». En Suède dans certaines crèches, on donne aux enfants le pronom neutre «hen», au lieu de «il» ou «elle» afin de ne pas les conditionner dans un sexe.

Ah là là, qu’elle semble lointaine l’époque à laquelle on était choqué par un homme aux cheveux longs. Aujourd’hui, il y a des hommes avec un zizi et des seins et une barbe (généralement ils gagnent l’Eurovision), il y a des femmes sans zizi avec des seins et une barbe, il y a des top models hommes qui défilent chez les femmes sans qu’on le remarque, il y a des hommes qui se transforment en femme et des femmes qui se transforment en homme, des fois complètement, des fois pas. Il y a ceux qui se travestissent en homme ou en femme et ne se transforment pas. Il y a les intersexuels qui naissent avec deux sexes et qui désormais attendent leur majorité civile pour en choisir un. Et il y a ceux ou celles qui ne savent pas et qui ne veulent pas ou ne peuvent pas choisir. Et il y a la fille d’Angelina Jolie et de Brad Pitt qui veut être un garçon.

Bref c’est le bordel. On n’est plus deux mais trois. Pour ceux qui ont bien suivi leurs cours d’allemand avec «Wir sprechen Deutsch», c’est comme s’il y avait désormais des humains «der», «die» et «das». On va s’habituer à l’idée et un jour, ce sera aussi peu surprenant que de faire un enfant hors mariage, de divorcer, de fabriquer un bébé en éprouvette ou de voter quand on est une femme, ce qui était épouvantable il n’y a pas si longtemps. Des tas de gens trouvent ça affreux et dégénéré et décadent et la fin de la famille et tout. Moi qui suis une femme (aux dernières nouvelles) j’avoue que ça ne me choque pas plus que ça. Pas mon genre. Et finalement le seul genre indispensable, c’est le genre tolérant. Non?

Texte © Migros Magazine – Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba