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29 septembre 2014

Meilleurs vieux

La chronique de Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Martina Chyba,
journaliste et productrice à la RTS
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS

J’ai foiré pas mal de choses dans ma vie. Mais pas mes gosses. J’ai désormais deux ados qui deviendront à n’en pas douter des citoyens respectables et épanouis qui feront le bonheur autour d’eux et paieront leurs impôts. Amen.

Mon fils de 14 ans par exemple travaille très bien à l’école, va à son club de sport trois fois par semaine, met la table si on le lui demande assez fort et est généralement lavé, repassé, correctement habillé (on ne voit pas l’intégralité de son slip, c’est dire), le cheveu impeccablement coupé, du déo sous les bras et même pas un bouton sur le nez (c’est vrai en plus).

Eh bien, dans chaque magasin, boulangerie, stand de glaces, supermarché ou autre endroit où il y a une file d’attente, les personnes (beaucoup) plus âgées le traitent comme un délinquant. Il faut dire que, mon Dieu quelle horreur, il lui arrive de mettre une casquette.

Donc, on lui passe devant, on lui jette des regards noirs et on grommelle. L’autre jour une vieille dame l’a court-circuité brutalement et mon jeune homme s’est permis de dire: «Excusez-moi Madame, mais j’étais là avant vous», ce qui lui a valu toute la bordée habituelle du «les jeunes ne sont plus ce qu’ils étaient, mal élevés gna gna gna une bonne guerre et tout». Evidemment pas une vendeuse ou un adulte pour le défendre, ici les vieux sont sacrés, car ce sont eux qui dépensent et eux qui votent.

Le pire du pire, c’est que mon fils possède une trottinette pour aller à l’athlétisme.

Ouh là là… il se promènerait dans la rue avec une kalachnikov, il aurait moins de remarques, le pauvre. Précisons qu’il n’a pourtant jamais effleuré personne…

Cela me rappelle un jour lointain où j’allais au musée avec mes deux petits sages comme des images, un dans chaque main. J’avais à peine franchi la porte qu’un employé m’a apostrophée: «Je vous préviens, on ne veut pas de bruit ici. Et les sacs à dos sont interdits.» Je me souviens de ce que j’avais répondu: «Soyez content qu’il y ait encore des personnes de moins de 90 ans qui s’intéressent à votre établissement. Sinon, entre les visiteurs et les gardiens qui dorment, ça ferait trop de momies dans ce musée!»

Moi qui suis en train de vieillir méchamment aussi, je vais essayer de me souvenir d’un truc quand je croise un gamin en skateboard: dans ce merveilleux pays, c’est grâce au renouvellement des générations qu’on touche notre AVS.

© Migros Magazine – Martina Chyba

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Martina Chyba