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7 avril 2014

Mon ongle d'Amérique

Lorsque Martina Chyba se rend chez une styliste ongulaire…

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Vous aimez les bars? Ça tombe bien, il y en a de plus en plus. Pas les bars où on peut boire des mojitos hein… les bars où on peut se faire faire les ongles. Cela s’appelle des nail bars, et cela vient des Etats-Unis.

Ma copine qui vit là-bas depuis longtemps me dit toujours: les Américaines sont capables de sortir en vieux short et en schlaps, pas lavées, pas repassées, pas épilées, mais elles préféreraient être découpées en rondelles plutôt que de mettre un pied (ou plutôt une main) dehors sans manucure.

Et voilà, c’est arrivé près de chez nous. Résultat: toutes les créatures de sexe féminin à part moi ont les ongles (par)faits. Il y a celles qui optent pour le classique french. Il y a celles qui choisissent le nude, couleur discrètement chair, genre j’ai l’air de ne pas y toucher mais en fait je m’entretiens à mort. Et il y a celles qui se font poser des machins très longs à bouts carrés, avec des dessins hyper- sophistiqués et même des petits diamants incrustés. Parfois c’est tellement distingué qu’à côté, les actrices porno font très Downtown Abbey, vous voyez le genre.

Et figurez-vous qu’il existe même des championnats du monde de nail art. Je vous jure. Cette année, ce sont des Suissesses qui ont gagné. J’ai vu une photo. La fille aux ongles victorieux avait tellement de matériel sur les doigts qu’elle ressemblait à Edward aux mains d’argent.

Cette obsession de l’esthétique digitale n’est sans doute pas sans rapport avec les écrans tactiles qui font que nous avons tout le temps nos doigts devant les yeux. Alors je pose une question: que font celles qui (suivez mon regard) ont des mains de paysanne finissant par des espèces de moignons? Et celles qui n’ont jamais dépassé le stade freudien dit oral et qui, au lieu de ronger leur frein, ce qui a l’avantage de ne pas se voir, rongent leurs ongles? Jusqu’au sang? En tirant les petites peaux comme des lambeaux même quand ça fait si mal?

Moi aussi je veux être superficielle et ressembler à un canard laqué. Alors j’y suis allée au bar, les mains dans les poches. Et j’ai demandé une pédicure. J’ai choisi un vernis gris brillant permanent. Et vous savez quoi? C’est le pied.

© Migros Magazine – Martina Chyba

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Martina Chyba