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14 mars 2016

Sites de rencontres: mythique!

La chronique de Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS photo
La chronique de Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Une soirée avec de nombreux célibataires de mon âge, donc pas de toute première fraîcheur. Une fois qu’on a parlé divorce, boulot, ados, parents vieillissants et coloscopie, on a parlé de quoi? De sites de rencontres. Et là, dialogue suivant: Les potes: «Quoiiiiii? Tu n’es jamais allée sur un site de rencontres?» Moi: «Ben non.» Les potes: «T’as jamais été faire un tour?» Moi: «Ben non.» Les potes: «On va te montrer t’es d’accord?» Moi: «Ben oui.» C’est mon job de me renseigner sur les questions de société après tout. Donc, j’ai vu. Tant qu’à faire, ils m’ont fait visiter la catégorie des hommes de mon âge, on ne sait jamais. Alors on découvre dans l’ordre:

Les photos. Avec les milliers d’images et de selfies qu’on prend chaque jour, les gens arrivent à mettre les plus moches, c’est dingue. Joues rouges, visage luisant, tête de serial killer, torse nu (au secours), en train de manger (au secours bis) ou même avec une autre nana hahaha.

Les descriptifs. Déjà, même avec la nouvelle orthographe, il y en a 75% qui ne passeraient pas la dictée pour le concours d’entrée dans la police. Ça calme. Mais ils sont tous «agréables à regarder», ils ont tous bac + quelque chose, ils ont tous 49 ans et pas 50, c’est comme les produits à Fr. 19.95 dans les magasins, il doit y avoir une barrière psychologique. Ils sont tous attentionnés, TRÈS romantiques, intéressés par les expos, la culture, la musique, la cuisine, le sport et les voyages. A se demander pourquoi ils sont seuls finalement.

La recherche. Ils veulent TOUS une femme plus jeune qu’eux, genre d’au moins 5 à 10 ans, «féminine» (donc qui met des dessous sexy et des jupes), «conciliante» (donc qui ferme sa gueule et qui ne dira pas non à faire la lessive), «pas prise de tête» (donc qui ne ramènera pas ses états d’âme ou, pire, son intelligence dans les ébats et débats sur l’oreiller). Ah oui et ils ne répondent pas aux annonces sans photo (donc la beauté intérieure dont ils parlent plus haut pfuit!).

Bref, il y a sûrement des tas de gens très bien, mais c’est dur à savoir. Et en plus il faut payer. D’où le dialogue de fin: Les potes: «Tu savais pas que c’était payant?» Moi: «Ben non.» Les potes: «Attends on va te montrer Tinder, c’est un peu plus pour le cul.» Moi: «Ben non, j’ai largement de quoi écrire mon billet les amis, merci.» Et après, une verveine et au lit.

Texte © Migros Magazine – Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba