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28 novembre 2016

La jeune présidente du Conseil du Jura bernois (CJB)

A tout juste 25 ans, Maurane Riesen est la première femmeà la tête du CJB. Une présidence bien particulière pour la socialiste autonomiste puisqu’elle sera marquée en juin prochain par la votation de Moutier (BE) sur son appartenance cantonale.

Maurane Riesen souriante, dans un paysage automnal
Très attachée à sa région, Maurane Riesen a été nomméece printemps à la tête du CJB.

Sur la terrasse du très réputé Hôtel-Restaurant du Cerf, à Sonceboz (BE), Maurane Riesen est déjà en interview avec un confrère journaliste. Elle nous rejoindra quelques minutes plus tard, s’excusant du léger retard sur le planning. C’est que la nouvelle présidente du Conseil du Jura bernois (CJB) a l’ambition d’accroître la portée médiatique de cette institution, mise en place par le canton de Berne en 2006 pour permettre aux francophones de faire entendre leur voix politique.

Actuellement, nos séances plénières se tiennent à huis clos. Mais je vais proposer prochainement de les ouvrir aux médias et au public»,

annonce, sûre d’elle, la biologiste doctorante en épidémiologie à l’Université de Berne.

La jeune politicienne a été élue au CJB en 2013. En accédant à la présidence en juin dernier, elle est aujourd’hui la plus jeune membre et la première femme à accéder à cette fonction.

Avant d’être active en politique, je ne me rendais pas compte à quel point ce milieu reste très masculin,

confie-t-elle en dégustant son cappuccino. Il y a encore beaucoup à faire pour parvenir à une véritable égalité et pour inciter d’autres femmes à s’engager en politique.»

Une biographie particulière

Les particularités, Maurane Riesen semble les collectionner, elle qui a été élue sous les couleurs du Parti socialiste autonome du Jura-Sud, alors même que la jeune femme a grandi dans une famille où l’on parlait suisse allemand. «Les parents de ma mère ont quitté l’Italie pour Berne. Mon père, pasteur, est lui issu d’une famille suisse alémanique, mais a grandi à Delémont.»

Des origines métissées qui lui ont permis de se forger un avis «plus pragmatique» sur la Question jurassienne:

La vision fermée du combat jurassien, je m’en fiche. Je suis convaincue que l’on peut se battre pour son identité tout en restant ouvert à ses voisins,

explique l’habitante de Sonceboz depuis l’âge de 3 ans. A l’image du canton du Jura qui multiplie les collaborations, y compris avec des régions de Suisse alémanique.»

C’est à la veille de la votation du 24 novembre 2013, censée régler une fois pour toutes la Question jurassienne, que la socialiste décide de s’impliquer en politique. «L’intérêt a toujours été là, mais j’ai eu un déclic à la veille de ce vote, si important pour la région.»

Avec quelques amis du même avis, elle offre une nouvelle vie au Mouvement universitaire jurassien, qui milite pour la réunion des Juras. «C’était l’occasion d’utiliser le système fédéraliste helvétique pour mettre en valeur le particularisme du Jura bernois.

Mais avec des actions réfléchies et non plus dictées par la passion comme lors du plébiscite jurassien de 1974.»

Le résultat du vote est sans appel: 72% des citoyens du Jura bernois exigent le statu quo. Il n’y a qu’à Moutier que la situation reste ambiguë, avec un «oui» à 55%. Le 17 juin prochain, les quelque 7000 citoyens prévôtois décideront de rejoindre seuls le canton du Jura ou pas.

Un dilemme pour la présidente autonomiste du CJB, où siège une large majorité de membres pro-bernois? «C’est une position particulière, confesse-t-elle. Le CJB n’a pas encore pris position au sujet de cette future votation. En tant que présidente, je dois refléter l’unité, même si le point de vue défendu par l’institution ne reflète pas mon opinion personnelle...»

Tournée vers le futur, quel qu’il soit

D’ailleurs la politicienne ne s’inquiète pas outre mesure pour le Jura bernois, au cas où Moutier – et peut-être dans un second temps les communes de sa couronne – deviendrait jurassien. «Depuis le vote du 24 novembre, plusieurs collaborations interjurassiennes ont été abandonnées, regrette-t-elle.

Si Moutier rejoint le Jura, j’ai espoir que la ville crée activement du lien entre les deux régions.»

Car en cas de «oui» comme de «non», Maurane Riesen estime nécessaire de renforcer le statut particulier du Jura bernois et donc les compétences du CJB. «Le canton de Berne doit faire davantage confiance à cette institution! C’est la solution qu’ont plébiscitée les Jurassiens bernois en refusant de se rapprocher du canton du Jura.»

L’autre grand combat de Maurane Riesen, c’est l’écologie. «Pour moi, la protection de l’environnement est indissociable d’un engagement socialiste. Il faut investir un maximum dans la recherche», affirme la biologiste.

Très attachée à sa région, la jeune femme compte bien poursuivre son engagement en politique. «Je me suis prise au jeu, sourit-elle.

La politique locale est passionnante, j’aime le contact direct avec la population.»

Qui sait, peut-être la retrouvera-t-on en 2018 pour les élections cantonales...

Texte: © Migros Magazine / Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Matthieu Spohn