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16 janvier 2012

Méditer pour mieux vivre

La méditation rencontre un succès grandissant auprès du public. La technique dite «de la pleine conscience» offre de nouveaux outils pour affronter le stress, prévenir la dépression et les maladies chroniques. Foi de formateurs et de chercheurs.

Méditer pour mieux vivre
Renforcer sa capacité à focaliser son attention sur le présent permet de mieux faire face aux situations stressantes.

Méditer, un truc de baba pratiqué après avoir fumé le calumet et s’être vaguement initié au bouddhisme? Pas vraiment. Plus vraiment. Depuis une quinzaine d’années, la pratique méditative dite de la «pleine conscience» est prise très au sérieux par la communauté scientifique. De plus en plus d’études médicales témoignent de son efficacité thérapeutique dans le traitement de la douleur, la prévention de maladies chroniques, de la dépression, dans la gestion du stress. Mais aussi dans la lutte contre d’autres maux comme les troubles du sommeil ou les addictions.

«Pleine conscience» vient de l’anglais mindfulness. La technique est américaine et a été imaginée près de Boston, au département de médecine de l’Université du Massachusetts, par un médecin, Jon Kabat-Zinn, en 1979. Ce dernier a mis sur pied le programme dit de réduction du stress basé sur la pleine conscience (MBSR: pour Mindfulness Based Stress Reduction). Depuis, d’autres programmes voisins se sont développés pour des besoins plus spécifiques, tels que la pleine conscience contre la rechute dépressive.

En Europe, les psychiatres français David Servan-Schreiber et Christophe André ainsi que le moine bouddhiste Matthieu Ricard ont largement contribué à faire découvrir la méditation du type «pleine conscience» au grand public. En témoignent les nombreux livres parus sur le sujet ces dix dernières années.

Méthode thérapeutique, la méditation est cependant avant tout pratiquée dans un but de développement personnel, par des gens soucieux d’améliorer leur bien-être, de mieux savoir faire face au stress, notamment dans le cadre professionnel. Depuis quelques années, la fréquentation des cours ne cesse de croître en Suisse romande.

Il s’agit d’apprendre à prêter attention à l’instant présent.

«Il y a beaucoup de fausses idées sur la méditation. On se figure souvent que c’est faire le vide, or il s’agit d’accueillir ce qui est», précise Jean-Philippe Jacques, formateur à Genève. Ce dernier fait partie de la dizaine de professionnels MBSR en Romandie. Dans ses groupes, il accueille des participants entre 20 à 80 ans, du manager hyperactif à la retraitée, en passant par la jeune maman débordée. Les services des ressources humaines des grandes boîtes lui adressent aussi des clients surmenés.

«Il s’agit d’apprendre à prêter attention à l’instant présent avec curiosité, sans jugement et avec bienveillance», poursuit-il. Autrement dit, s’entraîner à concentrer son attention sur l’ici et le maintenant. «Notre esprit a tendance à vouloir penser à tout, sauf à l’objet de notre attention, et nos pensées s’échappent constamment dans le passé, le futur, les jugements de valeur, et toutes sortes de ruminations plus ou moins agréables», ajoute Pierre Gallaz, psychologue et formateur dans les cantons de Vaud et de Fribourg.

Faire mieux face aux situations stressantes

Renforcer sa capacité à focaliser son attention sur le présent et ce qui se passe en soi, voilà ce qu’on développe en méditant. En «musclant son attention», on peut alors espérer réussir à mieux faire face aux situations stressantes. «Dans notre vie courante, on a certaines réactions automatiques, poursuit Pierre Gallaz. A la fin d’une journée de travail particulièrement éprouvante, on va par exemple avoir tendance à ruminer ou à ouvrir le frigo pour se jeter sur une plaque de chocolat. Mais si, au contraire, on parvient à s’arrêter et à se concentrer sur ce qui se passe en soi dans ces moments-là, on peut alors réagir différemment, faire autrement. On va gagner en liberté.»

La méditation se veut un compagnon de route, pour tous les jours. «Il ne s’agit pas de former des moines qui vont se retirer dans une grotte», sourit Jean-Philippe Jacques, qui précise que si la pleine conscience s’inspire bien de traditions méditatives orientales ancestrales, le programme est tout à fait laïc. Les professionnels sont formels: les livres sur la méditation c’est bien, mais l’art de méditer s’apprend par la pratique et par une pratique très régulière, comme en sport ou en musique.

Le cours de base, conçu par son fondateur, se déroule sur huit semaines, à raison de 2 heures 30 hebdomadaires de cours en groupe, plus une journée complète de retraite. Par ailleurs, les participants reçoivent un CD pour méditer au minimum 45 minutes chez eux, tous les jours, durant les huit semaines. Une condition incontournable pour progresser. C’est la raison pour laquelle la participation à un cours est conditionnée à une rencontre préalable avec les formateurs, qui s’assurent que les participants peuvent caser une heure de méditation quotidienne dans leur agenda.

Le cours donne les bases de la technique. Ensuite, libre à chacun de poursuivre en solo à la maison avec un CD, à un rythme moins soutenu. Certains formateurs ont également mis des cours collectifs pour les «méditants avancés». Car on y prend goût, paraît-il.

Auteur: Céline Fontannaz

Photographe: Getty Images